Biographie

Écrivain, poète et essayiste français (1873-1914), fondateur des Cahiers de la Quinzaine. Engagé dreyfusard, il évolua du socialisme vers un catholicisme mystique ardent. Mobilisé en 1914, il fut tué à la bataille de la Marne le 5 septembre, devenant figure emblématique des intellectuels morts pour la France.

Charles Péguy(1873 — 1914)

Charles Péguy

France

9 min de lecture

LettresPhilosophieSpiritualitéPoète(sse)Écrivain(e)XXe siècleBelle Époque et début du XXe siècle, sous la IIIe République, à l'heure des grandes crises politiques et religieuses (affaire Dreyfus, loi de séparation) et à la veille de la Grande Guerre

Questions fréquentes

Charles Péguy (1873-1914) est à la fois un écrivain, un poète et un essayiste, mais ce qui le rend singulier, c'est sa capacité à incarner des tensions majeures de son époque : entre socialisme et catholicisme mystique, entre engagement dreyfusard et patriotisme intransigeant. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il n'est pas seulement un auteur : il est devenu un symbole de l'intellectuel mort pour la France, tué dès les premiers jours de la bataille de la Marne en 1914. Sa vie, marquée par la pauvreté ouvrière à Orléans et la fondation des Cahiers de la Quinzaine, est un roman d'idées où se croisent Romain Rolland, Georges Sorel et la mystique de Jeanne d'Arc. Moins un philosophe systématique qu'un prophète des vertus théologales, Péguy reste une référence incontournable pour comprendre la IIIe République et ses crises.

Citations célèbres

« Tout commence en mystique et finit en politique.»
« Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle, mais pourvu que ce fût dans une juste guerre.»
« Il faut toujours dire ce qu'on voit : surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce qu'on voit.»

Faits marquants

  • 1873 : Naissance à Orléans dans une famille ouvrière, boursier de la République
  • 1898-1899 : Engagement actif dans l'affaire Dreyfus aux côtés des dreyfusards
  • 1900 : Fondation des Cahiers de la Quinzaine, revue littéraire et politique indépendante
  • 1910 : Retour public au catholicisme ; publication de Notre Jeunesse et du Mystère de la charité de Jeanne d'Arc
  • 5 septembre 1914 : Tué à Villeroy lors de la bataille de la Marne, à 41 ans, à la veille de la contre-offensive française

Œuvres & réalisations

Jeanne d'Arc (1897)

Drame en trois volumes publié à compte d'auteur, première incarnation du mythe johannique que Péguy ne cessera de reprendre. Mêlant prose et vers libres, l'œuvre exprime déjà son socialisme mystique et son amour de la France profonde.

Cahiers de la Quinzaine (229 numéros) (1900-1914)

Revue bimensuelle fondée et dirigée seul par Péguy, qui y publia Romain Rolland, Georges Sorel et ses propres essais engagés. Monument de l'indépendance intellectuelle française à la Belle Époque, la série constitue une source primaire irremplaçable sur la vie des idées de 1900 à 1914.

Notre Jeunesse (1910)

Essai capital où Péguy analyse l'affaire Dreyfus et forge sa célèbre distinction entre mystique (adhésion désintéressée à une cause) et politique (récupération de cette cause par les appareils). Texte fondamental pour comprendre l'évolution intellectuelle et spirituelle de l'auteur.

Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc (1910)

Poème dramatique en prose qui marque le retour public de Péguy à la foi catholique. Méditant sur Jeanne et la Passion du Christ, il inaugure le cycle des Mystères, chefs-d'œuvre reconnus de la poésie religieuse française du XXe siècle.

Le Porche du mystère de la deuxième vertu (1911)

Hymne poétique à l'espérance, la plus petite et la plus surprenante des trois vertus théologales selon Péguy. Construit en longues litanies répétitives et hypnotiques, ce texte est considéré comme l'un des plus originaux de la littérature spirituelle française.

Ève (1913)

Poème de 7 652 quatrains d'alexandrins, l'un des plus longs de toute la littérature française. Vaste méditation sur la chute, la Rédemption et le destin de l'humanité, souvent cité comme le testament mystique de Péguy à la veille de sa mort au combat.

