J

Joseph Soloveitchik(1903 — 1993)

Joseph Soloveitchik

Allemagne

6 min de lecture

SpiritualitéPhilosophieReligieux/sePhilosopheThéologien(ne)XXe siècleXXe siècle, des dernières décennies de l'Empire russe à l'Amérique d'après-guerre, période d'essor de l'orthodoxie moderne juive aux États-Unis

Rabbin orthodoxe et philosophe américain d'origine lituanienne, figure majeure de l'orthodoxie moderne juive au XXe siècle. Théoricien de la rencontre entre étude talmudique traditionnelle et pensée philosophique occidentale, il forma des générations de rabbins aux États-Unis.

Questions fréquentes

Joseph Soloveitchik (1903–1993) était un rabbin et philosophe américain d'origine lituanienne, figure centrale de l'orthodoxie moderne juive. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a réussi une synthèse inédite entre l'étude talmudique traditionnelle, héritée de la méthode de Brisk de son grand-père Chaïm Soloveitchik, et la pensée philosophique occidentale, acquise à l'université de Berlin. Il a formé environ deux mille rabbins à la Yeshiva University, façonnant une génération entière de leaders religieux capables de conjuguer rigueur halakhique et ouverture au monde moderne.

Faits marquants

  • Né en 1903 à Pruzhany (Empire russe, actuelle Biélorussie) dans la dynastie rabbinique des Soloveitchik
  • Obtient un doctorat de philosophie à l'université de Berlin en 1932 (thèse sur Hermann Cohen)
  • Émigre aux États-Unis en 1932 et devient une figure du judaïsme orthodoxe de Boston
  • Dirige durant des décennies le séminaire rabbinique de la Yeshiva University à New York, ordonnant des milliers de rabbins
  • Publie 'Halakhic Man' (Ish ha-Halakha, 1944) et 'The Lonely Man of Faith' (1965), œuvres majeures de la pensée juive ; meurt en 1993

Œuvres & réalisations

Ish ha-Halakhah (Halakhic Man / L'Homme de la Halakha) (1944)

Essai fondateur décrivant l'idéal de l'homme religieux qui aborde le monde à travers les catégories de la loi juive. Texte clé de sa pensée.

The Halakhic Mind (L'Esprit halakhique) (rédigé en 1944, publié en 1986)

Réflexion sur la méthode d'une philosophie religieuse fondée sur les sources objectives de la Halakha plutôt que sur l'expérience subjective.

The Lonely Man of Faith (L'Homme de foi solitaire) (1965)

Méditation sur les deux Adam du récit de la Genèse, devenue son œuvre la plus lue, y compris hors du judaïsme.

U-Vikkashtem mi-Sham (Et de là tu chercheras) (1978)

Étude de la quête de Dieu à travers le mouvement contradictoire de fuite et d'attraction de l'âme humaine.

Fondation de la Maimonides School (1937)

Création à Boston d'une école orthodoxe moderne et mixte, modèle d'éducation juive aux États-Unis.

Formation du rabbinat orthodoxe moderne (1941-1985)

Enseignement du Talmud à la Yeshiva University ; il ordonne environ deux mille rabbins, façonnant une génération entière.

Anecdotes

Joseph Soloveitchik naît dans la prestigieuse dynastie rabbinique de Brisk : son grand-père Chaïm Soloveitchik avait révolutionné l'étude du Talmud avec une méthode d'analyse logique et conceptuelle très rigoureuse. Le jeune Joseph apprend d'abord cette « méthode de Brisk » auprès de son père Moshe, avant de l'enseigner à son tour à des milliers d'élèves.

Après une formation talmudique traditionnelle, il s'inscrit à l'université de Berlin dans les années 1920 et y soutient en 1932 une thèse de philosophie sur la pensée du philosophe allemand Hermann Cohen. Ce double bagage — Talmud et philosophie occidentale — fera de lui le théoricien de « l'orthodoxie moderne ».

Installé à Boston en 1932, il y fonde en 1937 la Maimonides School, l'une des premières écoles juives orthodoxes des États-Unis à proposer un enseignement mixte garçons-filles et à allier matières religieuses et programme général. L'établissement existe toujours aujourd'hui.

Pendant près de quarante ans, il enseigne le Talmud à la Yeshiva University de New York où ses élèves l'appellent simplement « le Rav » (le Maître). On estime qu'il a ordonné environ deux mille rabbins, formant ainsi une grande partie du rabbinat orthodoxe moderne américain.

Chaque année, lors de la conférence donnée à la mémoire de son père, des milliers d'auditeurs venaient l'écouter parler durant plusieurs heures, mêlant analyse talmudique pointue et réflexion philosophique : ces « yahrzeit shiurim » sont restés célèbres.

Sources primaires

Ish ha-Halakhah (L'Homme de la Halakha) (1944)
Lorsque l'homme de la Halakha rencontre une source d'eau jaillissante, il y voit une réalité régie par des règles précises : la quantité d'eau nécessaire à un bain rituel, la distinction entre eau courante et eau stagnante.
The Lonely Man of Faith (L'Homme de foi solitaire) (1965)
L'homme de foi est solitaire. Il est seul parce que, dans son expérience de Dieu, il fait face à une réalité que les autres ne partagent pas et qu'il ne peut entièrement communiquer.
Halakhic Mind (L'Esprit halakhique) (écrit en 1944, publié en 1986)
Il n'existe aucune philosophie juive sans un retour aux sources objectives du judaïsme : la Halakha est la donnée à partir de laquelle doit se reconstruire toute pensée religieuse.
U-Vikkashtem mi-Sham (Et de là tu chercheras) (1978)
La quête de Dieu naît de deux mouvements opposés de l'âme : la fuite loin de Lui et l'aspiration irrésistible à Le retrouver.

Lieux clés

Pruzhany (Empire russe, actuelle Biélorussie)

Ville natale de Joseph Soloveitchik, dans une région de forte tradition talmudique lituanienne.

Université de Berlin

Il y étudie la philosophie dans les années 1920 et y obtient son doctorat en 1932 sur la pensée d'Hermann Cohen.

Boston (Massachusetts)

Il s'y installe en 1932, y fonde la Maimonides School en 1937 et y vit jusqu'à sa mort en 1993.

Yeshiva University, New York

Au cœur de Washington Heights, il y enseigne le Talmud pendant près de quarante ans comme Rosh Yeshiva du séminaire RIETS.

Maimonides School, Brookline

École orthodoxe moderne et mixte qu'il crée en 1937 dans la banlieue de Boston, toujours en activité.

Voir aussi