Albert le Grand(1200 — 1280)

Albert le Grand

Saint-Empire romain germanique

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PhilosophieSciencesSpiritualitéScientifiqueMoyen ÂgeMoyen Âge central (XIIIe siècle), apogée de la scolastique et essor des universités européennes

Dominicain allemand du XIIIe siècle, philosophe, théologien et naturaliste. Maître de Thomas d'Aquin à Paris et Cologne, il introduisit l'œuvre d'Aristote dans la pensée chrétienne et observa la nature avec un esprit quasi expérimental.

Questions fréquentes

Pour comprendre la stature d'Albert le Grand (1200-1280), il faut imaginer un savant qui n'a pas seulement enseigné, mais qui a littéralement introduit l'œuvre d'Aristote dans la pensée chrétienne. Ce qui le rend singulier, c'est qu'il ne s'est pas contenté de commenter les Anciens : il a observé la nature par lui-même, disséquant des animaux et décrivant des plantes avec un esprit quasi expérimental. Moins un simple théologien qu'un naturaliste avant l'heure, il a formé Thomas d'Aquin, dont il avait prédit le génie en disant que « ce bœuf muet fera mugir sa doctrine dans le monde entier ». Ce qu'il faut retenir, c'est qu'Albert incarne l'apogée de la scolastique, cette méthode qui cherchait à concilier la foi et la raison.

Faits marquants

  • Né vers 1200 à Lauingen (Souabe) dans le Saint-Empire romain germanique
  • Entré dans l'ordre dominicain vers 1223, il enseigne à Paris puis fonde le studium de Cologne en 1248
  • Maître de Thomas d'Aquin, dont il forme la pensée à Paris et Cologne
  • Évêque de Ratisbonne de 1260 à 1262
  • Mort en 1280 à Cologne ; canonisé et proclamé Docteur de l'Église en 1931, patron des sciences naturelles

Œuvres & réalisations

Commentaires sur les œuvres d'Aristote (vers 1250-1270)

Vaste entreprise qui rendit accessible toute la philosophie d'Aristote au monde latin chrétien, fondant la méthode scolastique.

De animalibus (Sur les animaux) (vers 1258-1262)

Encyclopédie zoologique fondée sur l'observation directe, l'une des plus complètes du Moyen Âge.

De vegetabilibus et plantis (Sur les végétaux) (vers 1256-1260)

Traité de botanique pionnier décrivant plantes et cultures avec un regard naturaliste.

De mineralibus (Sur les minéraux) (vers 1250-1263)

Étude des pierres et métaux mêlant observation, géologie et théorie des minéraux.

Summa theologiae (Somme de théologie, inachevée) (vers 1270-1280)

Synthèse théologique majeure, témoignant de l'effort d'Albert pour unir foi et raison.

Fondation du studium generale de Cologne (1248)

Réalisation institutionnelle décisive : une école dominicaine de haut niveau qui rayonna sur toute la Germanie.

De causis et processu universitatis (vers 1264-1271)

Traité métaphysique sur l'origine et l'ordre de l'univers, marqué par la pensée d'Aristote et néoplatonicienne.

Anecdotes

Né vers 1200 à Lauingen, en Souabe, Albert entra chez les frères prêcheurs (dominicains) malgré l'opposition de sa famille noble. Il devint l'un des rares savants de son temps à voyager à pied à travers l'Europe pour enseigner, ce qui lui valut le surnom de « Albert le Grand » de son vivant déjà.

À Paris puis à Cologne, il eut pour élève un jeune homme silencieux et corpulent que ses camarades surnommaient « le bœuf muet ». Albert prédit : « Ce bœuf fera un jour mugir sa doctrine dans le monde entier. » Cet élève était Thomas d'Aquin, qui devint le plus grand théologien du Moyen Âge.

Passionné par la nature, Albert disséquait des animaux, observait les plantes et décrivait les minéraux avec un soin rare pour son époque. Il critiquait ceux qui se contentaient de répéter les Anciens et affirmait qu'« en sciences naturelles, il faut chercher non ce que Dieu pourrait faire, mais ce que la nature fait réellement ».

Sa réputation de savant universel fit naître des légendes : on raconta qu'il avait construit une tête de bronze parlante (un « automate ») et qu'il maîtrisait l'alchimie. Bien après sa mort, des grimoires de magie apocryphes circulèrent sous le titre de « Grand Albert », sans aucun rapport avec ses véritables écrits.

Déjà âgé, Albert fit le long voyage de Cologne à Paris en 1277 pour défendre la mémoire et la pensée de son ancien élève Thomas d'Aquin, mort trois ans plus tôt et alors visé par des condamnations. Il fut canonisé et proclamé docteur de l'Église en 1931, puis déclaré patron des savants et des naturalistes.

Sources primaires

De mineralibus (Le livre des minéraux) (vers 1250-1263)
En ces matières, le but de la science de la nature n'est pas simplement d'accepter ce que d'autres ont dit, mais de rechercher les causes qui agissent dans la nature par nous-mêmes.
De animalibus (Sur les animaux) (vers 1258-1262)
J'ai moi-même vérifié par l'observation ce que j'avance, car en ces matières l'expérience seule donne la certitude.
Commentaire sur les Sentences de Pierre Lombard (vers 1243-1249)
La philosophie ne contredit pas la foi, car la vérité ne peut s'opposer à la vérité ; toutes deux viennent de Dieu, source unique du vrai.
De vegetabilibus et plantis (Sur les végétaux) (vers 1256-1260)
Les plantes vivent, se nourrissent et croissent ; observer comment chacune se comporte selon les saisons et les sols est le véritable travail du naturaliste.

Lieux clés

Lauingen (Souabe)

Ville natale d'Albert, sur le Danube, dans le duché de Bavière souabe. Une statue y honore aujourd'hui son plus illustre enfant.

Université de Paris

Grand centre intellectuel d'Occident où Albert enseigna et obtint sa maîtrise en théologie vers 1245, formant Thomas d'Aquin.

Cologne

Ville où Albert fonda le studium generale dominicain en 1248 et où il enseigna longuement. Il y mourut en 1280.

Ratisbonne (Regensburg)

Diocèse dont Albert fut évêque à partir de 1260, charge qu'il abandonna deux ans plus tard pour reprendre l'étude.

Padoue

Ville d'Italie où Albert étudiait lorsqu'il rejoignit l'ordre des dominicains, vers 1223.

Voir aussi