Mastani(1699 — 1740)
Mastani
9 min de lecture
Mastani (vers 1699-1740) était la seconde épouse de Bajirao Ier, le Peshwa marathe. Fille d'un raja rajput et d'une concubine musulmane, elle fut une danseuse et guerrière accomplie. Leur amour interreligieux fit scandale à la cour maratha et nourrit la légende.
Questions fréquentes
Faits marquants
- Née vers 1699, fille de Chhatrasal, raja de Bundelkhand, et d'une concubine musulmane nommée Ruhani Bai
- Rencontre Bajirao Ier vers 1720 lors de la campagne militaire de ce dernier aux côtés de son père
- Leur union suscite une vive opposition de la cour maratha brahmane en raison de ses origines musulmanes
- Donne naissance à un fils, Krishna Rao (dit Shamsher Bahadur), en 1734
- Meurt en 1740, peu après la mort soudaine de Bajirao Ier
Œuvres & réalisations
Aile palatiale construite dans l'enceinte de Shaniwar Wada à Pune sur ordre de Bajirao pour y loger Mastani. Cette construction témoignait de l'attachement du Peshwa et des compromis politiques nécessaires pour maintenir son épouse dans la cour malgré l'hostilité ambiante.
Mastani contribua à la vie culturelle de la cour marathe par ses performances de danse et de musique classiques. Ses représentations mêlaient les traditions rajputes, les influences de la danse kathak et les apports de la culture moghole, enrichissant un espace de cour marqué par la rigueur brahmane.
Mastani aurait accompagné Bajirao lors de certaines expéditions militaires, une présence attestée dans plusieurs sources marathes. Cette participation illustrait sa formation guerrière héritée de son père Chhatrasal et son statut unique dans l'entourage du Peshwa.
Malgré le rejet de leur fils par la communauté brahmane, Mastani veilla à son éducation. Shamsher Bahadur devint un chef militaire marathe distingué, combattant lors de la bataille de Panipat en 1761 où il trouva la mort, perpétuant ainsi le double héritage guerrier de ses parents.
Anecdotes
Mastani n'était pas seulement danseuse et musicienne : son père, le raja Chhatrasal du Bundelkhand, l'avait formée au maniement de l'épée et à l'équitation. Selon plusieurs chroniques marathes, elle aurait accompagné Bajirao lors de certaines campagnes militaires, fait extrêmement rare pour une femme de cour au XVIIIe siècle. Cette double identité d'artiste et de guerrière faisait d'elle une personnalité hors norme dans l'Inde de l'époque.
Vers 1728, le raja Chhatrasal se retrouva en grand péril face à l'armée du gouverneur moghol Muhammad Khan Bangash qui envahissait son royaume du Bundelkhand. Bajirao arriva à temps pour le sauver. En signe de gratitude profonde, Chhatrasal offrit au Peshwa un tiers de son royaume ainsi que sa fille Mastani, considérée comme la plus précieuse de ses possessions, marquant ainsi le début d'une union qui allait faire scandale.
La cour brahmane de Pune refusa catégoriquement d'accepter Mastani à cause de ses origines musulmanes par sa mère. Les prêtres interdisaient à Bajirao d'accomplir certains rituels religieux en sa présence, et leur fils Shamsher Bahadur fut exclu de la communauté brahmane à sa naissance. Bajirao, l'un des plus grands guerriers de son temps, ne put jamais imposer l'acceptation de son épouse à sa propre famille et à sa cour.
Lors des absences militaires de Bajirao, les membres de sa famille firent enfermer Mastani à Pabal, une localité proche de Pune, pour briser définitivement leur union. Informé de cela pendant une campagne, Bajirao envoya des hommes pour la libérer, bravant ouvertement l'hostilité des siens. Cet épisode illustre l'intensité de leur attachement malgré les pressions politiques et religieuses.
Bajirao mourut subitement le 28 avril 1740 à Raver Khedi, vraisemblablement d'une forte fièvre, à l'âge d'environ quarante ans. Mastani ne lui survécut que de quelques semaines. La tradition populaire attribue sa mort au chagrin d'avoir perdu son époux, faisant de leur histoire l'un des grands récits d'amour tragique de l'Inde moghole, comparable dans la mémoire indienne à celui de Layla et Majnoun.
Sources primaires
Les registres des Peshwas mentionnent Mastani dans le contexte des dépenses de la cour à Shaniwar Wada et des arrangements domestiques qui lui étaient réservés, ainsi que les tensions liées à son statut au sein de la famille royale marathe.
Ce récit en langue marathi évoque Mastani comme la seconde épouse de Bajirao et décrit les controverses liées à sa double appartenance religieuse, soulignant l'opposition des brahmanes de la cour au mariage et à la reconnaissance de leur fils.
Les lettres et communications de la cour des Peshwas contiennent des références à Mastani Sahiba ainsi qu'aux dispositions prises concernant son fils Shamsher Bahadur, né de son union avec Bajirao.
Cette chronique en persan, rédigée par un contemporain, évoque la puissance croissante de Bajirao et les complexités dynastiques de la cour marathe dans le contexte du déclin de l'autorité moghole en Inde du Nord.
Lieux clés
Région historique de l'Inde centrale où régnait le raja Chhatrasal, père de Mastani. C'est là qu'elle naquit vers 1699 et reçut sa double formation d'artiste et de guerrière, avant d'être offerte à Bajirao en 1728.
Forteresse-palais siège des Peshwas à Pune, où Mastani vécut auprès de Bajirao. Le Mastani Mahal y fut construit spécialement pour elle vers 1732, et c'est dans ces murs que se joua l'essentiel de son existence à la cour marathe.
Petite localité proche de Pune où Mastani fut enfermée par la famille Peshwa lors des absences de Bajirao. Ce lieu symbolise les persécutions qu'elle subit en raison de ses origines et de sa religion.
Localité sur les rives de la Narmada où Bajirao mourut le 28 avril 1740. La nouvelle de cette mort fut le dernier événement de la vie de Mastani, qui décéda peu après.
La tombe traditionnellement attribuée à Mastani se trouve à Pabal selon les traditions locales. Ce lieu est devenu un site de mémoire pour ceux qui honorent l'histoire de cette femme aux destins croisés.





