Martha Graham (1894-1991) est une danseuse et chorégraphe américaine, fondatrice de la danse moderne. Elle révolutionna l'art chorégraphique en rompant avec le ballet classique, développant une technique fondée sur la contraction et le relâchement du corps.
Martha Graham(1894 — 1991)
Martha Graham
États-Unis
9 min de lecture
Questions fréquentes
Citations célèbres
« Le mouvement ne ment jamais.»
« Le corps dit ce que les mots ne peuvent exprimer.»
Faits marquants
- 1894 : Naissance à Allegheny, Pennsylvanie
- 1926 : Fondation de la Martha Graham Dance Company à New York
- 1930 : Création de 'Lamentation', œuvre emblématique de la danse moderne
- 1944 : Création d''Appalachian Spring' sur une musique d'Aaron Copland, prix Pulitzer
- 1976 : Médaille présidentielle de la Liberté, plus haute distinction civile américaine
- 1991 : Décès à New York à 96 ans, après plus de 180 chorégraphies créées
Œuvres & réalisations
Solo chorégraphique dans lequel Graham, enveloppée dans un tube de jersey, incarne le deuil universel par des mouvements de torsion et de contraction. Cette pièce de huit minutes est considérée comme l'une des œuvres fondatrices de la danse moderne.
Triptyque inspiré des rituels amérindiens et catholiques du Nouveau-Mexique, acclamé comme un chef-d'œuvre dès sa première. L'œuvre illustre la capacité de Graham à puiser dans des sources culturelles non-européennes pour renouveler le langage de la danse.
Première œuvre de Graham à intégrer des textes historiques américains — notamment la Déclaration d'indépendance — à la chorégraphie. Véritable manifeste artistique, elle affirme l'identité plurielle et démocratique de la nation à l'heure de la menace fasciste.
Commandée par la Bibliothèque du Congrès sur une musique d'Aaron Copland et avec des décors d'Isamu Noguchi, cette pièce célèbre la vie pionnière américaine. La musique reçut le Prix Pulitzer en 1945 et l'œuvre est aujourd'hui un symbole de l'identité culturelle des États-Unis.
Inspirée du mythe grec de Médée, cette pièce explore la jalousie et la vengeance amoureuse avec une intensité viscérale. Les décors d'Isamu Noguchi et la performance de Graham illustrent sa maîtrise des mythes antiques pour parler de l'intériorité psychologique.
Premier ballet de Graham en soirée entière, inspiré de l'Orestie d'Eschyle, explorant la culpabilité et la rédemption à travers le regard de Clytemnestre aux Enfers. Considéré comme le sommet de son œuvre dramatique, il révèle la plénitude de son art de la danse-théâtre.
Dernière création de Martha Graham, chorégraphiée à 96 ans sur la musique de Scott Joplin, cette pièce légère et enjouée témoigne de sa vitalité créatrice intacte jusqu'à la fin de sa vie. Elle démontre que la danse moderne n'est pas condamnée à la seule gravité.
Anecdotes
Martha Graham n'a découvert la danse qu'à l'âge de seize ans, en assistant à un spectacle de Ruth St. Denis à Los Angeles. Cette révélation tardive, inhabituelle pour une danseuse professionnelle, ne l'empêcha pas de devenir la figure la plus influente de la danse moderne américaine. Son père, médecin, avait coutume de dire que le corps ne ment jamais — une intuition qui deviendra le fondement philosophique de toute sa technique.
En 1930, pour sa pièce 'Lamentation', Martha Graham se présenta sur scène enveloppée dans un tube de jersey élastique ne laissant apparaître que son visage, ses mains et ses pieds. Ce costume radical, qui sculptait et déformait le corps, choqua profondément le public habitué au ballet classique. Une spectatrice en larmes lui dit après le spectacle qu'elle n'avait jamais vu quelqu'un exprimer aussi fidèlement sa propre douleur.
Lors de la montée du nazisme, le gouvernement allemand invita Martha Graham à se produire aux Jeux olympiques de Berlin en 1936. Elle refusa catégoriquement, déclarant qu'aucun artiste véritable ne pouvait cautionner un tel régime. Cette prise de position courageuse lui valut l'admiration durable des milieux artistiques et intellectuels américains.
La collaboration entre Martha Graham et le compositeur Aaron Copland donna naissance à 'Appalachian Spring' en 1944, commandée par la Bibliothèque du Congrès. Les décors furent conçus par le sculpteur Isamu Noguchi, illustrant la fusion des arts qui caractérisait le travail de Graham. La musique remporta le Prix Pulitzer en 1945, consacrant l'œuvre comme un symbole de l'identité culturelle américaine.
Martha Graham continua à chorégraphier bien après avoir cessé de danser, créant encore de nouvelles pièces dans ses années quatre-vingt. Son ultime création, 'Maple Leaf Rag', fut présentée en 1990 sur la musique de Scott Joplin alors qu'elle avait 96 ans. Elle prouva ainsi qu'un artiste peut rester créatif jusqu'à la toute fin de sa vie, le corps pouvant s'effacer derrière la vision.
Sources primaires
Je crois que nous apprenons par la pratique, que nous fassions ou non quelque chose bien. La façon d'apprendre est assurément de tout tenter, de tout faire, de participer à tout ce qui sollicite notre curiosité.
Le mouvement ne ment jamais. C'est une forme de vérité que nous ne pouvons pas nous permettre de perdre dans notre monde de fausses apparences.
La danse est le langage caché de l'âme. C'est une communication d'humanité à humanité à travers le corps, cet instrument que nous avons tous en commun.
Il y a une vitalité, une force vitale, une énergie qui se traduit à travers vous en action. Et parce qu'il n'y a qu'un seul vous en tout le temps, cette expression est unique. Si vous la bloquez, elle ne pourra jamais exister par aucun autre moyen.
Lieux clés
Ville natale de Martha Graham, où elle grandit dans une famille bourgeoise. C'est ici que son père médecin lui enseigna l'importance du langage du corps — principe qui guidera toute sa démarche artistique.
Fondé en 1926 à Manhattan, ce studio fut le laboratoire où Graham développa sa technique révolutionnaire et forma des générations de danseurs. Il demeure aujourd'hui le centre mondial de transmission de la technique Graham.
Graham y enseigna sa technique pendant des décennies, formant une génération entière de chorégraphes et danseurs. Cette institution légendaire permit à la danse moderne américaine d'acquérir une légitimité académique internationale.
Graham y déposa ses archives et reçut la commande d'Appalachian Spring en 1943, commanditée par la Fondation Elizabeth Sprague Coolidge. La bibliothèque conserve l'un des fonds documentaires les plus importants sur son œuvre.
Lors de sa première tournée européenne, Graham se produisit à Paris où les milieux artistiques français lui réservèrent un accueil enthousiaste. Cette reconnaissance consacra définitivement la danse moderne américaine comme un art majeur à l'échelle mondiale.
Objets typiques

