Serge de Diaghilev(1872 — 1929)

Serge de Diaghilev

Empire russe

9 min de lecture

LettresMythologieArts visuelsMusiqueXXe siècleBelle Époque et entre-deux-guerres — effervescence artistique parisienne des avant-gardes

Impresario et mécène russe, Diaghilev fonda les Ballets Russes en 1909, révolutionnant l'art chorégraphique en réunissant les plus grands artistes de son époque. Il collabora avec Stravinsky, Picasso, Matisse et Nijinski pour créer des spectacles totaux alliant danse, musique et arts plastiques.

Questions fréquentes

Serge de Diaghilev (1872-1929) n'est pas un dieu mais un impresario russe qui, à l'instar d'un démiurge, a créé les Ballets Russes en 1909. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a fusionné danse, musique et arts plastiques en un spectacle total, collaborant avec Stravinsky, Picasso et Nijinski. Moins un simple producteur qu'un mécène visionnaire, il a révolutionné l'art chorégraphique à la Belle Époque, transformant Paris en creuset des avant-gardes.

Citations célèbres

« Étonne-moi ! »
« Je suis premièrement un grand charlatan, deuxièmement un grand charmeur, troisièmement une sorte d'effronté, quatrièmement un homme avec beaucoup de logique et peu de scrupules. »

Faits marquants

  • 1872 : Naissance à Selichtchi, en Russie
  • 1909 : Fondation des Ballets Russes à Paris
  • 1913 : Création du Sacre du printemps de Stravinsky, scandale retentissant au Théâtre des Champs-Élysées
  • 1917 : Collaboration avec Picasso et Cocteau pour le ballet Parade
  • 1929 : Mort à Venise, laissant les Ballets Russes sans successeur

Œuvres & réalisations

Fondation des Ballets Russes (1909)

Compagnie de danse révolutionnaire créée par Diaghilev à Paris, qui réunit les meilleurs danseurs, chorégraphes, compositeurs et plasticiens de l'époque pour créer des spectacles d'art total.

L'Oiseau de Feu (1910)

Premier ballet créé en collaboration avec Stravinsky, tiré d'un conte russe, dont la musique flamboyante et les décors orientalisants de Bakst firent sensation à Paris.

Petrouchka (1911)

Ballet expressionniste sur un livret de Stravinsky et Benois, évoquant la vie d'un pantin de foire — une méditation sur l'art et la liberté considérée comme l'un des chefs-d'œuvre du XXe siècle.

Le Sacre du Printemps (1913)

Scandale fondateur de la musique moderne, avec la musique de Stravinsky et la chorégraphie rupturiste de Nijinski, cette œuvre bouleversa définitivement les codes esthétiques de la danse et de la musique.

Parade (1917)

Ballet cubiste conçu avec Satie, Picasso et Cocteau, où des costumes-sculptures et des bruits de machine remplacent la musique traditionnelle — manifeste de l'avant-garde parisienne sur scène.

Les Noces (1923)

Cantate chorégraphique de Stravinsky sur des textes populaires russes, aux décors dépouillés de Gontcharova, préparée pendant dix ans et considérée comme le sommet absolu de l'esthétique des Ballets Russes.

Revue Mir Iskusstva (Le Monde de l'Art) (1898–1904)

Première publication russe consacrée à l'art nouveau européen et à la renaissance des arts décoratifs russes, fondée par Diaghilev à Saint-Pétersbourg — son premier geste de mécène et d'éditeur.

Anecdotes

Diaghilev était célèbre pour son exigence absolue envers ses collaborateurs. Lorsque le jeune Jean Cocteau lui soumit des idées de spectacle, Diaghilev lui lança simplement : « Étonne-moi ! » Cette phrase devint un mot d'ordre de toute une génération d'artistes parisiens, poussés à dépasser les conventions.

La première du Sacre du Printemps, le 29 mai 1913 au Théâtre des Champs-Élysées, provoqua un scandale retentissant. La musique dissonante de Stravinsky et la chorégraphie anguleuse de Nijinski choquèrent le public bourgeois au point que des bagarres éclatèrent dans la salle — une des soirées les plus tumultueuses de l'histoire de la musique.

