Madame de Staël
Germaine de Staël
1766 — 1817
royaume de France, république de Genève
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Faits marquants
Œuvres & réalisations
Premier essai publié de Madame de Staël, écrit à vingt-deux ans, qui rend hommage à Rousseau tout en affirmant son propre style. Ce texte révèle d'emblée sa capacité à allier analyse littéraire et engagement moral.
Essai fondateur qui analyse pour la première fois les liens entre une littérature nationale et son contexte historique, politique et social. Ce livre inaugure une approche comparative et sociologique de la littérature, anticipant la sociologie de la culture.
Roman épistolaire retraçant la vie d'une femme libre dans une société qui la condamne. Le scandale de sa publication provoqua directement le premier exil imposé par Napoléon, qui y vit une attaque contre les valeurs conservatrices de l'Empire.
Chef-d'œuvre romanesque qui fit le tour de l'Europe et fut traduit en de nombreuses langues. À travers la figure de Corinne, poétesse improvisatrice, Madame de Staël défend le génie féminin, la liberté de l'artiste et l'idéal romantique contre la médiocrité sociale.
Œuvre majeure du romantisme européen qui présente aux Français la philosophie et la littérature allemandes (Kant, Goethe, Schiller, Schlegel). Ce livre posa les bases théoriques du romantisme comme rupture avec le classicisme, et fut censuré puis détruit par Napoléon avant de paraître à Londres.
Grande synthèse politique publiée après sa mort, dans laquelle Madame de Staël analyse la Révolution française à la lumière de l'expérience britannique. Elle y défend un libéralisme constitutionnel modéré contre la tyrannie et la démagogie.
Récit autobiographique de son exil imposé par Napoléon, de 1803 à 1814. Mêlant mémoire personnelle et témoignage historique, ce livre constitue un document unique sur l'Europe napoléonienne vue par une opposante résolue.
Anecdotes
Dès l'âge de douze ans, Germaine Necker assistait aux dîners de son père, le ministre des finances Jacques Necker, et intervenait dans les conversations des grands esprits de l'époque. Les philosophes et encyclopédistes qui fréquentaient le salon maternel la remarquaient pour la vivacité de ses réparties. Cette éducation hors norme forgea en elle une curiosité intellectuelle insatiable.
Napoléon Bonaparte détestait Madame de Staël au point de la faire surveiller en permanence. Après la publication de son livre 'De la littérature' (1800) qui ignorait superbement la gloire impériale, il lui ordonna de s'éloigner à quarante lieues de Paris. Elle répondit avec humour qu'elle ne savait pas mesurer les distances en grandeurs politiques.
Pour échapper à la surveillance napoléonienne, Madame de Staël entreprit en 1812 une fuite rocambolesque depuis son château de Coppet en Suisse jusqu'en Russie, puis en Suède, avant de rejoindre l'Angleterre. Ce périple de plusieurs milliers de kilomètres, raconté dans 'Dix années d'exil', la transforma en symbole européen de la résistance à la tyrannie.
Son salon à Coppet, sur les rives du lac Léman en Suisse, devint pendant l'Empire le rendez-vous de tous ceux que Napoléon persécutait ou marginalisait — Benjamin Constant, August Wilhelm Schlegel, Lord Byron, Sismondi. On surnomma ce cercle d'esprits brillants le 'groupe de Coppet', véritable foyer du romantisme européen.
Madame de Staël fut l'une des premières à faire découvrir la littérature et la philosophie allemandes aux Français. Son livre 'De l'Allemagne', fruit de plusieurs voyages outre-Rhin, fut entièrement saisi et détruit par la police impériale en 1810 avant même sa mise en vente. Il ne put paraître qu'à Londres en 1813, devenant aussitôt un événement intellectuel majeur.
Sources primaires
La poésie des anciens est plus pure comme art, celle des modernes fait verser plus de larmes. [...] Il faut adopter la littérature romantique, non comme imitation, mais comme source nationale.
Bonaparte n'a pu souffrir qu'il existât en France une femme indépendante. [...] Mon seul crime à ses yeux était de n'avoir pas voulu me soumettre.
La perfectibilité de l'espèce humaine n'est pas une vaine idée. La liberté politique et la liberté intellectuelle ont la même source et se soutiennent mutuellement.
Je n'ai jamais traité dans mes écrits que des questions générales sur la littérature et la morale. [...] Si vous jugez que ma présence en France soit nuisible, je soumettrai ce jugement à votre autorité.
