Avocat, juriste et homme politique français (1928-2024), Robert Badinter est célèbre pour avoir porté l'abolition de la peine de mort en France en 1981 en tant que Garde des Sceaux. Défenseur des droits de l'homme, il présida le Conseil constitutionnel de 1986 à 1995.
Robert Badinter(1928 — 2024)
Robert Badinter
France
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Questions fréquentes
Citations célèbres
« La justice, c'est le droit du plus faible.»
« Demain, grâce à vous, la justice française ne sera plus une justice qui tue.»
Faits marquants
- Né le 30 mars 1928 à Paris, mort le 9 février 2024
- Nommé Garde des Sceaux par François Mitterrand en juin 1981
- Fait adopter la loi abolissant la peine de mort le 9 octobre 1981
- Président du Conseil constitutionnel de 1986 à 1995
- Sénateur socialiste de 1995 à 2011, auteur de nombreux ouvrages juridiques
Œuvres & réalisations
Récit autobiographique du procès de Roger Bontems, condamné à mort et guillotiné malgré l'absence de meurtre de sa main propre. Premier grand texte de Badinter contre la peine de mort, écrit au lendemain de son échec.
Plaidoyer historique prononcé en tant que Garde des Sceaux, considéré comme l'un des discours politiques les plus marquants de la Ve République, qui conduit au vote de la loi d'abolition trois semaines plus tard.
Acte législatif majeur obtenu par Badinter sous le gouvernement Mauroy, inscrivant dans la loi française l'interdiction définitive de la peine capitale, réforme constitutionnalisée en 2007.
Biographie du philosophe des Lumières Nicolas de Condorcet, coécrite avec son épouse Élisabeth, explorant les liens entre raison, engagement politique et droits humains.
Essai historique analysant comment la République française a théorisé et mis en œuvre la peine privative de liberté comme alternative à la mort et aux supplices.
Mémoires retraçant le combat de Badinter pour abolir la peine de mort, de ses premières plaidoiries jusqu'au vote de la loi de 1981, devenu un classique du récit politique et humaniste français.
Anecdotes
Le père de Robert Badinter, Simon Badinter, fut arrêté par la police française en 1942 et déporté vers un camp d'extermination nazi, où il périt. Ce deuil familial, lié à la complicité de l'État français dans la Shoah, forgea chez Robert une conviction absolue : la vie humaine est inviolable, et l'État n'a jamais le droit de tuer.
En 1972, Badinter défendit Roger Bontems, condamné à mort pour complicité dans la prise d'otages de la prison de Clairvaux, bien que Bontems n'eût pas lui-même commis les meurtres. Malgré une plaidoirie remarquée où l'avocat plaida que la justice ne pouvait exécuter un homme sans sang sur les mains, Bontems fut guillotiné le 28 novembre 1972, aiguisant encore davantage la détermination de Badinter.
En 1977, Badinter prit la défense de Patrick Henry, accusé d'avoir kidnappé et assassiné le jeune Philippe Bertrand, huit ans. Le crime avait soulevé une vague de haine populaire et des appels massifs à la peine de mort. Badinter obtint la réclusion criminelle à perpétuité, prouvant que même dans les affaires les plus odieuses, la défense pouvait prévenir l'irréparable.
Le 17 septembre 1981, Badinter monta à la tribune de l'Assemblée nationale pour défendre le projet de loi abolissant la peine de mort. Dans un silence glacial venu des bancs de droite, il conclut : 'Demain, grâce à vous, la France va rejoindre le peuple des nations libres qui ont aboli la peine de mort.' Le texte fut adopté le 9 octobre 1981, faisant de la France la 35e nation à abolir cette peine.
Badinter conserva toute sa vie un questionnement douloureux sur l'affaire Christian Ranucci, guillotiné en 1976, dont la culpabilité fut ensuite mise en doute par plusieurs enquêtes. Cette incertitude irréductible — l'impossibilité de réparer une exécution — était l'un de ses arguments les plus forts : une erreur judiciaire suivie de la mort est sans remède possible.
Sources primaires
Demain, grâce à vous, la France va rejoindre le peuple des nations libres qui ont aboli la peine de mort. Demain, vous ferez de la France une plus grande nation parce qu'elle sera plus fidèle à son image, à son génie, à sa vocation universelle.
Il y avait dans cette exécution quelque chose qui blessait profondément le sentiment de justice. Bontems n'avait pas tué. Il allait mourir. La loi le voulait ainsi. Et moi, je n'avais pu rien faire.
Pendant des années, j'avais combattu la peine de mort. Chaque fois qu'un homme était exécuté, j'avais le sentiment d'un échec personnel, d'une faute collective. Puis vint le moment où nous pouvions enfin agir.
On ne peut condamner à mort un homme qui n'a pas tué. Si vous le faites, vous franchissez une frontière au-delà de laquelle la justice n'est plus que vengeance collective habillée en sentence.
L'appartenance à l'espace démocratique européen ne peut se concevoir sans l'abolition de la peine capitale. C'est la condition sine qua non d'une communauté de droit fondée sur la dignité humaine.
Lieux clés
Robert Badinter naquit à Paris le 30 août 1928 et y vécut toute sa vie, y exerçant comme avocat, y devenant ministre puis sénateur, et y mourant le 9 février 2024.
C'est dans l'hémicycle du Palais Bourbon que Badinter prononça le 17 septembre 1981 son discours historique pour l'abolition de la peine de mort, salué comme l'un des plus grands discours de la Ve République.
Badinter présida le Conseil constitutionnel de 1986 à 1995, veillant à la conformité des lois avec la Constitution et renforçant l'État de droit face aux gouvernements successifs.
Siège de la Cour d'assises de Paris où Badinter plaida ses grandes affaires criminelles, notamment la défense de Roger Bontems (1972) et de Patrick Henry (1977), qui marquèrent l'histoire du barreau français.
Le père de Badinter, Simon, fut déporté et assassiné dans un camp d'extermination nazi en Pologne en 1942-1943. Ce lieu de mémoire traumatique est à l'origine profonde de l'engagement de Robert contre toute violence d'État.