Tissu collant et extensible utilisé par Graham notamment pour 'Lamentation'. Ce matériau lui permettait de sculpter visuellement les mouvements de contraction et de torsion, transformant le costume en une extension dramatique vivante du corps.

Graham fut l'une des premières chorégraphes à valoriser systématiquement le travail au sol dans la danse de concert. Ces tapis matérialisaient sa conviction que la relation entre le corps et la terre — symbolisant chute et résurrection — était au cœur de l'expression humaine.
📷 CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons ↗
Présent dans tous ses studios, le piano accompagnait les répétitions avec des compositeurs collaborateurs tels que Louis Horst, Aaron Copland ou Samuel Barber. Graham fit du dialogue entre musique et mouvement un principe fondateur de sa création.

Martha Graham consignait ses réflexions, esquisses de mouvements et intuitions dramaturgiques dans des carnets. Publiés en 1973 sous le titre 'The Notebooks', ils révèlent la profondeur philosophique et poétique qui sous-tendait chaque création.

Le sculpteur japonais-américain Isamu Noguchi créa les décors de nombreuses pièces majeures de Graham, dont Appalachian Spring et Cave of the Heart. Leurs formes épurées et symboliques devinrent partie intégrante du langage visuel de la danse moderne.

Contrairement au ballet classique exigeant les pointes, Graham dansait en grande partie pieds nus ou avec de simples chaussons souples. Ce choix symbolisait le retour à une expressivité corporelle primitive, libérée des conventions académiques européennes.
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Vie quotidienne
Matin
Martha Graham commençait ses matinées par des exercices au sol dans son studio new-yorkais, dès les premières heures du jour. Elle pratiquait sa propre technique de contraction et relâchement, considérant que le corps devait être préparé avec la même rigueur qu'un instrument de musique. Ce rituel matinal, maintenu jusqu'à un âge avancé, était à la fois physique et méditatif.
Après-midi
Les après-midis étaient consacrées aux répétitions avec sa compagnie, au cours desquelles elle exigeait une précision et une intensité absolues de ses danseurs. Elle travaillait également à la conception de nouvelles chorégraphies, collaborant avec compositeurs et scénographes dans un dialogue artistique exigeant. Le studio de Manhattan était le cœur battant de sa vie créatrice.
Soir
Les soirées étaient souvent occupées par des représentations ou par des rencontres avec le monde artistique et intellectuel new-yorkais. Graham fréquentait des personnalités comme le sculpteur Isamu Noguchi, le compositeur Aaron Copland ou la danseuse Doris Humphrey. Elle était connue pour ses dîners animés où elle débattait de danse, de philosophie et de politique avec passion.
Alimentation
Martha Graham avait une alimentation sobre et fonctionnelle, adaptée aux exigences physiques extrêmes de sa pratique. Elle accordait une grande attention à maintenir un corps fort et souple, sans excès. Comme beaucoup d'artistes de sa génération, elle considérait la discipline alimentaire comme indissociable de la discipline artistique.
Vêtements
En dehors des répétitions, Graham s'habillait de façon simple et élégante, souvent en noir, reflétant son esthétique épurée. En studio et sur scène, elle portait des vêtements de jersey collants permettant de voir chaque mouvement du corps. Elle collabora avec des créateurs pour concevoir des costumes qui n'étaient pas des ornements mais des prolongements dramatiques du corps en mouvement.
Habitat
Martha Graham vécut la majeure partie de sa vie adulte dans un appartement de Manhattan, à proximité de ses studios. Son logement sobre reflétait une philosophie de dépouillement : tout était subordonné à la création artistique. Elle possédait peu de biens matériels, considérant que la véritable richesse résidait dans l'intensité de la vie artistique.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Lamentation
1930
Primitive Mysteries
1931
American Document
1938
Appalachian Spring
1944
Cave of the Heart
1946
Clytemnestre
1958
Maple Leaf Rag
1990






