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Biographie

Sultan du Maroc de 1822 à 1859, Moulay Abd er-Rahman dut naviguer entre les pressions coloniales françaises et espagnoles tout en maintenant la souveraineté marocaine. Après avoir soutenu Abdelkader contre la France, il fut défait à la bataille d'Isly en 1844.

Moulay Abd er-Rahman

Moulay Abd er-Rahman ibn Hicham

8 min de lecture

PolitiqueMilitaireMonarqueXIXe siècleMaroc au XIXe siècle, entre résistance à l'expansion coloniale européenne et premières modernisations militaires

Questions fréquentes

Moulay Abd er-Rahman ibn Hicham fut sultan du Maroc de 1822 à 1859, une période où l'Europe coloniale commençait à grignoter les marges de l'empire chérifien. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a dû naviguer entre la résistance à l'expansion française en Algérie et les concessions imposées après sa défaite. Contrairement à son oncle Moulay Slimane, qui avait vécu un Maroc encore isolé, lui a affronté la première grande vague de pressions coloniales, ce qui fait de son règne un laboratoire des défis que ses successeurs affronteront.

Faits marquants

  • Sultan du Maroc de 1822 à 1859, de la dynastie alaouite
  • Soutient l'émir Abdelkader dans sa résistance contre la conquête française de l'Algérie
  • Défaite face à l'armée française à la bataille d'Isly (14 août 1844)
  • Signe le traité de Lalla Maghnia (1845) fixant la frontière algéro-marocaine
  • Tente de moderniser l'armée marocaine face aux menaces européennes

Œuvres & réalisations

Traité de paix de Tanger avec la France (10 septembre 1844)

Accord signé après la défaite d'Isly, par lequel le Maroc s'engageait à cesser tout soutien à Abd el-Kader. Ce traité marqua la première grande concession marocaine face à la pression coloniale française et signifia la fin du soutien officiel à la résistance algérienne.

Convention de délimitation de Lalla-Maghnia (18 mars 1845)

Traité fixant sous contrainte la frontière entre le Maroc et l'Algérie française. Cette frontière artificielle ignorant les réalités tribales locales engendra des tensions durables dans la région et resta contestée bien au-delà du XIXe siècle.

Réforme militaire du Nizam (Années 1840-1850)

Tentative de création d'une infanterie régulière formée à la mode européenne avec l'aide d'instructeurs étrangers. Première esquisse de modernisation militaire dans l'histoire marocaine moderne, elle préfigura les réformes que ses successeurs poursuivraient.

Traité de commerce avec la Grande-Bretagne (1856)

Accord commercial accordant des avantages douaniers aux marchands britanniques au Maroc. Signé sous pression diplomatique, il illustre les concessions économiques que le sultan dut consentir pour préserver une indépendance politique de plus en plus fragile.

Correspondance diplomatique avec les puissances européennes (1822-1859)

Ensemble de lettres et de négociations avec la France, l'Espagne, la Grande-Bretagne et l'Empire ottoman, conservées dans les archives marocaines et européennes. Ces documents témoignent d'une diplomatie active visant à maintenir la souveraineté chérifienne face aux appétits coloniaux.

Anecdotes

En 1832, le peintre français Eugène Delacroix accompagna une mission diplomatique française au Maroc. Moulay Abd er-Rahman le reçut en audience solennelle à Meknès, entouré de sa garde noire montée. Cette rencontre inspira au peintre le célèbre tableau 'Le Sultan du Maroc et son entourage', exposé au Salon de 1845, qui révéla aux Européens la splendeur de la cour chérifienne.

Le 14 août 1844, l'armée marocaine fut écrasée par les troupes françaises du maréchal Bugeaud sur les rives de l'oued Isly, près d'Oujda. Malgré la supériorité numérique de sa cavalerie, le sultan se heurta à une artillerie moderne dévastatrice. Cette défaite humiliante l'obligea à signer un traité de paix et à abandonner officiellement tout soutien à Abd el-Kader.

Avant la bataille d'Isly, la flotte du prince de Joinville bombarda Tanger (6 août 1844) puis Mogador — l'actuelle Essaouira — depuis la mer. Ces bombardements navals, auxquels le Maroc ne pouvait répondre faute de marine de guerre, montrèrent crûment le fossé militaire entre l'empire chérifien et les puissances industrielles européennes.

Conscient du retard technique de ses armées, Moulay Abd er-Rahman tenta d'introduire une infanterie régulière à la mode européenne, appelée le Nizam. Des instructeurs étrangers furent recrutés pour entraîner ces nouvelles unités, mais les résistances internes et le manque de ressources freinèrent cette réforme ambitieuse, qui resta inachevée jusqu'à sa mort en 1859.

Après la défaite d'Isly et la reddition d'Abd el-Kader aux Français en 1847, le sultan dut accepter une frontière algéro-marocaine imposée par le traité de Lalla-Maghnia (1845). Cette frontière, tracée sans tenir compte des tribus nomades qui la traversaient librement, allait demeurer une source de tensions entre le Maroc et l'Algérie bien au-delà du XIXe siècle.

Sources primaires

Traité de paix franco-marocain de Tanger (10 septembre 1844)
Sa Majesté l'Empereur du Maroc s'engage à chasser Abd el-Kader du territoire marocain et à le poursuivre comme ennemi commun s'il s'obstinait à résister à l'autorité française et à troubler la paix entre les deux États.
Convention de délimitation de Lalla-Maghnia (18 mars 1845)
Les deux gouvernements reconnaissent que les tribus nomades qui habitent à l'est et à l'ouest de la ligne de démarcation ne sauraient être soumises à une délimitation territoriale rigoureuse, eu égard à leur genre de vie particulier.
Eugène Delacroix — Journal, notes sur le Maroc (Mars 1832)
Le Sultan est sorti à cheval de son palais, entouré de sa garde et de ses officiers. Sa mise était simple mais sa présence d'une grande majesté ; il regardait à peine la foule, avec cet air de sécurité que donne l'habitude du commandement absolu.
Correspondance diplomatique de Moulay Abd er-Rahman au consul de France à Tanger (Vers 1843)
Nous avons toujours désiré entretenir des relations d'amitié sincère avec la France ; les différends survenus ne sauraient altérer notre commune volonté de paix et de commerce, fondée sur le respect mutuel de nos souverainetés.

Lieux clés

Fès

Capitale spirituelle et administrative du Maroc, siège du Makhzen où Moulay Abd er-Rahman tenait sa cour et promulguait ses dahirs. Le palais royal de Fès concentrait les rouages du gouvernement central chérifien.

Meknès

Cité impériale où le sultan reçut en audience solennelle la mission diplomatique française accompagnée de Delacroix en 1832. Son palais, héritage de Moulay Ismail, impressionna les visiteurs européens par son faste.

Oued Isly (près d'Oujda)

Site de la bataille du 14 août 1844 où l'armée marocaine fut défaite par les forces françaises du maréchal Bugeaud. Ce cours d'eau de l'est marocain donna son nom à l'une des défaites les plus marquantes de l'histoire chérifienne du XIXe siècle.

Tanger

Port stratégique face à Gibraltar où résidaient les consuls européens, bombardé par la flotte française en août 1844. Principal lieu des négociations diplomatiques, la ville fut aussi le théâtre de la signature du traité de paix franco-marocain le 10 septembre 1844.

Marrakech

Capitale méridionale du Maroc où le sultan séjournait régulièrement pour asseoir son autorité sur les tribus du sud. Ville symbolique de la légitimité alaouite, elle complétait avec Fès et Meknès le réseau des capitales impériales.

Voir aussi