Philippe II d'Orléans
Philippe II d'Orléans
Régent de France de 1715 à 1723 durant la minorité de Louis XV, Philippe II d'Orléans gouverna le royaume après la mort de Louis XIV. Esprit curieux et libertin, il fut aussi musicien, peintre et mécène, incarnant la transition entre le Grand Siècle et les Lumières.
Faits marquants
- Né le 2 août 1674 au château de Saint-Cloud, neveu de Louis XIV
- Devient régent de France en 1715 à la mort de Louis XIV, Louis XV n'ayant que 5 ans
- Introduit le système financier de John Law (1716-1720), qui se solde par une banqueroute retentissante
- Instaure la polysynodie, remplaçant les ministres par des conseils collégiaux, avant d'y renoncer
- Meurt le 2 décembre 1723 à Versailles, peu après la majorité de Louis XV
Œuvres & réalisations
Tragédie lyrique en cinq actes composée par Philippe II lui-même sur un livret de La Serre, créée à l'Académie royale de musique. Cette œuvre témoigne d'une maîtrise réelle de l'écriture musicale et place le Régent parmi les compositeurs dilettantes les plus sérieux de son époque.
Réforme institutionnelle remplaçant les secrétaires d'État par des conseils collégiaux, tentative d'associer la noblesse au gouvernement après l'absolutisme de Louis XIV. Abandonnée en 1718, elle resta un témoignage de la volonté du Régent de moderniser les institutions.
En cautionnant John Law et en nationalisant sa banque en 1718, le Régent tenta une révolution financière sans précédent : monnaie papier, crédit d'État, compagnie commerciale monopolistique. L'expérience, désastreuse, préfigurait néanmoins les instruments financiers modernes.
Philippe II enrichit considérablement la collection royale et la sienne propre, acquérant des œuvres de Raphaël, Titien et Véronèse. Il commanda des travaux à Watteau et soutint une génération d'artistes qui allait définir l'esthétique rococo.
Accord diplomatique conclu avec l'Autriche, l'Angleterre et les Provinces-Unies contre l'Espagne de Philippe V, mettant fin aux ambitions révisionnistes espagnoles. Ce traité assura à la France une décennie de paix extérieure et consolida la Régence.
Élève d'Antoine Coypel, Philippe II peignit des portraits, des allégories et des scènes mythologiques d'une qualité reconnue par ses contemporains. Ces toiles, conservées en partie à Chantilly et Versailles, illustrent sa double vie d'homme d'État et d'artiste.
Anecdotes
Philippe II d'Orléans était un musicien accompli : il composa plusieurs opéras, dont Panthée, créé à l'Opéra de Paris en 1718. Il dirigeait lui-même les répétitions et jouait du clavecin avec ses musiciens, ce qui stupéfiait les courtisans habitués à la rigidité protocolaire de Louis XIV.
Dès 1715, le Régent prit une décision symbolique forte : il quitta Versailles pour installer le jeune Louis XV et la cour au château de Vincennes, puis au Palais-Royal à Paris. Ce retour de la royauté dans la capitale mit fin à cinquante ans d'isolement versaillais et redonna à Paris son rôle de centre politique et culturel.
Philippe II rassemblait chaque soir autour de lui un cercle de libertins surnommés ses 'roués', avec lesquels il soupait, débattait de philosophie, de sciences et d'arts jusqu'à l'aube. Ces réunions nocturnes au Palais-Royal préfiguraient l'atmosphère des futurs salons des Lumières.
En 1716, le Régent autorisa le financier écossais John Law à ouvrir une banque privée à Paris, puis soutint la création de la Compagnie du Mississippi. Le système se révéla une gigantesque bulle spéculative qui s'effondra en 1720, ruinant des milliers de familles et jetant le discrédit sur la monarchie.
Philippe II mourut subitement le 2 décembre 1723 au château de Versailles, à l'âge de 49 ans, d'une apoplexie foudroyante survenue lors d'une conversation avec sa maîtresse la duchesse de Falaris. Sa mort brutale priva la France d'un régent qui, malgré ses excès, avait su préserver la paix et éviter la banqueroute de l'État.
Sources primaires
M. le Duc d'Orléans avoit une facilité merveilleuse à tout comprendre et à tout retenir ; la peinture, la musique, la chimie, les mathématiques, rien ne lui étoit étranger ; il aimoit les arts et les cultivoit avec succès.
Mon fils gouverne avec beaucoup de sagesse et de fermeté ; il travaille énormément et ne se laisse point emporter par ses favoris. Je souhaite qu'il continue ainsi.
Le vizir Hoggia gouvernait l'empire avec un mélange singulier de mollesse apparente et de fermeté réelle, laissant croire qu'il s'abandonnoit au plaisir tandis qu'il tenoit en main tous les ressorts de l'État.
Sa Royal Highness a déclaré que les affaires du Royaume seront désormais traitées par des conseils composés de pairs, de grands officiers et de personnes de mérite, afin que chaque département soit gouverné avec ordre et équité.
On voit ici tout Paris enfiévré par les actions de la Compagnie du Mississippi ; les cochers, les laquais, les marchandes de modes ont fait fortune en un jour et se croient millionnaires. C'est une folie générale que M. Law a déchaînée.
Lieux clés
Résidence principale du Régent et véritable centre du pouvoir de 1715 à 1723. Les jardins et les appartements du Palais-Royal étaient le théâtre des soupers libertins, des débats intellectuels et des décisions politiques les plus importantes de la Régence.
Symbole du règne de Louis XIV, Versailles fut partiellement abandonné pendant la Régence avant d'accueillir à nouveau la cour lors du sacre de Louis XV en 1722. Le Régent y mourut subitement le 2 décembre 1723.
Propriété de la maison d'Orléans depuis 1658, Saint-Cloud était la résidence de campagne préférée du Régent pour se reposer des affaires et recevoir ses amis artistes et savants dans un cadre moins protocolaire.
Cette rue étroite du quartier des Halles devint le symbole de la fièvre spéculative du Système de Law en 1719-1720 : les agioteurs y échangeaient les actions de la Compagnie du Mississippi dans une agitation indescriptible, de l'aube jusqu'à la nuit.
L'Académie royale de musique, installée dans une salle jouxtant le Palais-Royal, fut le lieu de création de l'opéra Panthée composé par Philippe II en 1718. Le Régent y assistait régulièrement et soutenait financièrement les spectacles lyriques.
À la mort de Louis XIV, le jeune Louis XV et la cour furent d'abord installés au château de Vincennes pour raisons sanitaires, avant de rejoindre Paris. Ce transfert symbolisa la rupture avec le règne solaire et l'ouverture d'une nouvelle ère.
