Mathématicien et philosophe des Lumières (1743-1794), Condorcet fut secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, défenseur de l'égalité des droits (femmes, esclaves) et acteur de la Révolution française. Il mourut sous la Terreur après avoir rédigé son testament intellectuel sur le progrès humain.
Marie Jean Antoine Nicolas de Condorcet
Marie Jean Antoine Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet
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Questions fréquentes
Citations célèbres
« La nature a lié par une chaîne indissoluble la vérité, le bonheur et la vertu.»
« Le seul fondement de la croyance dans les sciences naturelles est cette idée que les lois générales, connues ou inconnues, qui règlent les phénomènes de l'univers, sont nécessaires et constantes.»
Faits marquants
- 1743 : naissance à Ribemont (Aisne)
- 1769 : élu à l'Académie des sciences pour ses travaux en calcul intégral
- 1785 : publie l'Essai sur l'application de l'analyse à la probabilité des décisions (paradoxe de Condorcet)
- 1790 : rédige Sur l'admission des femmes au droit de cité, plaidoyer pour le suffrage féminin
- 1793-1794 : rédige l'Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, mort en détention sous la Terreur
Œuvres & réalisations
Œuvre fondatrice de la théorie mathématique du vote, dans laquelle Condorcet démontre son fameux «paradoxe» sur les cycles de préférence collective. Ce texte est encore au cœur des recherches contemporaines en théorie du choix social.
Pamphlet abolitionniste publié sous pseudonyme, dans lequel Condorcet condamne l'esclavage comme un crime contre l'humanité et réclame son abolition progressive. L'un des premiers textes antiesclavagistes d'un intellectuel européen majeur.
Texte pionnier du féminisme politique, dans lequel Condorcet argue que les femmes possèdent les mêmes droits naturels que les hommes et doivent accéder au suffrage. Il faudra attendre 1944 en France pour que cela soit réalisé.
Plan d'éducation nationale présenté à l'Assemblée législative, prônant une instruction publique gratuite, laïque et ouverte aux deux sexes. Ce texte a profondément influencé l'école républicaine française du XIXe siècle.
Biographie intellectuelle de Voltaire rédigée par Condorcet, qui y retrace l'engagement du philosophe contre le fanatisme et l'intolérance. Elle illustre la filiation directe entre Condorcet et la génération précédente des Lumières.
Testament philosophique de Condorcet, écrit clandestinement sous la Terreur et publié après sa mort. Ce texte trace une histoire de l'humanité en dix époques, culminant dans une vision optimiste du progrès indéfini de la raison et de la justice.
Anecdotes
Condorcet fut l'un des très rares philosophes des Lumières à réclamer publiquement le droit de vote pour les femmes. En 1790, il publia «Sur l'admission des femmes au droit de cité», affirmant que refuser ce droit aux femmes revenait à violer les principes mêmes de la raison et de l'égalité. Ce texte était révolutionnaire pour l'époque, même parmi les révolutionnaires.
Mathématicien brillant, Condorcet découvrit ce qu'on appelle aujourd'hui le «paradoxe de Condorcet» : dans un vote à plusieurs candidats, il est possible que la majorité préfère A à B, B à C, mais aussi C à A, créant un cycle logique sans vainqueur clair. Cette découverte, vieille de 240 ans, est encore enseignée dans les cours de mathématiques et de sciences politiques du monde entier.
Traqué par les révolutionnaires qui l'avaient mis hors-la-loi en 1793, Condorcet se cacha pendant huit mois dans la maison d'une veuve courageuse, Mme Vernet, rue Servandoni à Paris. C'est durant cette réclusion qu'il rédigea son œuvre la plus célèbre, l'«Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain», un hymne à la perfectibilité humaine écrit à l'heure où il risquait sa vie.
En mars 1794, craignant de mettre Mme Vernet en danger, Condorcet s'enfuit de Paris déguisé. Il fut arrêté à Clamart après que ses mains soignées et sa connaissance du latin eurent trahi son identité auprès des villageois. Quelques jours plus tard, on le retrouva mort dans sa cellule à Bourg-la-Reine : empoisonnement volontaire, épuisement ou accident, le mystère reste entier.
Sophie de Grouchy, qu'il épousa en 1786, était elle-même une philosophe remarquable : elle traduisit Adam Smith en français et rédigea ses propres «Lettres sur la sympathie». Leur salon parisien était l'un des plus brillants de la Révolution, fréquenté par Thomas Jefferson, Paine et les grandes figures des Lumières atlantiques.
Sources primaires
Ou aucun individu de l'espèce humaine n'a de véritables droits, ou tous ont les mêmes ; et celui qui vote contre le droit d'un autre, quels que soient sa religion, sa couleur ou son sexe, a dès lors abjuré les siens.
Nos espérances sur l'état à venir de l'espèce humaine peuvent se réduire à ces trois points importants : la destruction de l'inégalité entre les nations, les progrès de l'égalité dans un même peuple, enfin le perfectionnement réel de l'homme.
Réduire un homme en esclavage, le garder dans l'esclavage, c'est un crime de lèse-humanité ; et c'est ce crime que, dans les colonies européennes, des milliers d'hommes exercent impunément et légalement.
On a cherché à soumettre au calcul des vérités qui semblaient appartenir uniquement à la politique et à la morale ; et l'on a trouvé que la raison et l'expérience étaient d'accord avec les résultats de cette analyse.
L'instruction doit être universelle, c'est-à-dire s'étendre à tous les citoyens. Elle doit être répartie avec une égalité suffisante pour que nul n'en soit privé ; elle doit être gratuite.
Lieux clés
Petite ville de Picardie où naquit Condorcet le 17 septembre 1743. Sa famille noble l'envoya rapidement faire ses études à Reims puis à Paris, loin de ce bourg provincial.
Lieu de travail et de consécration intellectuelle de Condorcet, qui en fut nommé secrétaire perpétuel en 1776. C'est ici qu'il publia ses Éloges des académiciens et ses grands travaux mathématiques.
Résidence parisienne de Condorcet et Sophie de Grouchy à partir de 1786, logement de fonction lié au poste d'inspecteur général de la Monnaie. Leur salon y rassemblait les grandes figures des Lumières et de la Révolution.
C'est ici, dans la maison de la courageuse veuve Mme Vernet, que Condorcet se cacha pendant huit mois en 1793-1794 pour échapper à la Terreur. Il y rédigea l'«Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain».
Lieu où mourut Condorcet le 28 ou 29 mars 1794, dans une cellule de l'auberge servant de prison, quelques jours après son arrestation à Clamart. Les circonstances exactes de sa mort restent un mystère historique.
Condorcet y fut panthéonisé symboliquement en 1989 à l'occasion du bicentenaire de la Révolution française, en hommage à son rôle dans les Lumières et la défense des droits humains. Son cercueil fut toutefois introuvable.
Objets typiques

