Réalisateur espagnol naturalisé mexicain (1900-1983), figure majeure du surréalisme au cinéma. Ses films provocateurs mêlent onirisme, critique sociale et anticléricalisme. Il est l'auteur de chef-d'œuvres comme Un chien andalou, Belle de jour et Le Charme discret de la bourgeoisie.
Luis Buñuel(1900 — 1983)
Luis Buñuel
Espagne, Mexique
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Questions fréquentes
Citations célèbres
« Je suis toujours athée, Dieu merci.»
« Le hasard est le plus grand de tous les artistes.»
Faits marquants
- 1900 : naissance à Calanda, Aragon, Espagne
- 1929 : réalise Un chien andalou avec Salvador Dalí, manifeste du cinéma surréaliste
- 1930 : L'Âge d'or, scandale à Paris, film interdit
- 1961 : Viridiana remporte la Palme d'or à Cannes, aussitôt censuré en Espagne
- 1972 : Le Charme discret de la bourgeoisie reçoit l'Oscar du meilleur film étranger
Œuvres & réalisations
Court-métrage surréaliste co-réalisé avec Salvador Dalí, premier film d'avant-garde à provoquer un scandale international. La scène d'ouverture — un œil tranché par un rasoir — reste l'image la plus célèbre et la plus choquante de l'histoire du cinéma.
Long-métrage surréaliste qui attaque violemment la bourgeoisie, l'Église et les conventions sociales. Interdit après des émeutes dans les salles parisiennes, le film resta censuré pendant de nombreuses décennies.
Portrait implacable de la misère des enfants des bidonvilles de Mexico, mêlant néoréalisme et onirisme. Le film vaut à Buñuel le Prix de la mise en scène à Cannes et marque sa résurrection internationale après quinze ans d'exil.
Film espagnol qui remporte la Palme d'Or à Cannes avant d'être immédiatement interdit en Espagne pour sa parodie de la Cène et sa critique acerbe du catholicisme. Ce scandale confirma le statut de Buñuel comme cinéaste le plus subversif de son temps.
Adaptation du roman de Joseph Kessel avec Catherine Deneuve, explorant le fantasme et le désir refoulé d'une bourgeoise qui se prostitue l'après-midi. Grand succès commercial et artistique, le film propulsa définitivement Buñuel dans le panthéon du cinéma mondial.
Satire absurde et répétitive de la bourgeoisie européenne, où un groupe de convives ne parvient jamais à dîner ensemble pour des raisons de plus en plus surréalistes. Le film remporta l'Oscar du meilleur film étranger en 1973.
Dernier film de Buñuel, où le rôle de la femme désirée est partagé entre deux actrices différentes sans explication, illustrant l'insaisissable nature du désir. Nommé à l'Oscar, il est considéré comme un testament artistique parfait.
Anecdotes
Pour réaliser la scène d'ouverture d'Un chien andalou (1929), Luis Buñuel trancha lui-même l'œil d'un veau mort afin de filmer le plan de l'œil coupé au rasoir. Il avait eu l'idée après un rêve : un nuage effilé coupait la lune pleine, et aussitôt après il rêvait d'un rasoir fendant un œil. Cette image choc, délibérément incompréhensible, devint l'une des plus célèbres de toute l'histoire du cinéma.
Viridiana (1961) fut sélectionné par l'Espagne franquiste comme représentant officiel au Festival de Cannes, où il remporta la Palme d'Or. Mais à la projection, le gouvernement espagnol réalisa que le film se moquait de la religion catholique et le bannit immédiatement du territoire national. Le directeur général du cinéma espagnol fut limogé, et Buñuel ne put rentrer en Espagne avant la mort de Franco.
Buñuel était un athée convaincu, mais paradoxalement obsédé par la figure du prêtre et par les rites catholiques de son enfance aragonaise. Il affirmait : 'Grâce à Dieu, je suis toujours athée.' Cette tension entre la fascination et le rejet du catholicisme irrigue toute son œuvre, de L'Âge d'or (1930) au Charme discret de la bourgeoisie (1972).
En exil au Mexique, Buñuel devint une figure légendaire pour ses martinis secs. Il consacra plusieurs pages de son autobiographie à la recette parfaite : le verre doit être glacé, le vermouth simplement effleuré par la lumière du soleil filtrée à travers la bouteille, et le gin doit être de la meilleure qualité. Il organisait des cérémonies quasi rituelles autour de la préparation de ce cocktail.
Buñuel avait étudié à la Residencia de Estudiantes de Madrid dans les années 1920, où il se lia d'amitié avec Salvador Dalí et Federico García Lorca. Ce trio d'artistes brillants allait révolutionner l'art espagnol. Buñuel et Dalí co-écrivirent Un chien andalou en quelques jours, avec une règle absolue : aucune image ne devait avoir d'explication rationnelle, tout ce qui pouvait s'expliquer était éliminé.
Sources primaires
Je suis, Dieu merci, toujours athée. [...] Dans ma jeunesse, nous passions de longues heures à la Residencia de Estudiantes à discuter de tout et de rien, de littérature, de peinture, de mort. C'est là que j'ai rencontré Dalí et Lorca.
Il était une fois... Un balcon. La nuit. Un homme aiguise son rasoir près du balcon. L'homme regarde par la fenêtre et voit : 1° Un nuage léger se dirige vers la pleine lune. 2° Puis la tête d'une jeune femme aux yeux grands ouverts. 3° Puis le nuage passe sur la lune.
Le surréalisme m'a appris que la vie humaine et l'imagination ne font qu'un. Mes films ne cherchent pas à expliquer, ils cherchent à montrer ce qui est caché sous la surface polie de la société bourgeoise.
Je ne cherche pas à scandaliser. Je cherche à montrer ce que le monde bourgeois et clérical préfère ne pas voir. Si cela choque, c'est que la réalité elle-même est choquante.
Lieux clés
Petit village aragonais où Buñuel naquit en 1900 dans une famille bourgeoise catholique. Il y resta marqué par les traditions religieuses ibériques, notamment la procession des tambours de Semaine Sainte, qu'il continua à célébrer toute sa vie même en exil.
Institution intellectuelle d'élite où Buñuel étudia de 1917 à 1925 et rencontra Salvador Dalí et Federico García Lorca. Ce foyer d'avant-garde fut le creuset de sa formation artistique et de ses amitiés créatrices fondatrices.
Ville où Buñuel s'installa en 1925 et rejoignit le groupe surréaliste d'André Breton. C'est à Paris qu'il réalisa ses deux premiers chef-d'œuvres, Un chien andalou et L'Âge d'or, avant d'être contraint à l'exil par la guerre civile espagnole.
Ville où Buñuel s'installa définitivement en 1946 après son exil et où il acquit la nationalité mexicaine. Il y réalisa la majorité de son œuvre, dont Los Olvidados (1950), et y mourut en 1983. Mexico lui offrit la liberté créatrice que l'Europe et les États-Unis lui refusaient.
Lieu de consécration internationale de Buñuel, où Los Olvidados reçut le Prix de la mise en scène en 1951 et où Viridiana remporta la Palme d'Or en 1961. Cannes représenta pour Buñuel la reconnaissance européenne de son œuvre mexicaine.
Objets typiques

