Karen Uhlenbeck(1942 — ?)

Karen Keskulla Uhlenbeck

États-Unis

8 min de lecture

SciencesXXe siècleXXe–XXIe siècle — essor des mathématiques modernes et lutte pour l'égalité des femmes dans les sciences

Mathématicienne américaine née en 1942, pionnière de l'analyse géométrique et de la théorie de jauge. Première femme lauréate du Prix Abel en 2019, la plus haute distinction des mathématiques. Ses travaux ont profondément influencé la physique théorique et la géométrie moderne.

Questions fréquentes

Karen Uhlenbeck, née en 1942 à Cleveland, est une mathématicienne américaine considérée comme une pionnière de l'analyse géométrique et de la théorie de jauge. Ce qui la rend singulière, c'est qu'elle est la première femme à recevoir le Prix Abel en 2019, l'équivalent du Nobel pour les mathématiques. Ses travaux ont jeté un pont entre les mathématiques pures et la physique théorique, notamment en démontrant que certaines singularités dans les équations de Yang-Mills sont effaçables. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle a ouvert des champs entiers de recherche tout en luttant pour une meilleure place des femmes dans les sciences.

Faits marquants

  • Née le 24 août 1942 à Cleveland, Ohio (États-Unis)
  • Développe dans les années 1970-1980 des travaux fondateurs en analyse géométrique et calcul des variations
  • Reçoit la bourse MacArthur (« génie ») en 1983
  • Co-fonde le Park City Mathematics Institute pour encourager la diversité en mathématiques
  • Première femme à recevoir le Prix Abel en 2019, décerné par l'Académie norvégienne des sciences

Œuvres & réalisations

Removability of singularities in Yang-Mills fields (1982)

Résultat fondamental démontrant que certaines singularités apparaissant dans les équations de Yang-Mills sont mathématiquement effaçables, unissant pour la première fois de façon rigoureuse géométrie différentielle et physique des particules.

The existence of minimal immersions of 2-spheres (avec Jonathan Sacks) (1981)

Article co-écrit avec Jonathan Sacks introduisant la notion de bulle dans les familles de surfaces minimales, concept central de l'analyse géométrique contemporaine, cité des milliers de fois depuis.

Connections with Lp bounds on curvature (1982)

Démonstration de résultats de compacité pour les connexions de Yang-Mills, ouvrant la voie aux travaux de Simon Donaldson sur la topologie des variétés de dimension 4.

Travaux sur les surfaces harmoniques et le calcul des variations (1976)

Série d'articles fondateurs sur les applications harmoniques et les surfaces minimales, qui établissent Karen Uhlenbeck comme l'une des grandes spécialistes mondiales du calcul des variations géométrique.

Programme Women and Mathematics (IAS Princeton) (1994)

Co-fondation d'un programme annuel à l'Institut for Advanced Study pour encourager les femmes à poursuivre une carrière en mathématiques, ayant formé des centaines de jeunes chercheuses depuis sa création.

Conférence plénière au Congrès International des Mathématiciens (1990)

Première femme à donner une conférence plénière à ce congrès depuis des décennies, consacrant sa place au premier rang de la mathématique mondiale devant des milliers de chercheurs à Kyoto.

Anecdotes

Petite fille curieuse de tout, Karen Uhlenbeck découvre la passion des mathématiques par hasard, en tombant sur un livre scientifique à la bibliothèque de sa ville. Ses parents, surtout son père ingénieur, encouragent sa curiosité, mais à l'université, elle se heurte rapidement à des professeurs qui ne prennent pas les femmes au sérieux dans les sciences exactes. Loin de se décourager, elle transforme chaque obstacle en carburant pour sa recherche.

En 1968, elle obtient son doctorat à l'Université Brandeis avec une thèse brillante sur le calcul des variations. Pourtant, sa carrière académique débute dans la difficulté : elle et son mari, tous deux mathématiciens, cherchent des postes dans la même région, ce qui s'avère presque impossible à l'époque où les universités refusaient d'embaucher des couples. Cette discrimination, appelée « anti-nepotism rule », la contraint à enseigner dans de petites universités bien en dessous de ses capacités.

Au début des années 1980, Karen Uhlenbeck accomplit une percée mathématique spectaculaire : elle résout un problème fondamental sur les « bulles » qui apparaissent dans les équations géométriques, un phénomène qui porte désormais son nom. Ses travaux sur la théorie de Yang-Mills, nés de la rencontre entre mathématiques pures et physique théorique, stupéfient la communauté scientifique mondiale et ouvrent des champs entiers de recherche.

En 1990, Karen Uhlenbeck devient la première femme à donner une conférence plénière au Congrès International des Mathématiciens (ICM) depuis des décennies. Cette distinction, dans l'un des rendez-vous les plus prestigieux des mathématiques mondiales, symbolise une reconnaissance tardive mais éclatante de sa contribution exceptionnelle à la discipline.

Lorsqu'en 2019 l'Académie norvégienne des sciences lui décerne le Prix Abel — l'équivalent du Nobel pour les mathématiques — Karen Uhlenbeck, âgée de 76 ans, devient la première femme à recevoir cette distinction depuis sa création en 2003. Lors de son discours, elle déclare avec humour qu'elle espère que ce prix contribuera à rendre les femmes en mathématiques « normales », c'est-à-dire perçues comme naturelles et ordinaires dans ce domaine.

Sources primaires

Interview de Karen Uhlenbeck dans les Notices of the American Mathematical Society (2019)
I was always very interested in the visual and geometric aspects of mathematics. I think that's what drew me to geometric analysis — the ability to see and feel the mathematics.
Conférence Abel Prize Lecture — Karen Uhlenbeck (2019)
I think one of the most important things that happened to me was that I had very good friends who were also doing mathematics. We learned from each other and supported each other.
Article fondateur : Removability of singularities in Yang-Mills fields, Communications in Mathematical Physics (1982)
We prove that all singularities of Yang-Mills fields in dimensions greater than four are removable under appropriate energy bounds.
Discours de réception du prix Steele de l'American Mathematical Society (2007)
Mathematics is a field in which one can make real progress by sheer force of thought and imagination, regardless of one's background.

Lieux clés

Cleveland, Ohio, États-Unis

Ville natale de Karen Uhlenbeck, où elle grandit dans un environnement familial curieux et stimulant intellectuellement, avant de partir étudier dans les grandes universités américaines.

Université Brandeis, Waltham, Massachusetts

Université où Karen Uhlenbeck obtient son doctorat en 1968, débutant une carrière de chercheuse qui allait révolutionner l'analyse géométrique.

Université du Texas à Austin

Institution où Karen Uhlenbeck passe la plus grande partie de sa carrière, formant des générations d'étudiants en mathématiques et menant ses recherches les plus influentes sur la théorie de jauge.

Institut for Advanced Study, Princeton, New Jersey

Institution mythique où ont travaillé Einstein et Gödel ; Karen Uhlenbeck y est professeure associée et y co-fonde le programme Women and Mathematics pour encourager les jeunes femmes dans la discipline.

Oslo, Norvège

Capitale norvégienne où se déroule chaque année la cérémonie de remise du Prix Abel ; c'est là qu'en 2019, Karen Uhlenbeck reçoit la distinction suprême des mathématiques des mains du roi Harald V.

Voir aussi