Instrument quotidien de Condorcet, qui rédigea des milliers de pages de mathématiques, de philosophie et de pamphlets politiques. C'est avec cette plume qu'il écrivit son testament intellectuel, l'«Esquisse», caché rue Servandoni.

Outils indispensables du mathématicien du XVIIIe siècle, utilisés par Condorcet dans ses calculs sur les probabilités et la théorie du vote. Avant les calculatrices, ces tables volumineuses permettaient de réaliser des multiplications et divisions complexes.

Instruments emblématiques des Lumières et de l'Académie des sciences, symboles de la raison triomphante sur l'obscurantisme. Condorcet, géomètre de formation, les utilisa pour ses démonstrations mathématiques.

Œuvre collective des Lumières à laquelle Condorcet contribua et qui représentait l'idéal de diffusion du savoir qu'il défendait. Symbole de la rupture avec les autorités religieuses et de la foi en la raison.

Signe distinctif du citoyen révolutionnaire que Condorcet arborait. Ce symbole de l'engagement républicain ne le protégea pourtant pas de la Terreur lorsqu'il fut mis hors-la-loi par ceux-là mêmes qu'il avait soutenus.

Condorcet entretenait une vaste correspondance avec les philosophes européens et américains, dont Thomas Jefferson, Adam Smith et Voltaire. La lettre était le réseau social des Lumières, permettant la circulation des idées à travers les frontières.
Programmes scolaires
Vocabulaire & tags
Vocabulaire clé
Vie quotidienne
Matin
Condorcet se levait tôt et consacrait les premières heures à ses travaux mathématiques, qui demandaient concentration et silence. Il travaillait à son bureau dans son appartement de l'Hôtel des Monnaies, entouré de ses tables de calcul, de ses manuscrits et de sa correspondance abondante.
Après-midi
L'après-midi était souvent consacré aux réunions de l'Académie des sciences, aux visites de collègues philosophes ou à la rédaction de mémoires et rapports officiels. Pendant la Révolution, il passait de nombreuses heures à l'Assemblée législative, participant aux débats et rédigeant des projets de loi.
Soir
Les soirées se tenaient fréquemment dans le salon que Sophie de Grouchy animait avec brio, rassemblant philosophes, savants et hommes politiques autour de discussions sur l'égalité, les droits naturels et l'économie politique. On y croisait Jefferson, Paine ou encore Cabanis, dans une atmosphère mêlant rigueur intellectuelle et engagement révolutionnaire.
Alimentation
Comme la plupart des intellectuels parisiens de son milieu, Condorcet mangeait à des heures régulières, avec des repas bourgeois simples : soupe, viandes rôties, légumes et fruits de saison. Les dîners de salon étaient plus fastueux et prolongés, occasions de débats autant que de gastronomie.
Vêtements
Condorcet s'habillait en gentleman du XVIIIe siècle : habit en drap fin, culotte, bas blancs, perruque poudrée dans sa jeunesse puis cheveux naturels sous la Révolution qui abandonna la poudre. Pendant sa clandestinité, il portait des vêtements simples pour se fondre dans la masse.
Habitat
Après son mariage, Condorcet résida à l'Hôtel des Monnaies, vaste bâtiment néoclassique au bord de la Seine, logement de prestige lié à sa fonction administrative. Pendant la Terreur, il vécut dans une chambre modeste chez Mme Vernet, sans pouvoir sortir, dépendant entièrement de sa logique et de ses livres.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Essai sur l'application de l'analyse à la probabilité des décisions rendues à la pluralité des voix
1785
Réflexions sur l'esclavage des nègres
1781
Sur l'admission des femmes au droit de cité
1790
Rapport sur l'organisation générale de l'instruction publique
1792
Vie de Voltaire
1787
Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain
1795 (posthume)






