Milarepa(1040 — 1123)

Milarépa

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SpiritualitéLettresPoète(sse)Moyen ÂgeTibet médiéval, époque de la seconde diffusion du bouddhisme (XIe-XIIe siècle)

Milarépa est un yogi, ermite et poète tibétain du XIe-XIIe siècle, figure majeure de l'école Kagyü du bouddhisme tibétain. Après une jeunesse marquée par la magie noire et la vengeance, il devient le disciple du maître Marpa et atteint l'éveil par l'ascèse et la méditation. Ses chants spirituels (les « Cent mille chants ») restent célèbres.

Questions fréquentes

Milarépa (1040-1123) est un yogi, ermite et poète tibétain, figure centrale de l'école Kagyü. Ce qui le rend singulier, c'est son parcours spectaculaire : après une jeunesse marquée par la magie noire et la vengeance, il se tourne vers la spiritualité, subit les épreuves extrêmes de son maître Marpa, et atteint l'éveil en une seule vie. Contrairement à la plupart des saints qui semblent nés purs, Milarépa incarne l'idée que même un grand pécheur peut se racheter par l'ascèse et la dévotion. Il est aussi célèbre pour ses chants improvisés, les Cent mille chants, qui transmettent l'enseignement bouddhiste de façon vivante.

Faits marquants

  • Né vers 1052 dans la province de Gungthang, au Tibet, dans une famille ruinée après la mort de son père
  • Pratique d'abord la magie noire pour venger sa famille spoliée, avant de se tourner vers le bouddhisme
  • Devient le disciple du traducteur Marpa, qui le soumet à de rudes épreuves avant de lui transmettre ses enseignements
  • Mène une vie d'ermite ascétique dans les grottes de l'Himalaya, célèbre pour s'être nourri d'orties
  • Mort vers 1135, considéré comme l'un des fondateurs spirituels de l'école Kagyü

Œuvres & réalisations

Les Cent mille chants (Gourboum) (XIe-XIIe siècle (compilé au XVe))

Recueil de chants spirituels improvisés, joyaux de la poésie tibétaine, qui transmettent l'enseignement bouddhiste sous une forme vivante et accessible.

Transmission de la lignée Kagyü (vers 1110)

Milarépa transmet à Gampopa les enseignements reçus de Marpa, assurant la continuité de l'une des grandes écoles du bouddhisme tibétain.

Maîtrise du toumo (chaleur intérieure) (vers 1080-1110)

Pratique yoguique permettant de générer une chaleur corporelle par la méditation, dont Milarépa devint le modèle légendaire en survivant nu dans la neige.

Enseignement du Mahamoudra et des Six Yogas de Naropa (XIe-XIIe siècle)

Transmission des techniques de méditation avancées héritées de l'Inde via Marpa, au cœur de la pratique Kagyü.

Modèle de l'éveil en une seule vie (XIe-XIIe siècle)

Par son parcours, Milarépa incarne l'idée que même un grand pécheur peut atteindre l'éveil au cours d'une seule existence par l'effort et la dévotion.

Anecdotes

Dans sa jeunesse, après la mort de son père, Milarépa et sa mère furent dépouillés de leur héritage par un oncle et une tante avides. Pour se venger, sa mère l'envoya apprendre la sorcellerie : on raconte qu'il déclencha un effondrement de maison tuant de nombreux invités d'un mariage, puis une grêle dévastant les récoltes.

Rongé par le remords d'avoir tué par magie noire, Milarépa chercha un maître pour se purifier. Son maître Marpa le soumit à des épreuves d'une dureté extrême : il lui ordonna de construire seul, à mains nues, plusieurs tours de pierre, puis de les démolir et de tout recommencer, jusqu'à ce que son dos soit couvert de plaies.

Pour méditer, Milarépa se retira des années durant dans des grottes glaciales de l'Himalaya, ne se nourrissant que d'orties. La tradition raconte que sa peau prit une teinte verdâtre à force de ce régime, et qu'il survivait presque nu malgré le froid grâce à la « chaleur intérieure » (toumo) maîtrisée par la méditation.

Milarépa enseignait par le chant plutôt que par de longs traités. Ses poèmes spontanés, improvisés pour répondre aux questions de ses disciples, furent rassemblés sous le titre des « Cent mille chants » et restent parmi les textes les plus aimés du bouddhisme tibétain.

Selon la tradition, Milarépa mourut empoisonné par un érudit jaloux de son rayonnement. Apprenant le geste, le yogi aurait pardonné à son meurtrier et accepté son sort avec sérénité, transformant sa mort en ultime enseignement sur la compassion.

Sources primaires

Le Mila Khabum (La Vie de Milarépa), attribué à Tsang Nyön Heruka (vers 1488)
Récit de sa jeunesse, de la magie noire, des épreuves imposées par Marpa et de son éveil par l'ascèse, écrit au XVe siècle à partir des traditions orales.
Le Gourboum (Les Cent mille chants de Milarépa) (compilé au XVe siècle)
Recueil des chants spirituels improvisés par Milarépa pour instruire ses disciples, mêlant enseignement, récit et poésie.
Chant de Milarépa à sa sœur Péta (XIe-XIIe siècle (tradition orale))
« Ma maison est la grotte des montagnes désertes, mon vêtement est un simple coton, ma nourriture les orties de la solitude : ainsi je conquiers l'éveil. »

Lieux clés

Gungthang (Kya Ngatsa), région de naissance

Village des hauts plateaux du Tibet occidental, près de la frontière népalaise, où Milarépa serait né et aurait passé son enfance.

Lho Drowa Lung (résidence de Marpa)

Lieu du sud du Tibet où vivait Marpa le Traducteur, et où Milarépa subit les épreuves de son apprentissage spirituel.

Tour de Sékhar Gouthok

Tour de pierre que Milarépa dut construire pour Marpa ; aujourd'hui sanctuaire et lieu de pèlerinage dans la vallée de Lhodrak.

Grottes du Lapchi (massif de l'Himalaya)

Hauts ermitages enneigés à la frontière du Tibet et du Népal, parmi les sites où Milarépa médita en reclus durant des années.

Grotte de Drakar Taso (« Dent du cheval, rocher blanc »)

Ermitage célèbre où Milarépa pratiqua de longues retraites en se nourrissant d'orties ; haut lieu de pèlerinage Kagyü.

Chuwar (région de Drin)

Lieu de ses dernières années et de sa mort, selon la tradition, dans la région frontalière du Tibet méridional.

Voir aussi