Mathématicienne et philosophe italienne du XVIIIe siècle, Maria Gaetana Agnesi est célèbre pour son traité Instituzioni analitiche (1748), synthèse pédagogique du calcul différentiel et intégral. Première femme nommée professeure de mathématiques à l'université de Bologne, elle consacra ensuite sa vie à la charité et à la spiritualité.
Maria Gaetana Agnesi(1718 — 1799)
Maria Gaetana Agnesi
Monarchie de Habsbourg
7 min de lecture
Questions fréquentes
Faits marquants
- 1718 : naissance à Milan dans une famille noble et cultivée
- 1748 : publication des Instituzioni analitiche ad uso della gioventù italiana, traité de référence sur le calcul
- 1750 : nommée professeure honoraire de mathématiques à l'université de Bologne par le pape Benoît XIV
- Vers 1752 : abandonne les mathématiques pour se consacrer à la théologie et aux œuvres caritatives
- 1799 : décès à Milan après des décennies de vie religieuse et philanthropique
Œuvres & réalisations
Harangue en latin prononcée à neuf ans et publiée, plaidant pour le droit des femmes à l'éducation. Premier témoignage public du génie précoce d'Agnesi et de ses convictions humanistes.
Recueil de 191 thèses philosophiques et scientifiques défendues lors des académies privées de son père. L'ouvrage témoigne de l'étendue encyclopédique de ses connaissances en physique, logique et mathématiques.
Chef-d'œuvre pédagogique en deux volumes synthétisant l'algèbre, le calcul différentiel et intégral. Premier traité mathématique complet rédigé par une femme, traduit en français et en anglais, il fut adopté dans plusieurs universités européennes.
Courbe algébrique analysée et popularisée dans les Instituzioni analitiche, rebaptisée 'sorcière d'Agnesi' par erreur de traduction en anglais. Elle porte aujourd'hui encore son nom dans tous les manuels de mathématiques du monde.
Anecdotes
Enfant prodige étonnant, Maria Gaetana Agnesi maîtrisait cinq langues à l'âge de neuf ans, dont le latin et le grec. Son père, riche marchand milanais, organisait des réunions savantes où elle débattait en latin de philosophie naturelle devant les plus grands esprits de Milan, tel un véritable salon académique en miniature.
La courbe mathématique appelée 'sorcière d'Agnesi' doit son nom étrange à une erreur de traduction. Agnesi nommait cette courbe 'versiera' (du latin 'vertere', tourner) ; mais le traducteur anglais John Colson, en 1801, confondit ce mot avec 'avversiera', qui signifie 'sorcière' ou 'femme du diable' en italien. Ainsi, une simple courbe algébrique se retrouva affublée d'un surnom mystérieux pour les siècles à venir.
En 1750, le pape Benoît XIV, impressionné par les Instituzioni analitiche, nomma officiellement Maria Gaetana Agnesi professeure de mathématiques et de physique naturelle à l'université de Bologne. C'était une distinction sans précédent pour une femme. Cependant, Agnesi, déjà tournée vers la vie religieuse, n'enseigna jamais à Bologne et continua à vivre à Milan.
Après la mort de son père en 1752, Agnesi abandonna définitivement les mathématiques pour se consacrer entièrement aux pauvres et aux malades. Elle fonda un hospice à Milan, le Pio Albergo Trivulzio, où elle travailla jusqu'à sa mort en 1799. Elle mourut dans la pauvreté, ayant distribué toutes ses ressources aux indigents.
À l'âge de neuf ans seulement, en 1727, Agnesi récita publiquement une longue harangue en latin qu'elle avait composée elle-même, plaidant pour le droit des femmes à accéder à l'éducation supérieure. Ce texte, l'Oratio, surprit tellement les savants milanais qu'on le fit imprimer et circuler dans toute l'Europe comme une curiosité intellectuelle de premier ordre.
Sources primaires
Ho cercato di rendere facile e piana la via che si dee tenere nello studio dell'Analisi... unendo insieme i metodi de' più celebri Analisti moderni.
Recueil de 191 thèses philosophiques et scientifiques défendues publiquement par Agnesi lors des réunions savantes organisées par son père, portant sur la physique, la philosophie naturelle et les mathématiques.
Agnesi y défend avec éloquence l'idée que les femmes ont les mêmes capacités intellectuelles que les hommes et doivent pouvoir accéder aux arts libéraux et aux sciences.
Le Saint-Père, ayant pris connaissance de l'excellence des travaux analytiques de Mme Agnesi, lui confère la chaire de mathématiques et de physique naturelle à l'université de Bologne, honneur rarement accordé à une personne de son sexe.
Lieux clés
Résidence familiale où Pietro Agnesi organisait ses célèbres soirées académiques réunissant les savants milanais. C'est dans ce cadre que Maria démontra ses talents de polyglotte et de philosophe dès l'enfance.
Plus ancienne université d'Europe, où le pape Benoît XIV nomma Agnesi professeure de mathématiques en 1750. Bien qu'elle n'y enseigna jamais, ce titre fit d'elle un symbole mondial de l'accès des femmes au savoir académique.
Grand hospice milanais où Agnesi consacra les dernières décennies de sa vie à soigner les pauvres et les malades. Elle y mourut en 1799, ayant tout abandonné pour cette mission charitable.
Le pape Benoît XIV, depuis Rome, soutint activement les travaux d'Agnesi et lui adressa une lettre personnelle de félicitations après la publication des Instituzioni analitiche avant de la nommer à Bologne.
Objets typiques

Agnesi rédigeait ses démonstrations à la plume sur de grands feuillets de papier vélin, couverts de formules et de figures géométriques. Les manuscrits préparatoires des Instituzioni analitiques témoignent de ses corrections minutieuses et de sa rigueur pédagogique.

