Pachamama

Pachamama

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MythologieSpiritualitéReligieux/seAvant J.-C.Époque précoloniale andine (avant le XVIe siècle), vénération attestée au sein de la civilisation inca (vers XIIIe–XVIe siècle apr. J.-C.) et des cultures précédentes

Divinité majeure des peuples andins, notamment inca, Pachamama est la Terre-Mère, déesse de la fertilité, de l'agriculture et du cycle des saisons. Vénérée depuis l'époque précoloniale, elle incarne la terre nourricière et fait l'objet d'offrandes rituelles encore pratiquées aujourd'hui dans les Andes.

Questions fréquentes

Ce qu'il faut retenir, c'est que Pachamama n'est pas une simple déesse de la fertilité : en quechua, Pacha signifie à la fois la terre, le temps et l'espace, et mama mère. Elle incarne donc la Terre-Mère comme une entité vivante qui englobe tout l'univers. Contrairement à une divinité grecque comme Déméter, qui préside aux moissons, Pachamama est le fondement même de l'existence : sans elle, rien ne pousse, rien ne vit. Son culte, attesté depuis la civilisation inca (XIIIe-XVIe siècle) et bien avant, structure encore aujourd'hui la vie des communautés andines.

Faits marquants

  • Pachamama est attestée comme divinité centrale dans les traditions orales et rituelles des peuples andins bien avant la conquête espagnole (avant 1532).
  • Au sein de l'Empire inca (vers 1438–1532), elle était vénérée aux côtés d'Inti, le dieu Soleil, illustrant une cosmologie duale terre/ciel.
  • La cérémonie du « pago a la tierra » (offrande à la Terre) est un rite millénaire encore pratiqué dans les Andes boliviennes, péruviennes et argentines.
  • Après la conquête espagnole (1532), le culte de Pachamama a connu un syncrétisme avec le catholicisme, notamment via une assimilation partielle à la Vierge Marie.
  • Pachamama est aujourd'hui une figure symbolique des mouvements autochtones et écologistes en Amérique latine, inscrite dans la constitution équatorienne de 2008 sous le concept de « droits de la Nature ».

Œuvres & réalisations

Le calendrier agricole et rituel inca (XIIIe–XVIe siècle)

Organisation de l'année en douze mois lunaires articulés autour des cycles de Pachamama (semailles, croissance, récoltes). Chaque mois comportait des cérémonies spécifiques en son honneur, rythmant toute la vie sociale inca.

Les andenes (terrasses agricoles) (XIIIe–XVIe siècle)

Immenses terrasses en gradins sculptées dans les flancs des Andes par les Incas, considérées comme un dialogue concret avec Pachamama. Ce système irrigué nourrissait des millions de personnes et représente l'un des chefs-d'œuvre de l'ingénierie précolombienne.

Hymnes à Pachamama (tradition orale quechua) (période précoloniale, transmission continue)

Corpus de chants rituels en quechua transmis oralement de génération en génération, adressés à la Terre-Mère lors des semailles et des récoltes. Ces hymnes, partiellement recueillis par les chroniqueurs espagnols, témoignent d'une théologie sophistiquée.

Inti Raymi et Mama Pacha Raymi — grandes fêtes agraires (vers 1438–1532)

Fêtes officielles de l'État inca associant le culte solaire (Inti) et les rites terrestres (Pachamama), célébrées à Cusco avec processions, sacrifices et libations. Elles illustrent la complémentarité cosmique du ciel et de la terre dans la pensée andine.

La cérémonie du 'Pago a la Tierra' (tradition vivante) (époque précoloniale à nos jours)

Rituel d'offrande à Pachamama pratiqué sans interruption depuis l'époque préinca jusqu'à aujourd'hui dans les communautés andines de Bolivie, Pérou et Équateur. Sa continuité sur plusieurs millénaires en fait l'un des rituels indigènes les plus persistants des Amériques.

Anecdotes

Lors de chaque plantation de maïs dans les Andes, les agriculteurs incas creusaient d'abord un petit trou dans la terre et y déposaient des feuilles de coca, de la chicha (bière de maïs) et parfois de la graisse de lama. Ce geste, appelé 'pago a la Tierra', signifiait littéralement 'payer la Terre' en remerciement de sa générosité. Sans ce rituel, la récolte risquait de ne jamais venir.

Chaque année, au mois d'août — considéré comme le mois de la Terre ouverte et affamée — les communautés andines organisaient des cérémonies collectives en l'honneur de Pachamama. On enterrait des offrandes dans des trous rituels appelés 'apacheta', contenant nourriture, tissu, et objets précieux, pour apaiser la déesse et garantir la fertilité des champs pour l'année à venir.

Les chroniqueurs espagnols du XVIe siècle, comme Cristóbal de Molina, furent frappés de voir que même après la conquête, les populations andines continuaient discrètement leurs offrandes à Pachamama sous couvert de pratiques agricoles ordinaires. La déesse survécut à l'évangélisation forcée en se fondant dans les rituels quotidiens liés à la terre.

Dans la cosmologie andine, Pachamama n'est pas seulement la terre physique : elle est l'espace-temps lui-même, car le mot quechua 'pacha' désigne à la fois la terre, le monde et le temps. Vénérer Pachamama, c'était donc honorer l'ensemble de l'univers vivant, une conception qui dépasse largement la simple divinité agricole.

Sources primaires

Relación de las fábulas y ritos de los Incas — Cristóbal de Molina (vers 1575)
Adoraban a la Pachamama, que es la Tierra, ofreciéndole chicha y coca en los campos antes de sembrar, pidiéndole que diese fruto y sustento a los hombres.
Nueva corónica y buen gobierno — Felipe Guaman Poma de Ayala (vers 1615)
Los indios en todo el Reyno, para sembrar la tierra, primero hablan con la Pachamama y le dan de comer y beber, diciendo que ella es la madre que los sustenta.
Extirpación de la idolatría en el Pirú — Pablo Joseph de Arriaga (1621)
Tienen por costumbre invocar a la Pachamama antes de abrir la tierra con la chaquitaclla, reconociendo en ella una potencia viva que puede favorecer o castigar.
Dioses y hombres de Huarochirí — Francisco de Ávila (compilateur) (vers 1598)
La tierra misma es una madre que recibe los muertos y devuelve la vida a las plantas; ella no se separa jamás du monde des vivants.

Lieux clés

Lac Titicaca, Bolivie-Pérou

Lieu d'origine mythique des Incas et siège de cultes à Pachamama parmi les plus anciens des Andes. Le lac est considéré comme le nombril du monde, point de contact entre la terre et le cosmos.

Cusco (Qosqo), Pérou

Capitale de l'Empire inca, organisée comme une représentation cosmique de l'univers andin. Les temples et les cérémonies à Pachamama y étaient intégrés au calendrier rituel officiel de l'État inca.

Machu Picchu, Pérou

Cité inca perchée dans les nuages dont les terrasses agricoles en gradins sont une incarnation concrète de la relation sacrée entre les hommes et Pachamama. Son orientation suit les cycles solaires et terrestres.

Tiwanaku, Bolivie

Ancienne cité préinca près du lac Titicaca, centre religieux majeur où se développèrent les plus anciens rites agraires andins dont les traditions liées à la Terre-Mère.

Vallée sacrée des Incas (Urubamba), Pérou

Vallée fertile considérée comme un espace béni de Pachamama, heart de l'agriculture inca avec ses terrasses monumentales. Les cérémonies de semailles y étaient parmi les plus importantes du calendrier.

Voir aussi