Pauline Viardot(1821 — 1910)

Pauline Viardot

France

9 min de lecture

MusiquePédagogueXIXe siècleRomantisme musical européen

Mezzo-soprano et compositrice française (1821-1910), fille du ténor Manuel García et sœur de la Malibran. Elle fut l'une des grandes cantatrices du XIXe siècle, muse d'Ivan Tourgueniev et de nombreux compositeurs romantiques.

Questions fréquentes

Pauline Viardot (1821-1910) fut l'une des plus grandes cantatrices du XIXe siècle, mais aussi une compositrice et pédagogue de premier plan. Ce qui la rend singulière, c'est moins sa seule voix de mezzo-soprano d'une étendue exceptionnelle que sa triple identité d'interprète, de créatrice et de muse. Née dans la célèbre famille García, elle incarna le rôle de Fidès dans Le Prophète de Meyerbeer en 1849, un triomphe qui révolutionna l'interprétation des rôles de mère à l'opéra. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle fut à la fois une prima donna adulée dans toute l'Europe et une compositrice active, ce qui était rare pour une femme de la scène lyrique à son époque.

Faits marquants

  • Née le 18 juillet 1821 à Paris, dans une famille de musiciens espagnols renommés
  • Débuts sur scène en 1837, carrière internationale dans les plus grandes maisons d'opéra d'Europe
  • Crée le rôle de Fidès dans Le Prophète de Meyerbeer en 1849, triomphe retentissant
  • Compose plus de 100 mélodies, opérettes et pièces pour piano tout au long de sa vie
  • Tient un salon artistique majeur à Paris, fréquenté par Chopin, Berlioz, Gounod et Brahms

Œuvres & réalisations

Rôle de Fidès dans *Le Prophète* de Meyerbeer (1849)

Pauline Viardot créa ce rôle de mezzo-soprano d'une difficulté technique extrême à l'Opéra de Paris, en collaboration étroite avec Meyerbeer. Sa performance révolutionna la façon d'interpréter les rôles de mère au théâtre lyrique.

Rôle d'Orphée dans *Orphée et Eurydice* de Gluck (1859)

La reprise de cette œuvre du XVIIIe siècle tombée dans l'oubli, avec Viardot dans le rôle-titre, fut l'un des événements artistiques majeurs du Second Empire et contribua à redécouvrir le répertoire de Gluck en France.

*Le Dernier Sorcier*, opéra-comique (1869)

Composé sur un livret d'Ivan Tourgueniev et créé à Weimar sous la direction de Liszt, cet opéra-comique témoigne à la fois du talent de compositrice de Viardot et de l'unique collaboration artistique qui l'unissait au romancier russe.

Arrangements de mazurkas de Chopin pour voix et piano (1866)

Viardot adapta une vingtaine de mazurkas de Chopin pour voix et piano en leur ajoutant des textes poétiques. Ces arrangements, qui connurent un grand succès, témoignent de son amitié profonde avec Chopin et de sa double maîtrise de la scène et du clavier.

Recueil de mélodies pour voix et piano (environ 100 œuvres) (1840-1900)

Composées tout au long de sa vie sur des textes français, espagnols, russes et allemands, ces mélodies révèlent la maîtrise polyglotte et la sensibilité poétique raffinée de Viardot, et constituent son legs le plus personnel de compositrice.

*Cendrillon*, opéra-comique (1904)

Composée à plus de quatre-vingts ans et représentée dans son salon parisien, cette œuvre illustre la longévité créatrice exceptionnelle de Viardot et sa conviction que la musique de chambre et de salon avait autant de valeur que la grande scène.

Anecdotes

George Sand s'inspira de Pauline Viardot pour écrire son roman *Consuelo* (1842-1843), dont l'héroïne est une cantatrice d'exception élevée dans la misère mais dotée d'un génie pur. Les deux femmes étaient amies intimes, et Viardot fut profondément touchée d'être au cœur de cette œuvre majeure du romantisme français.

Le romancier russe Ivan Tourgueniev tomba éperdument amoureux de Pauline Viardot lors de son premier concert à Saint-Pétersbourg en 1843. Il la suivit à travers toute l'Europe pendant plus de quarante ans, vivant près de sa famille à Paris puis à Baden-Baden, et rédigea le livret de plusieurs de ses opéras-comiques, dont *Le Dernier Sorcier* (1869).