Diaghilev souffrait d'une thalassophobie profonde, une peur maladive de la mer. Il évitait autant que possible les traversées maritimes et considérait l'eau comme un mauvais présage. L'ironie du sort voulut qu'il mourût à Venise en août 1929, dans une ville entièrement construite sur l'eau.

Grand découvreur de talents, Diaghilev repéra le jeune danseur Vaslav Nijinski en 1908 et en fit la plus grande étoile de son époque. Mais lorsque Nijinski se maria en 1913 sans le prévenir, il le congédia sur-le-champ — un mélange de jalousie personnelle et de sentiment de trahison qui marqua durablement les deux hommes.

Pour financer les Ballets Russes lors des périodes difficiles, Diaghilev n'hésitait pas à faire appel à de riches mécènes. Coco Chanel, qui admirait profondément son travail, lui avança une somme considérable pour sauver la compagnie en 1921 et finança notamment la reprise du Sacre du Printemps. Les milieux de la mode et de l'art étaient ainsi intimement liés autour de lui.

Sources primaires

Correspondance Diaghilev–Stravinsky (1909–1929) (1909–1929)
« Je veux que cette musique soit nouvelle, brutale, primitive. Donne-moi quelque chose que personne n'a encore entendu. » Diaghilev, lettre à Stravinsky, 1912.
Tamara Karsavina, « Theatre Street : The Reminiscences of Tamara Karsavina » (1930)
« Diaghilev avait le don de voir dans un artiste ce que cet artiste lui-même ne soupçonnait pas encore. Son regard vous traversait, vous révélait à vous-même. »
Jean Cocteau, « Le Coq et l'Arlequin » (1918)
« Diaghilev fut le premier à m'enseigner que la honte du beau geste est une vertu, que l'élégance vraie réside dans le refus du facile. »
Bronislava Nijinska, « Early Memoirs » (publié 1981, rédigé années 1930)
« Dans les répétitions, Diaghilev était partout à la fois — il écoutait la musique, regardait les costumes, corrigeait les danseurs. Rien ne lui échappait. C'était un démiurge. »
Serge Lifar, « Serge Diaghilev : His Life, His Work, His Legend » (1940)
« Il mourait souvent de faim pour que ses artistes fussent payés. Il dormait peu, dépensait tout, vivait pour une seule chose : que le spectacle soit parfait. »

Lieux clés

Théâtre du Châtelet, Paris

Lieu de la première saison des Ballets Russes en 1909, ce théâtre parisien fut le point de départ de la révolution chorégraphique de Diaghilev et le berceau de sa légende en Europe.

Théâtre des Champs-Élysées, Paris

Scène du scandale du Sacre du Printemps en mai 1913, ce théâtre Art déco inauguré la même année fut le théâtre de l'une des soirées les plus célèbres de l'histoire musicale du XXe siècle.

Monte-Carlo, Monaco

Siège hivernal des Ballets Russes à partir de 1911, Monte-Carlo offrait à Diaghilev une salle de répétition permanente et le soutien financier de la principauté, devenant sa base d'opérations méditerranéenne.

Hôtel des Bains, Venise

C'est dans ce palace vénitien du Lido que Diaghilev mourut le 19 août 1929, entouré de Coco Chanel et Serge Lifar. Il fut enterré dans l'île de San Michele, cimetière des artistes de Venise.

Saint-Pétersbourg (anciennement)

Ville natale de Diaghilev et berceau de sa formation culturelle, Saint-Pétersbourg fut le lieu de ses premiers engagements artistiques et de la fondation de la revue Mir Iskusstva en 1898.

Royal Opera House, Londres

Covent Garden accueillit régulièrement les Ballets Russes lors de leurs tournées anglaises, et Londres constitua l'un des trois grands pôles — avec Paris et Monte-Carlo — de l'activité de Diaghilev.

Voir aussi