La gloire elle-même, cette gloire que j'ai tant désirée, qu'est-elle, si elle ne peut rien pour le bonheur ? Un bruit, une agitation, dont l'âme se lasse.
Lieux clés
Résidence principale de Madame de Staël sur les rives du lac Léman, héritée de son père en 1804. Ce château devint le centre du 'Groupe de Coppet', cercle intellectuel et romantique européen qui réunit Benjamin Constant, Sismondi, August Wilhelm Schlegel et de nombreux exilés fuyant Napoléon.
Son célèbre salon parisien, fréquenté pendant le Directoire et le Consulat par les figures les plus brillantes de la vie politique et intellectuelle française. C'est là qu'elle croisa Napoléon Bonaparte et développa son réseau d'influence libéral.
Lors de ses voyages en Allemagne (1803-1804), Madame de Staël séjourna à Weimar où elle rencontra Goethe et Schiller. Ces échanges nourrirent profondément 'De l'Allemagne' et sa réflexion sur le romantisme comme alternative à l'esthétique classique française.
L'Italie constitue le décor de 'Corinne ou l'Italie' (1807), roman qui transforma durablement le regard des Européens sur la péninsule. Ses séjours italiens révélèrent à Madame de Staël une conception de l'art et de la liberté opposée à la rigidité de l'Empire napoléonien.
Étape de sa grande fuite de 1812, Saint-Pétersbourg lui permit de rencontrer le tsar Alexandre Ier, allié naturel contre Napoléon. Elle fut reçue avec les égards dus à une grande intellectuelle européenne et trouva dans la cour russe un soutien à sa cause libérale.
Refuge de son dernier exil (1813-1814), Londres lui permit de publier 'De l'Allemagne' que Napoléon avait censuré en France. Elle y fut accueillie en triomphe par la société britannique et put y défendre librement ses idées libérales et romantiques.
Objets typiques
Témoins et contemporains rapportent que Madame de Staël ne pouvait parler sans tenir à la main une petite brindille ou un bâtonnet qu'elle tordait nerveusement. Ce geste compulsif, devenu sa marque distinctive dans les salons, trahissait l'intensité de sa pensée toujours en mouvement.
Écrivaine prolixe, Madame de Staël rédigeait ses œuvres, lettres et notes à la plume d'oie. Elle composait souvent tard dans la nuit, entourée de ses manuscrits, produisant une correspondance considérable avec les intellectuels de toute l'Europe.
À la mode de l'époque Empire, Madame de Staël portait souvent de grands châles de mousseline ou de cachemire drapés avec négligence. Ce vêtement semi-orientalisant convenait à son style libre et son goût pour l'exotisme romantique.
Lors de ses nombreux voyages en Allemagne, Italie, Russie et Angleterre, Madame de Staël consignait ses observations dans des carnets. Ces notes alimentèrent ses grandes œuvres analytiques sur la littérature et les civilisations européennes.
Elle gardait un buste de son père dans ses appartements, signe d'un attachement filial passionné qu'elle théorisa elle-même. Jacques Necker représentait pour elle le modèle de l'homme politique éclairé et vertueux.
Femme engagée, Madame de Staël échangeait une volumineuse correspondance politique avec les souverains, ministres et opposants de toute l'Europe. Ces lettres lui permirent d'exercer une influence politique réelle malgré son exil.
Programmes scolaires
Vie quotidienne
Matin
Madame de Staël se levait tard, souvent après dix heures, ayant travaillé et conversé fort avant dans la nuit. Elle commençait sa journée par une correspondance abondante, dictant ou rédigeant des lettres à ses nombreux correspondants européens. Elle prenait un léger déjeuner, souvent du café et des petits pains, en recevant déjà ses premiers visiteurs.
Après-midi
L'après-midi était consacré à l'écriture — romans, essais ou pamphlets politiques — dans son cabinet de travail entouré de livres et de manuscrits. Elle recevait aussi des visiteurs, discutait de littérature, de philosophie et de politique avec une passion communicative, tenant véritablement un salon ambulant même dans ses résidences d'exil.
Soir
Les soirées constituaient le cœur de sa vie sociale : le salon réunissait jusqu'à vingt ou trente personnes, mêlant conversations brillantes, lectures à voix haute, parfois de la musique ou des improvisations théâtrales. À Coppet, ces soirées pouvaient se prolonger jusqu'à deux ou trois heures du matin, Madame de Staël restant l'animatrice infatigable de ces échanges.
