Biographie

Physicien français (1872-1946), élève de Pierre Curie et ami d'Einstein, pionnier de la théorie du magnétisme et des ultrasons. Philosophe des sciences engagé, il fut un ardent militant antifasciste et défenseur de l'école publique laïque.

Paul Langevin(1872 — 1946)

Paul Langevin

France

8 min de lecture

SciencesPhilosophiePolitiqueScientifiqueXXe siècleDébut du XXe siècle, période des révolutions scientifiques (relativité, physique quantique) et des bouleversements politiques (deux guerres mondiales, montée du fascisme)

Questions fréquentes

Paul Langevin (1872-1946) est un physicien français dont la carrière illustre parfaitement le lien entre science et engagement citoyen au début du XXe siècle. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il fut à la fois un théoricien de génie – pionnier du magnétisme, co-inventeur de l'équation stochastique du mouvement brownien – et un vulgarisateur hors pair, notamment en introduisant la relativité d'Einstein en France. Moins connu qu'Einstein ou Curie, il joua pourtant un rôle clé dans la diffusion de la physique moderne et dans la défense de l'école publique laïque.

Citations célèbres

« La pensée ne peut progresser que si elle reste en contact avec la réalité.»
« La science est l'œuvre collective de l'humanité.»

Faits marquants

  • 1872 : Naissance à Paris, formation à l'École de physique et de chimie industrielles
  • 1905 : Publie ses travaux fondateurs sur le diamagnétisme et le paramagnétisme
  • 1908 : Formule le paradoxe des jumeaux lié à la relativité restreinte d'Einstein
  • 1940 : Arrêté par la Gestapo après l'occupation, assigné à résidence puis s'exile en Suisse
  • 1946 : Mort à Paris, funérailles nationales ; le Parti communiste rend hommage à son engagement

Œuvres & réalisations

Thèse sur l'ionisation des gaz (1902)

Travail fondateur sur le comportement des ions dans les gaz ionisés, qui établit Langevin comme expert de la physique des radiations et lui valut une reconnaissance internationale immédiate.

Théorie du magnétisme (para- et diamagnétisme) (1905)

Explication théorique cohérente du comportement des matériaux magnétiques à partir de la structure atomique de la matière ; la loi de Langevin issue de ces travaux est encore enseignée dans les cours de physique.

Équation de Langevin (mouvement brownien) (1908)

Article publié aux Comptes rendus de l'Académie des sciences, proposant une équation stochastique pour décrire le mouvement aléatoire de particules en suspension — l'un des textes fondateurs de la physique statistique moderne.

Invention du sonar à ultrasons (1915-1918)

Développement, en collaboration avec Constantin Chilowsky, du premier dispositif ultrasonique de détection sous-marine, ancêtre direct des sonars modernes et de l'échographie médicale.

La physique depuis vingt ans (1923)

Ouvrage de vulgarisation scientifique remarquable exposant les révolutions de la physique moderne (relativité, quanta, radioactivité) à destination du grand public cultivé.

Plan Langevin-Wallon (1947)

Rapport co-rédigé avec le psychologue Henri Wallon, proposant une réforme radicale et démocratique de l'éducation française : scolarité jusqu'à 18 ans, orientation progressive, égalité des chances. Jamais pleinement appliqué, il reste une référence dans l'histoire de la pédagogie.

Anecdotes

En 1911, alors que Marie Curie s'apprêtait à recevoir son second prix Nobel de chimie, la presse française révéla sa liaison amoureuse avec Paul Langevin. Le scandale fut immense : des journalistes nationalistes accablèrent la savante polonaise d'injures xénophobes, et Langevin dut même relever un défi en duel pour défendre son honneur. Einstein, indigné, lui apporta publiquement son soutien et écrivit à Marie Curie pour l'encourager à ignorer « la populace ».

