Madame de Staël(1766 — 1817)

Germaine de Staël

royaume de France, république de Genève

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LettresPhilosophieÉcrivain(e)PhilosophePolitiqueTemps modernesNée sous l'Ancien Régime et formée par les Lumières, Germaine de Staël traversa la Révolution française et l'Empire napoléonien, incarnant la transition vers le romantisme et la pensée libérale du XIXe siècle.

Germaine de Staël, fille du ministre Necker, fut l'une des grandes voix intellectuelles de son époque. Romancière, essayiste et salonnière, elle tint tête à Napoléon qui l'exila, et contribua à introduire le romantisme allemand en France avec son ouvrage De l'Allemagne.

Questions fréquentes

Madame de Staël (1766–1817) est une figure majeure du tournant des Lumières au romantisme. Fille du ministre Jacques Necker, elle traversa la Révolution et l'Empire en animant des salons influents et en écrivant des essais et romans qui défendaient la liberté politique et intellectuelle. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle fut l'une des premières à théoriser le romantisme en France avec De l'Allemagne, et à lier littérature et contexte social dans De la littérature. Son opposition farouche à Napoléon lui valut l'exil, mais fit d'elle un symbole européen de la résistance libérale.

Citations célèbres

« L'amour est l'histoire de la vie des femmes, c'est un épisode dans celle des hommes. »
« La gloire elle-même ne saurait être estimée que par ceux qui sont capables de la mériter. »

Faits marquants

  • 1788 : publie ses Lettres sur les écrits et le caractère de J.-J. Rousseau, premier essai remarqué
  • 1800 : De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales, œuvre majeure des Lumières tardives
  • 1802-1810 : exilée à plusieurs reprises par Napoléon Bonaparte, qui voyait en elle une ennemie politique
  • 1807 : publication de Corinne ou l'Italie, roman qui connaît un succès européen retentissant
  • 1813 : De l'Allemagne paraît à Londres et introduit le romantisme allemand dans la culture française

Œuvres & réalisations

Lettres sur les ouvrages et le caractère de J.-J. Rousseau (1788)

Premier essai publié de Madame de Staël, écrit à vingt-deux ans, qui rend hommage à Rousseau tout en affirmant son propre style. Ce texte révèle d'emblée sa capacité à allier analyse littéraire et engagement moral.

De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales (1800)

Essai fondateur qui analyse pour la première fois les liens entre une littérature nationale et son contexte historique, politique et social. Ce livre inaugure une approche comparative et sociologique de la littérature, anticipant la sociologie de la culture.

Delphine (1802)

Roman épistolaire retraçant la vie d'une femme libre dans une société qui la condamne. Le scandale de sa publication provoqua directement le premier exil imposé par Napoléon, qui y vit une attaque contre les valeurs conservatrices de l'Empire.

Corinne ou l'Italie (1807)

Chef-d'œuvre romanesque qui fit le tour de l'Europe et fut traduit en de nombreuses langues. À travers la figure de Corinne, poétesse improvisatrice, Madame de Staël défend le génie féminin, la liberté de l'artiste et l'idéal romantique contre la médiocrité sociale.

De l'Allemagne (1813 (écrit en 1810))

Œuvre majeure du romantisme européen qui présente aux Français la philosophie et la littérature allemandes (Kant, Goethe, Schiller, Schlegel). Ce livre posa les bases théoriques du romantisme comme rupture avec le classicisme, et fut censuré puis détruit par Napoléon avant de paraître à Londres.

Considérations sur les principaux événements de la Révolution française (1818 (posthume))

Grande synthèse politique publiée après sa mort, dans laquelle Madame de Staël analyse la Révolution française à la lumière de l'expérience britannique. Elle y défend un libéralisme constitutionnel modéré contre la tyrannie et la démagogie.

Dix années d'exil (1818 (posthume))

Récit autobiographique de son exil imposé par Napoléon, de 1803 à 1814. Mêlant mémoire personnelle et témoignage historique, ce livre constitue un document unique sur l'Europe napoléonienne vue par une opposante résolue.

Anecdotes

Dès l'âge de douze ans, Germaine Necker assistait aux dîners de son père, le ministre des finances Jacques Necker, et intervenait dans les conversations des grands esprits de l'époque. Les philosophes et encyclopédistes qui fréquentaient le salon maternel la remarquaient pour la vivacité de ses réparties. Cette éducation hors norme forgea en elle une curiosité intellectuelle insatiable.