Alimentation
Sa table était celle d'une grande bourgeoisie aisée : repas élaborés servis en plusieurs services selon la mode française, vins fins, fruits et pâtisseries. Elle-même mangeait souvent distraitement, trop absorbée par la conversation pour s'attarder sur la nourriture. Elle appréciait le café, boisson associée au monde des Lumières et des salons intellectuels.
VĂŞtements
Madame de Staël portait les modes Empire sans les suivre servilement : robes à taille haute en mousseline blanche ou en soie colorée, grandes ceintures, décolletés généreux et larges châles de cachemire drapés avec une négligence calculée. Elle aimait les bijoux — camées, parures en corail ou en or — et le turban oriental, coiffure qu'elle rendit célèbre et qui cachait ses cheveux noirs soigneusement coiffés.
Habitat
Elle partageait son existence entre son hôtel particulier parisien, d'abord rue du Bac puis rue de Grenelle, et le château de Coppet en Suisse — demeure familiale héritée de son père avec vue sur le lac Léman et les Alpes. Pendant ses années d'exil, elle séjourna dans de grandes demeures bourgeoises ou aristocratiques à Weimar, Rome, Vienne, Saint-Pétersbourg et Londres, toujours entourée de ses livres, de ses manuscrits et de son cercle d'amis fidèles.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Galerie
French: Portrait de Germaine de Staël en Corinne au Cap Misène Portrait of Madame de Staël as Corinne on Cape Misenumtitle QS:P1476,fr:"Portrait de Germaine de Staël en Corinne au Cap Misène "label
Portrait of Mme de Staël
Portrait de l'héroïne Corinne de par Louis-Ami Arlaud-Jurine
Portrait de l'héroïne Corinne de par Louis-Ami Arlaud-Jurine

Varvara Ivanovna Ladomirskylabel QS:Lfr,"Varvara Ivanovna Narichkine"label QS:Len,"Varvara Ivanovna Ladomirsky"label QS:Les,"Retrato de Varvara Ivanovna Ladomirsky"label QS:Lit,"Ritratto di Varvara I

French: Portrait de Mme de Staëllabel QS:Lfr,"Portrait de Mme de Staël"
Corinne Gois Louvre LP1555
Delphine, Madame de Staël, Paris, 1803 04
Rue Germaine Staël - Paris XV (FR75) - 2021-08-09 - 1
History of Freedom and Other Essays title QS:P1476,en:"History of Freedom and Other Essays "label QS:Len,"History of Freedom and Other Essays "label QS:Lga,"History of Freedom and Other Essays"
Style visuel
Le style visuel évoque les portraits de l'époque Empire et les premières sensibilités romantiques : lumière dorée des bougies, intérieurs néoclassiques luxueux, paysages alpestres brumeux du lac Léman, et les tons chauds des toiles de Gérard ou Vigée Le Brun.
Prompt IA
French Empire and early Romanticism visual style, circa 1800-1815. Portrait paintings in the manner of Gérard or Vigée Le Brun: warm candlelit tones, ivory skin against deep burgundy or forest green draperies, elegant muslin and cashmere shawls, classical columns and bookshelves in the background. Landscapes of Lake Geneva with misty Alps. Neoclassical interiors with gilt furniture, tall windows overlooking gardens. Handwritten letters and leather-bound books. Soft chiaroscuro lighting, rich jewel tones — amber, deep crimson, midnight blue.
Ambiance sonore
L'univers sonore de Madame de Staël mêle l'effervescence des salons parisiens — conversations brillantes, musique de chambre, bruits de la ville — au calme romantique du lac Léman et des jardins du château de Coppet.
Prompt IA
Elegant Parisian salon at the turn of the 19th century: animated intellectual conversations overlapping in French, the clink of fine porcelain teacups, quill scratching on parchment, a distant harpsichord or fortepiano playing softly, carriages rolling on cobblestones outside tall windows, crackling fireplace, pages turning, candle flames flickering, the rustle of silk dresses and muslin shawls, Swiss lakeside sounds of Coppet — gentle lapping of Lake Geneva, birdsong, wind through chestnut trees, church bells from a nearby village.
Source du portrait
Wikimedia Commons — domaine public — After François Gérard / Marie-Éléonore Godefroid — 1818
Aller plus loin
Références
Ĺ’uvres
Lettres sur les ouvrages et le caractère de J.-J. Rousseau
1788
De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales
1800
Corinne ou l'Italie
1807
De l'Allemagne
1813 (écrit en 1810)
Considérations sur les principaux événements de la Révolution française
1818 (posthume)
Dix années d'exil
1818 (posthume)