Anecdotes

Fils d'un rempailleur de chaises orléanais mort quand il avait à peine un an, Péguy fut élevé par sa mère et sa grand-mère qui rempaillaient des chaises pour survivre. Cette origine ouvrière le marqua profondément : toute sa vie, il refusa de se couper du peuple et se méfia des intellectuels déracinés, affirmant que la misère n'est pas un malheur ordinaire mais une profanation de la dignité humaine.

Dreyfusard convaincu dès 1898, Péguy vendit des tracts en faveur de Dreyfus devant la Sorbonne et faillit se battre en duel pour défendre sa cause. Ses positions lui coûtèrent des abonnés et des amitiés précieuses, mais il ne renonça jamais, écrivant dans Notre Jeunesse que l'affaire Dreyfus avait été une crise de mysticisme chrétien autant que politique.

En juin 1912, apprenant que son fils Pierre était gravement malade de la typhoïde, Péguy fit le vœu de pèleriner à pied jusqu'à Notre-Dame de Chartres si l'enfant guérissait. L'enfant guérit : Péguy tint sa promesse et marcha plus de 140 kilomètres depuis la banlieue parisienne, inaugurant un pèlerinage que les étudiants catholiques perpétuent encore chaque année.

Les Cahiers de la Quinzaine, que Péguy dirigea de 1900 à 1914, furent une aventure éditoriale hors norme : il y publia Romain Rolland, Sorel et ses propres textes, sans publicité ni compromis. Il gérait seul la librairie du boulevard Saint-Michel, dormant parfois sur place pour boucler les numéros, perpétuellement endetté mais refusant toute subvention qui aurait entamé son indépendance.

Le 5 septembre 1914, lors de la bataille de la Marne, le lieutenant Péguy menait son peloton à l'assaut à travers un champ de betteraves près de Villeroy quand une balle l'atteignit au front. Il mourut sur le coup à quarante et un ans, debout à la tête de ses hommes, incarnant jusqu'au bout l'idéal de sacrifice pour la patrie qu'il avait chanté dans ses vers.

Sources primaires

Notre Jeunesse (1910)
Tout commence en mystique et finit en politique. [...] La cause de Dreyfus était vraiment, dans son principe, une cause mystique, et c'est pourquoi des hommes mystiques s'y sont dévoués.
Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc (1910)
Il faut que la grâce soit première. Il faut que la grâce ait commencé. Autrement la nature n'aurait jamais eu de force pour commencer.
Le Porche du mystère de la deuxième vertu (1911)
La foi que j'aime le mieux, dit Dieu, c'est l'espérance. La foi ça ne m'étonne pas. Ça n'est pas étonnant. [...] Mais l'espérance, dit Dieu, voilà ce qui m'étonne.
Présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres (in La Tapisserie de Notre Dame) (1913)
Étoile de la mer voici la lourde nappe / Et la profonde houle et l'océan des blés / Et la mouvante écume et nos greniers comblés, / Voici votre regard sur cette immense chape.

Lieux clés

Orléans

Ville natale de Péguy, où il naquit le 7 septembre 1873 dans le faubourg Bourgogne. La figure de Jeanne d'Arc, libératrice d'Orléans, hanta toute son œuvre comme symbole de la patrie mystique et charnelle.

École Normale Supérieure, Paris

Péguy intégra l'ENS rue d'Ulm en 1894, où il rencontra Romain Rolland et les futurs intellectuels de sa génération. C'est là qu'il forma son socialisme mystique et son engagement dreyfusard, avant de rompre progressivement avec l'idéologie officielle.

Librairie des Cahiers de la Quinzaine, boulevard Saint-Michel, Paris

Depuis cette petite boutique du Quartier latin, Péguy anima pendant quatorze ans une revue intellectuelle indépendante et influente. Il y travaillait souvent jusqu'à l'aube, vivant dans la gêne permanente mais refusant toute compromission éditoriale.

Cathédrale Notre-Dame de Chartres

Destination du pèlerinage à pied de Péguy en 1912, effectué en accomplissement d'un vœu pour la guérison de son fils. Sa Présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres (1913) est l'un des plus beaux poèmes marials de la littérature française.

Villeroy, Seine-et-Marne

Village situé près de Meaux où Péguy tomba le 5 septembre 1914, lors des premiers combats de la bataille de la Marne. Une stèle marque l'endroit où il fut tué, debout à la tête de sa section sous les balles allemandes.

Voir aussi