Merce Cunningham (1919-2009) est un danseur et chorégraphe américain, figure majeure de la danse moderne et contemporaine. Pionnier de la danse abstraite, il a révolutionné la chorégraphie en la dissociant de la musique et du récit.
Merce Cunningham(1919 — 2009)
Merce Cunningham
États-Unis
7 min de lecture
Questions fréquentes
Citations célèbres
« Vous devez aimer la danse pour continuer à la pratiquer. Elle ne vous donne rien en retour, pas de manuscrits à conserver, pas de tableaux à montrer, rien que cet instant fugace où vous vous sentez vivant.»
Faits marquants
- Né en 1919 à Centralia (État de Washington), mort en 2009 à New York
- Danseur soliste dans la compagnie de Martha Graham de 1939 à 1945
- Fonde la Merce Cunningham Dance Company en 1953 au Black Mountain College
- Collaboration artistique et personnelle de toute une vie avec le compositeur John Cage (à partir de 1942), introduisant le hasard et l'indétermination dans la création
- Pionnier de la danse assistée par ordinateur (logiciel LifeForms / DanceForms) à partir des années 1990
Œuvres & réalisations
Première chorégraphie entièrement composée par opérations du hasard, sur une musique électronique de Christian Wolff. Manifeste de la nouvelle méthode de Cunningham.
Ballet « pointilliste » au décor et aux costumes tachetés de Robert Rauschenberg, où les danseurs semblent se fondre dans l'espace.
Pièce célèbre pour les coussins d'argent flottants d'Andy Warhol et la musique de David Tudor, exemple parfait de la collaboration entre danse, art et son.
Décor de Jasper Johns inspiré du « Grand Verre » de Marcel Duchamp, hommage à l'art moderne sur scène.
Pièce de groupe virtuose et énergique, sur une partition électronique saturée de David Tudor.
Œuvre monumentale conçue avec John Cage : les danseurs évoluent en cercle, entourés par cent douze musiciens.
Spectacle pionnier mêlant danse, capture de mouvement et projections numériques, sur une musique de Gavin Bryars.
Livre dans lequel Cunningham expose sa méthode de composition par le hasard et son rapport au mouvement.
Anecdotes
Pour composer ses chorégraphies, Merce Cunningham lançait des pièces de monnaie ou consultait le Yi King, l'ancien Livre des Mutations chinois. Le hasard décidait alors de l'ordre des mouvements, de leur direction ou de leur durée. Cunningham acceptait ces résultats même lorsqu'ils semblaient impossibles ou déconcertants, afin de libérer la danse de ses habitudes.
Avec son compagnon le compositeur John Cage, Cunningham inventa une règle radicale : la musique et la danse étaient créées séparément et ne partageaient que leur durée. Les danseurs répétaient souvent en silence et n'entendaient la partition que le soir de la première, découvrant en même temps que le public comment les deux mondes se rencontraient.
En 1968, pour le ballet « RainForest », Andy Warhol installa sur scène ses « Silver Clouds » : des coussins d'argent gonflés à l'hélium qui flottaient librement. Les danseurs devaient évoluer parmi ces nuages capricieux qui dérivaient au gré des courants d'air, certains menaçant de s'envoler vers les projecteurs ou la salle.
À près de 70 ans, Cunningham se mit à chorégraphier sur ordinateur grâce au logiciel LifeForms (puis DanceForms). Il y inventait des enchaînements de mouvements parfois si étranges qu'aucun corps humain ne les aurait imaginés, puis demandait à ses danseurs de relever le défi de les exécuter.
Cunningham dansa et chorégraphia jusqu'à sa mort à 90 ans, en 2009. Diminué par l'arthrite, il continuait de créer assis. Il avait prévu à l'avance, dans un « Legacy Plan », que sa compagnie partirait en tournée mondiale d'adieu avant de se dissoudre, une décision rare dans le monde de la danse.
Sources primaires
Il faut aimer danser pour s'y tenir. La danse ne vous rend rien : pas de manuscrits à ranger, pas de tableaux à accrocher au mur ou à montrer dans des musées, pas de poèmes à imprimer et à vendre, rien d'autre que cet unique instant fugitif où l'on se sent vivant.
La danse procure quelque chose — une amplification de l'énergie — que rien d'autre ne procure. Composer, c'est moins ordonner des pas que rester ouvert à ce qui surgit.
Avec John Cage, nous avons décidé que la musique et la danse pouvaient être indépendantes l'une de l'autre tout en occupant le même espace de temps. Chacune existe par elle-même, et elles coïncident simplement dans la durée.
Lieux clés
Ville du nord-ouest des États-Unis où Merce Cunningham naît en 1919. Il y prend ses premiers cours de danse auprès d'une professeure locale.
École d'art de Seattle où Cunningham se forme à la danse et au théâtre à la fin des années 1930. Il y rencontre John Cage, alors accompagnateur.
Collège expérimental d'artistes où Cunningham fonde sa compagnie en 1953 et participe au premier « happening ». Lieu de bouillonnement de l'avant-garde américaine.
Ancien complexe industriel reconverti en logements et ateliers d'artistes, où la Merce Cunningham Dance Company installe son studio à partir de 1971.
Capitale artistique où Cunningham vit et crée l'essentiel de son œuvre, et où il meurt en 2009.
Objets typiques