Instruments indispensables à l'époque pour tracer les courbes et figures géométriques accompagnant les démonstrations mathématiques. Agnesi les utilisait pour illustrer ses leçons et construire les schémas de ses traités.

Profondément croyante, Agnesi portait un chapelet et méditait chaque jour. Ces objets de dévotion prirent une importance croissante dans sa vie à mesure qu'elle s'éloignait des mathématiques pour s'approfondir dans la foi catholique.

Agnesi étudia attentivement les travaux de Leibniz, Newton et des Bernoulli pour rédiger sa synthèse. Ces traités annotés de sa main constituaient sa bibliothèque de travail, reflet de sa capacité à lire les mathématiques en plusieurs langues.

Contrairement aux femmes de sa condition, Agnesi refusa très tôt les vêtements luxueux et les parures de la noblesse milanaise. Dès sa jeunesse, elle portait des habits simples, préférant offrir ses ressources aux pauvres.

Les séances de travail nocturnes à la lumière d'une lampe à huile étaient courantes pour les érudits du XVIIIe siècle. Agnesi, qui travaillait souvent la nuit, aurait même résolu certains problèmes dans un état de somnambulisme, selon son biographe.
Programmes scolaires
Vocabulaire & tags
Vocabulaire clé
Vie quotidienne
Matin
Maria Gaetana se levait à l'aube pour assister à la messe, pratique qu'elle maintint toute sa vie. Elle consacrait ensuite plusieurs heures à l'étude et à la correspondance savante, répondant aux lettres des mathématiciens européens qui lui soumettaient des problèmes. Son père voulait qu'elle fût disponible pour présider les réunions académiques du soir, mais elle négociait chaque matin du temps pour ses recherches personnelles.
Après-midi
Les après-midis étaient souvent consacrés aux leçons privées que son père lui faisait dispenser à ses frères et sœurs — ils étaient vingt et un enfants dans la fratrie. Elle supervisait également la rédaction des Instituzioni analitiche, travaillant avec des copistes pour mettre au propre ses démonstrations. Parfois, des philosophes et scientifiques de passage à Milan lui rendaient visite pour débattre de calcul ou de physique.
Soir
Le soir, la demeure familiale se transformait en académie privée : les grands esprits milanais s'y réunissaient, et Maria devait exposer ses travaux, répondre à des objections en latin ou en français, et démontrer sa maîtrise des langues et des sciences. Après ces réunions épuisantes, elle se retirait dans ses appartements pour prier et méditer, aspirant à une vie plus contemplative.
Alimentation
La famille Agnesi, fortunée, disposait d'une table abondante à la milanaise : risotto, polenta, viandes rôties, fromages lombards et pâtisseries de saison. Maria, très pieuse, pratiquait cependant des jours de jeûne réguliers et, en vieillissant, adopta une alimentation de plus en plus frugale, conformément à son détachement des biens matériels.
Vêtements
Dans sa jeunesse, Agnesi portait les robes élégantes de la bourgeoisie milanaise, avec bustier baleiné, jupes à panier et dentelles, comme le voulait son père soucieux de représentation sociale. Mais elle supportait mal ces atours et obtint progressivement la permission de s'habiller plus modestement. Dans ses dernières années, elle portait une robe de religieuse tertiaire, sombre et sans ornement.
Habitat
Elle vécut toute sa vie à Milan, d'abord dans le grand Palazzo familial où se tenaient les académies de son père, avec ses bibliothèques, salons de réception et cabinets d'étude. Après la mort de son père, elle s'installa dans une maison plus modeste, puis rejoignit l'hospice Trivulzio où elle occupa une cellule semblable à celles des résidentes pauvres qu'elle soignait.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Style visuel
Style baroque tardif et lumières italiennes : clair-obscur chaleureux sur des manuscrits mathématiques, instruments scientifiques en laiton, intérieur patricien milanais sobre et érudit.
Ambiance sonore
L'univers sonore d'Agnesi mêle le silence studieux de son cabinet de travail milanais aux échos de la ville baroque : cloches d'église, discussions savantes en latin et en français, grattement de la plume sur le papier.
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Oratio qua ostenditur artium liberalium studia a femineo sexu neutiquam abhorrere
1727
Propositiones philosophicae
1738
Instituzioni analitiche ad uso della gioventù italiana
1748
Courbe de la versiera (sorcière d'Agnesi)
1748






