Marietta Robusti(1554 — 1590)

Marietta Robusti

république de Venise

7 min de lecture

Arts visuelsArtisteRenaissanceRenaissance vénitienne tardive (XVIe siècle)

Peintre vénitienne de la Renaissance tardive (1554-1590), fille et élève du Tintoret. Surnommée « la Tintoretta », elle était réputée pour ses portraits d'une grande finesse psychologique. Très demandée à la cour, elle refusa les invitations de Philippe II d'Espagne et de l'empereur Maximilien II pour rester à Venise.

Questions fréquentes

Marietta Robusti (1554-1590) était une peintre vénitienne de la Renaissance tardive, surnommée « la Tintoretta » car elle était la fille et l'élève du célèbre Tintoret. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle s'est imposée dans un milieu presque exclusivement masculin grâce à ses portraits d'une finesse psychologique exceptionnelle. Sa renommée était telle que les cours d'Espagne et d'Autriche cherchèrent à l'attirer, mais elle refusa pour rester à Venise auprès de son père.

Faits marquants

  • Née en 1554 à Venise, fille de Jacopo Robusti dit le Tintoret
  • Surnommée « la Tintoretta » en référence à son père
  • Formée dans l'atelier paternel, elle participa probablement à plusieurs œuvres collectives
  • Sollicitée par Philippe II d'Espagne et l'empereur Maximilien II, elle refusa de quitter Venise
  • Décédée en 1590, à seulement 36 ans, après l'accouchement de son premier enfant

Œuvres & réalisations

Portrait d'un vieillard avec un jeune garçon (vers 1585)

Parfois attribué à Marietta, ce tableau témoigne de la finesse psychologique caractéristique de ses portraits : le regard du vieil homme est d'une mélancolie saisissante, le rendu des textures exceptionnel.

Portrait d'une dame vénitienne (vers 1580)

Plusieurs portraits de femmes nobles venetiennes lui sont attribués avec plus ou moins de certitude. Ils se distinguent par une attention particulière aux bijoux, aux tissus et à l'expression intérieure du modèle.

Autoportrait présumé (vers 1580)

Un autoportrait conservé aux Offices de Florence lui est parfois attribué. S'il est authentifié, il constitue un rare témoignage de femme peintre s'affirmant par le regard comme sujet autant qu'artiste.

Portrait d'un sénateur vénitien (vers 1583)

Marietta était particulièrement prisée pour les portraits de l'aristocratie vénitienne. Ce type d'œuvre, commandé par les grandes familles, lui valut sa réputation de portraitiste de cour.

Anecdotes

Marietta Robusti grandit dans l'atelier de son père, le célèbre Tintoret, déguisée en garçon afin de pouvoir l'accompagner partout sans susciter la méfiance. Cette ruse lui permit de se former à la peinture dès le plus jeune âge, dans un monde artistique alors presque exclusivement masculin.

Sa renommée atteignit les cours royales d'Europe : Philippe II d'Espagne et l'empereur Maximilien II lui proposèrent chacun de rejoindre leur cour avec honneurs et richesses. Marietta refusa les deux invitations, préférant rester à Venise auprès de son père, qui ne supportait pas l'idée de la voir partir.

Son père Jacopo Tintoret, conscient du talent exceptionnel de sa fille, refusa longtemps de la marier de peur de la perdre. Ce n'est que vers 1580 qu'il accepta de lui trouver un époux — à la condition expresse que le mari élu, Mario Augusta, un orfèvre, s'installe auprès d'eux à Venise.

À sa mort prématurée en 1590, Marietta n'avait que 36 ans. Son père fut anéanti par ce deuil. Le biographe Carlo Ridolfi rapporte que le Tintoret ne se remit jamais tout à fait de la disparition de celle qu'il considérait comme sa plus brillante élève et sa fille bien-aimée.

Marietta était également musicienne réputée : elle chantait et jouait du luth avec talent, ce qui contribuait à sa légende à la cour vénitienne. Ses contemporains la décrivaient comme une femme d'une culture et d'une grâce rares, aussi habile avec le pinceau qu'avec les cordes d'un instrument.

Sources primaires

Le Maraviglie dell'Arte — Carlo Ridolfi (1648)
Marietta, figlia del Tintoretto, fu dotata di singolare ingegno nella pittura, e massimamente nei ritratti, nei quali superò molti valenti artefici. Fu richiesta dall'imperatore e dal re di Spagna, ma non volle abbandonare il padre.
La Carta del Navegar Pitoresco — Marco Boschini (1660)
La Tintoretta, così chiamata per esser figlia del gran Tintoretto, lasciò opere di grande valentia, specie nel ritrarre le figure con vera somiglianza e vivo spirito.
Lettre de l'ambassadeur vénitien à Madrid (vers 1580)
Sa Majesté le Roi d'Espagne a exprimé le désir d'avoir à sa cour la fille du Tintoret, fort renommée pour ses portraits, mais le père n'a point consenti à la laisser partir.
Dialogo della Pittura — Lodovico Dolce (1557)
Nelle botteghe veneziane più illustri, les filles de peintres apprennent dès l'enfance les secrets du métier, et certaines parviennent à une maestria que peu d'hommes égalent.

Lieux clés

Fondamenta dei Mori, Venise — atelier du Tintoret

C'est dans ce quartier du Cannaregio que Marietta grandit et se forma à la peinture. L'atelier paternel était à la fois école, lieu de vie et centre de production artistique pour toute la famille.

Scuola Grande di San Rocco, Venise

Lieu emblématique du travail du Tintoret, où Marietta collabora probablement aux grands cycles peints. Ces salles constituent encore aujourd'hui la plus grande concentration d'œuvres tintorettiennes.

Palais des Doges, Venise

Après l'incendie de 1577, l'atelier du Tintoret reçut de grandes commandes pour redécorer les salles officielles. Marietta participa probablement à ces travaux collectifs d'envergure.

Église San Cassiano, Venise

Paroisse du quartier de Sant'Angelo, c'est là que Marietta Robusti fut enterrée à sa mort en 1590. L'église conserve également des œuvres du Tintoret commandées pour ce quartier.

Rialto, Venise

Cœur commercial de Venise où résidaient orfèvres, marchands et artisans. Mario Augusta, l'époux de Marietta, y exerçait son métier d'orfèvre, inscrivant la famille dans l'élite artisanale de la Sérénissime.

Voir aussi