Napoléon Bonaparte détestait Madame de Staël au point de la faire surveiller en permanence. Après la publication de son livre 'De la littérature' (1800) qui ignorait superbement la gloire impériale, il lui ordonna de s'éloigner à quarante lieues de Paris. Elle répondit avec humour qu'elle ne savait pas mesurer les distances en grandeurs politiques.

Pour échapper à la surveillance napoléonienne, Madame de Staël entreprit en 1812 une fuite rocambolesque depuis son château de Coppet en Suisse jusqu'en Russie, puis en Suède, avant de rejoindre l'Angleterre. Ce périple de plusieurs milliers de kilomètres, raconté dans 'Dix années d'exil', la transforma en symbole européen de la résistance à la tyrannie.

Son salon à Coppet, sur les rives du lac Léman en Suisse, devint pendant l'Empire le rendez-vous de tous ceux que Napoléon persécutait ou marginalisait — Benjamin Constant, August Wilhelm Schlegel, Lord Byron, Sismondi. On surnomma ce cercle d'esprits brillants le 'groupe de Coppet', véritable foyer du romantisme européen.

Madame de Staël fut l'une des premières à faire découvrir la littérature et la philosophie allemandes aux Français. Son livre 'De l'Allemagne', fruit de plusieurs voyages outre-Rhin, fut entièrement saisi et détruit par la police impériale en 1810 avant même sa mise en vente. Il ne put paraître qu'à Londres en 1813, devenant aussitôt un événement intellectuel majeur.

Sources primaires

De l'Allemagne (1813)
La poésie des anciens est plus pure comme art, celle des modernes fait verser plus de larmes. [...] Il faut adopter la littérature romantique, non comme imitation, mais comme source nationale.
Dix années d'exil (1818 (posthume))
Bonaparte n'a pu souffrir qu'il existât en France une femme indépendante. [...] Mon seul crime à ses yeux était de n'avoir pas voulu me soumettre.
De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales (1800)
La perfectibilité de l'espèce humaine n'est pas une vaine idée. La liberté politique et la liberté intellectuelle ont la même source et se soutiennent mutuellement.
Lettre à Bonaparte (Premier Consul) (1803)
Je n'ai jamais traité dans mes écrits que des questions générales sur la littérature et la morale. [...] Si vous jugez que ma présence en France soit nuisible, je soumettrai ce jugement à votre autorité.
Corinne ou l'Italie (1807)
La gloire elle-même, cette gloire que j'ai tant désirée, qu'est-elle, si elle ne peut rien pour le bonheur ? Un bruit, une agitation, dont l'âme se lasse.

Lieux clés

Château de Coppet, Suisse

Résidence principale de Madame de Staël sur les rives du lac Léman, héritée de son père en 1804. Ce château devint le centre du 'Groupe de Coppet', cercle intellectuel et romantique européen qui réunit Benjamin Constant, Sismondi, August Wilhelm Schlegel et de nombreux exilés fuyant Napoléon.

Salon de la rue du Bac, Paris

Son célèbre salon parisien, fréquenté pendant le Directoire et le Consulat par les figures les plus brillantes de la vie politique et intellectuelle française. C'est là qu'elle croisa Napoléon Bonaparte et développa son réseau d'influence libéral.

Weimar, Allemagne

Lors de ses voyages en Allemagne (1803-1804), Madame de Staël séjourna à Weimar où elle rencontra Goethe et Schiller. Ces échanges nourrirent profondément 'De l'Allemagne' et sa réflexion sur le romantisme comme alternative à l'esthétique classique française.

Rome et Naples, Italie

L'Italie constitue le décor de 'Corinne ou l'Italie' (1807), roman qui transforma durablement le regard des Européens sur la péninsule. Ses séjours italiens révélèrent à Madame de Staël une conception de l'art et de la liberté opposée à la rigidité de l'Empire napoléonien.

Saint-Pétersbourg, Russie

Étape de sa grande fuite de 1812, Saint-Pétersbourg lui permit de rencontrer le tsar Alexandre Ier, allié naturel contre Napoléon. Elle fut reçue avec les égards dus à une grande intellectuelle européenne et trouva dans la cour russe un soutien à sa cause libérale.

Londres, Angleterre

Refuge de son dernier exil (1813-1814), Londres lui permit de publier 'De l'Allemagne' que Napoléon avait censuré en France. Elle y fut accueillie en triomphe par la société britannique et put y défendre librement ses idées libérales et romantiques.

Voir aussi