Le Livre des Mutations chinois et de simples pièces servaient à tirer au sort l'ordre, la direction ou la durée des mouvements. Le hasard devenait ainsi un outil de composition.

Cunningham consignait ses chorégraphies par des notes, schémas et symboles, comme dans son livre « Changes ». La notation fixe sur le papier une danse par nature éphémère.

Logiciel permettant d'animer une silhouette virtuelle pour inventer des enchaînements. Cunningham l'utilisa dès les années 1990 pour explorer des mouvements inédits.

Combinaisons souples (unitards) épousant le corps, souvent dessinées par des artistes comme Rauschenberg ou Jasper Johns. Elles laissaient voir chaque ligne du mouvement.

Coussins d'argent en Mylar gonflés à l'hélium qui flottaient sur scène dans « RainForest » (1968). Décor mobile et imprévisible avec lequel les danseurs interagissaient.

Bandes magnétiques, hauts-parleurs et instruments électroniques utilisés par John Cage et David Tudor pour accompagner les ballets. Le son était souvent bruitiste et indépendant de la danse.
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Vie quotidienne
Matin
La journée commençait par le cours technique : exercices de pieds, de dos et d'équilibre que Cunningham avait lui-même mis au point. Danseurs et chorégraphe entretenaient ainsi un corps capable de passer instantanément du calme au mouvement le plus rapide.
Après-midi
L'après-midi était consacré aux répétitions dans le studio, souvent en silence puisque la musique restait indépendante. Cunningham apprenait aux danseurs des enchaînements parfois dictés par des tirages au sort ou, plus tard, conçus sur ordinateur.
Soir
Le soir venaient les représentations, où la danse, la musique et le décor se rencontraient parfois pour la première fois devant le public. Cunningham y dansa lui-même longtemps, présence magnétique au centre de ses propres créations.
Alimentation
Comme tout danseur, il devait soutenir un effort physique intense par une alimentation régulière et équilibrée. La vie d'artiste new-yorkais, souvent modeste financièrement à ses débuts, imposait des repas simples.
Vêtements
Au travail, il portait des tenues souples de répétition. Sur scène, les costumes moulants signés par des artistes amis épousaient le corps pour rendre visible chaque ligne du geste.
Habitat
Cunningham vivait à New York, longtemps dans des logements modestes d'artiste, partagés avec John Cage. Sa compagnie s'installa dès 1971 dans les ateliers de la Westbeth Artists Community, à Greenwich Village.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Summerspace
1958
RainForest
1968
Walkaround Time
1968
Sounddance
1975