L'outil central du travail de Buñuel, avec lequel il construisait ses récits oniriques et subversifs. Il privilégiait une mise en scène sobre et directe, sans effets techniques ostentatoires, laissant l'étrangeté surgir des situations elles-mêmes.

Objet iconique immortalisé dans la scène d'ouverture d'Un chien andalou (1929), devenu symbole de la rupture surréaliste avec le cinéma narratif classique. Le rasoir qui coupe l'œil est l'image la plus célèbre et la plus choquante du cinéma d'avant-garde.

Texte fondateur d'André Breton (1924) qui guida les engagements artistiques de Buñuel et orienta sa pratique cinématographique vers l'exploration de l'inconscient, du rêve et du désir. Buñuel fut l'un des rares artistes à transposer fidèlement les principes surréalistes au cinéma.

Buñuel était célèbre pour sa passion du martini sec, dont il codifiait la préparation avec une précision quasi rituelle dans son autobiographie. Ce verre est emblématique de son mode de vie mexicain et de sa sociabilité d'exilé cultivé.

Buñuel co-écrivit la plupart de ses films, notamment avec Jean-Claude Carrière pour ses œuvres tardives françaises. Les scénarios surréalistes étaient délibérément construits sans logique causale, accumulant des images de rêve sans signification explicite.

Support des films de la première partie de sa carrière (jusqu'aux années 1950), hautement inflammable et aujourd'hui en grande partie disparu. Plusieurs films mexicains de Buñuel n'existent plus qu'en copies dégradées à cause de la fragilité de ce matériau.
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Vie quotidienne
Matin
Buñuel se levait tôt et consacrait ses matinées à l'écriture de scénarios, souvent en collaboration avec Jean-Claude Carrière pour ses films tardifs. Il travaillait à la main ou à la machine à écrire, dans le calme de sa maison mexicaine, refusant généralement les interruptions avant le déjeuner.
Après-midi
Les après-midis étaient consacrés aux tournages, aux réunions de production ou à la lecture — Buñuel était un lecteur vorace, particulièrement de littérature espagnole classique et de romans policiers. Il faisait une sieste régulière, habitude typiquement espagnole qu'il conserva toute sa vie.
Soir
Les soirées de Buñuel étaient l'occasion de réunions amicales et intellectuelles dans sa maison de Mexico City, centrées autour de la préparation cérémonieuse de ses martinis secs. Il aimait recevoir des amis cinéastes, peintres et écrivains, et la conversation pouvait durer fort tard dans la nuit.
Alimentation
Buñuel était attaché à la cuisine espagnole et aragonaise de son enfance, notamment aux légumes secs, à l'agneau et aux charcuteries ibériques qu'il se faisait envoyer d'Espagne. Au Mexique, il apprécia la cuisine locale mais resta fidèle à certains rituels alimentaires européens, en particulier l'importance du repas comme moment social.
Vêtements
Buñuel s'habillait de façon sobre et bourgeoise, préférant les costumes simples et fonctionnels sans ostentation. Sur les tournages, il portait souvent une tenue décontractée — chemise ouverte, pantalon ample — contrastant avec l'image d'aristocrate espagnol qu'il pouvait projeter dans la vie sociale.
Habitat
À Mexico City, Buñuel vécut dans une maison confortable mais sans luxe excessif, aménagée selon ses goûts sobres. Il appréciait les espaces de travail calmes et avait un bureau bien rangé où il écrivait ses scénarios ; la bibliothèque tenait une place centrale dans son intérieur.