En 1859, Viardot ressuscita *Orphée et Eurydice* de Gluck à l'Opéra de Paris — une œuvre tombée dans l'oubli depuis des décennies. Sa performance dans le rôle-titre, inhabituellement confié à une mezzo-soprano, provoqua une émotion extraordinaire et reçut les éloges unanimes de la critique parisienne.

Pour la création mondiale du *Prophète* de Meyerbeer en 1849, Viardot prépara le rôle de Fidès pendant des mois en collaboration directe avec le compositeur. La représentation fut un triomphe absolu et consacra définitivement son statut de prima donna, avec une ovation de plusieurs minutes à l'issue du spectacle.

Frédéric Chopin, habitué des soirées musicales chez les Viardot, admirait en elle une artiste complète rarissime : grande pianiste formée par Liszt, interprète exceptionnelle et compositrice active. Cette polyvalence était quasi unique pour une femme de la scène lyrique au XIXe siècle.

Sources primaires

Correspondance Pauline Viardot–Ivan Tourgueniev (1843-1883) (1843-1883)
Dans ses lettres à Viardot, Tourgueniev évoque à plusieurs reprises « l'art souverain » de la cantatrice et décrit leur collaboration sur *Le Dernier Sorcier* comme l'une des expériences les plus heureuses de sa vie créatrice.
George Sand, *Consuelo*, La Revue indépendante (1842-1843)
Sand présente Consuelo comme une voix « sans rivale en Europe », dotée d'une intelligence musicale et d'une pureté morale absolues — portrait directement nourri de son admiration pour son amie Pauline Viardot.
Hector Berlioz, *Mémoires* (publiés posthumément) (1870)
Berlioz décrit Viardot comme une artiste d'une « intelligence supérieure », dont la voix, manœuvrée avec une maîtrise hors du commun, produisait des effets dramatiques sans équivalent sur la scène lyrique de son temps.
Critique de la création du *Prophète*, *La Revue et Gazette musicale de Paris* (Avril 1849)
« Madame Viardot a dépassé toutes les espérances ; le rôle de Fidès est devenu sous ses mains une création d'une grandeur et d'une vérité pathétique inoubliables, qui place cette artiste au premier rang de la scène lyrique mondiale. »
Lettres de Frédéric Chopin à ses proches (1841-1849)
Chopin mentionne à plusieurs reprises les soirées musicales chez les Viardot et l'admiration qu'il voue au talent multiple de Pauline, tant comme interprète que comme compositrice et pianiste accomplie.

Lieux clés

Paris, France

Lieu de naissance et de mort de Pauline Viardot, et centre de toute sa carrière. Elle y tint un salon musical célèbre, fréquenté par Chopin, Berlioz, Brahms et Saint-Saëns, et y enseigna au Conservatoire.

Salle Le Peletier (Opéra de Paris), Paris

Dans cette salle, détruite en 1873, Viardot créa le rôle de Fidès en 1849 et triompha dans *Orphée et Eurydice* en 1859. C'était la principale scène lyrique de Paris sous la Monarchie de Juillet et le Second Empire.

Saint-Pétersbourg, Russie

Ville où Viardot rencontra Tourgueniev en 1843 lors d'une tournée triomphale. Elle y retourna à plusieurs reprises et fut adulée par le public russe, qui voyait en elle une artiste de génie.

Baden-Baden, Allemagne

Résidence de la famille Viardot de 1863 à 1870, cette ville thermale était un haut lieu de la vie artistique européenne. Tourgueniev habitait une villa voisine et Brahms fréquentait assidûment leur maison.

Bougival, France

Propriété de villégiature des Viardot en banlieue parisienne, où Tourgueniev mourut en 1883 entouré de toute la famille. La maison de Tourgueniev, restaurée, est aujourd'hui un musée.

Londres, Royaume-Uni

Viardot se produisit régulièrement au Covent Garden et y vécut quelques années en exil républicain après le coup d'État de 1852. Londres était alors l'une des capitales mondiales de l'opéra.

Voir aussi