Pendant la Première Guerre mondiale, Langevin mit sa science au service de la France en inventant le premier sonar fonctionnel : un dispositif à cristaux piézoélectriques capable de détecter les sous-marins allemands par ultrasons. Testé en mer dès 1917, cet appareil sauva de nombreuses vies et posa les bases de l'échographie médicale utilisée encore aujourd'hui dans les hôpitaux du monde entier.

En 1911, Langevin popularisa la relativité d'Einstein en formulant ce qu'on appelle encore le « paradoxe des jumeaux de Langevin » : si l'un des deux jumeaux partait dans une fusée à une vitesse proche de celle de la lumière et revenait sur Terre, il serait plus jeune que son frère resté au sol. Cette expérience de pensée saisissante illustrait la dilatation du temps et fit sensation au Congrès de Bologne.

En octobre 1940, la Gestapo arrêta Langevin à Paris et le plaça en résidence surveillée. Des scientifiques du monde entier protestèrent. En 1944, il réussit à s'échapper en Suisse, d'où il soutint la Résistance française. À la Libération, il rentra triomphalement à Paris, fut nommé directeur de l'École de physique et de chimie, et adhéra au Parti communiste français.

Après la Libération, Langevin co-rédigea avec le psychologue Henri Wallon un ambitieux plan de réforme de l'Éducation nationale, prônant la scolarité obligatoire jusqu'à 18 ans, l'orientation progressive et l'égalité des chances. Le « Plan Langevin-Wallon », publié à titre posthume en 1947, ne fut jamais pleinement appliqué mais reste une référence incontournable dans l'histoire de la pédagogie française.

Sources primaires

Sur la théorie du mouvement brownien (Comptes rendus de l'Académie des sciences) (1908)
La résistance visqueuse que subit une particule en mouvement dans un liquide est exactement compensée, en moyenne, par les chocs irréguliers que lui communiquent les molécules du fluide environnant.
La physique depuis vingt ans (1923)
Les progrès réalisés dans la connaissance des phénomènes physiques depuis vingt ans ont été si considérables et si profonds qu'ils ont modifié notre conception de la matière et de l'énergie de façon révolutionnaire.
Discours au Comité de vigilance des intellectuels antifascistes (1934)
La science et la démocratie sont indissolublement liées : l'une et l'autre reposent sur la liberté de chercher et d'exprimer la vérité, sans se soumettre à aucune autorité dogmatique.
La relativité (conférence à la Société française de physique) (1932)
Einstein nous a appris que l'espace et le temps ne sont pas des cadres absolus, indépendants des phénomènes qui s'y déroulent, mais qu'ils sont au contraire intimement liés à la matière et à l'énergie.

Lieux clés

École de Physique et de Chimie Industrielles de Paris (EPCI)

Établissement où Langevin travailla toute sa carrière, d'abord comme élève de Pierre Curie puis comme professeur et directeur. C'est ici qu'il développa ses travaux sur le magnétisme et les ultrasons, et forma des générations de physiciens.

Collège de France, Paris

Institution où Langevin occupa la chaire de physique générale et expérimentale à partir de 1909. Ses cours publics y attiraient un auditoire nombreux, bien au-delà des seuls étudiants en sciences.

Cavendish Laboratory, Cambridge (Royaume-Uni)

Laboratoire mythique où Langevin étudia auprès de J. J. Thomson, découvreur de l'électron, en 1897-1898. Ce séjour l'exposa à la fine fleur de la physique internationale et orienta définitivement sa carrière vers la physique expérimentale.

Paris, 18e arrondissement (Montmartre)

Quartier populaire où naquit Paul Langevin le 23 janvier 1872, dans une famille modeste. Son ascension par l'excellence scolaire symbolise la méritocratie républicaine qu'il défendra toute sa vie.

Genève, Suisse

Ville où Langevin trouva refuge en 1944 après s'être échappé de la résidence surveillée imposée par les Allemands. Il y maintint des contacts avec la Résistance française jusqu'à la Libération de Paris.

Voir aussi