Cinéaste franco-suisse (1930-2022), figure majeure de la Nouvelle Vague. Il révolutionne le langage cinématographique avec des films comme À bout de souffle (1960), remettant en cause les codes narratifs traditionnels.
Jean-Luc Godard(1930 — 2022)
Jean-Luc Godard
Suisse, France
9 min de lecture
Questions fréquentes
Citations célèbres
« Le cinéma, c'est vingt-quatre fois la vérité par seconde.»
« Un travelling est une affaire de morale.»
Faits marquants
- 1930 : naissance à Paris de Jean-Luc Godard
- 1960 : sortie de À bout de souffle, film fondateur de la Nouvelle Vague
- 1968 : engagement politique fort lors des événements de Mai 68, abandon temporaire du cinéma commercial
- 1985 : réalisation de Je vous salue, Marie, film controversé
- 2022 : décès en Suisse par suicide assisté à l'âge de 91 ans
Œuvres & réalisations
Premier long métrage de Godard, tourné en dix-sept jours dans les rues de Paris avec un budget minimal. Il révolutionne le langage cinématographique par ses jump cuts, son tournage à l'épaule et sa narration délibérément fragmentée.
Portrait d'une jeune femme qui bascule dans la prostitution, divisé en douze tableaux comme une pièce de théâtre. Godard y mêle enquête sociale, philosophie et cinéma-vérité, avec Anna Karina dans le rôle principal.
Adaptation du roman d'Alberto Moravia avec Brigitte Bardot, Michel Piccoli et Fritz Lang jouant son propre rôle. Œuvre méditative sur l'amour qui se délite, la création artistique et le rapport entre cinéma d'auteur et cinéma commercial.
Road movie poétique et politique en Technicolor avec Jean-Paul Belmondo et Anna Karina. Film-manifeste mêlant violence, amour fou, références littéraires et critique de la société de consommation.
Pamphlet apocalyptique contre la bourgeoisie, avec le célèbre plan-séquence de l'embouteillage de huit minutes. Souvent considéré comme la fin de la première période créatrice de Godard avant son tournant politique radical.
Œuvre monumentale en huit épisodes mêlant essai filmique et poème visuel. Godard reconstruit l'histoire du XXe siècle à travers le cinéma dans un montage associatif de fragments de films, de textes et de musiques.
Film en 3D utilisant la technologie numérique de manière poétique et expérimentale, Prix du jury à Cannes. À 84 ans, Godard confirme sa capacité à réinventer constamment le langage cinématographique.
Anecdotes
Lors du montage d'À bout de souffle (1960), le producteur exigeait que Godard supprime trente minutes du film. Plutôt que de recourir à des coupes classiques, Godard tailla directement dans les scènes elles-mêmes, inventant ainsi le « jump cut » — saut brutal au sein d'un même plan. Ce procédé, perçu d'abord comme un défaut technique, devint l'une des signatures stylistiques les plus influentes du cinéma mondial.
Godard tournait souvent sans scénario finalisé, donnant ses répliques aux acteurs le matin même du tournage ou les leur soufflant via un talkie-walkie pendant les prises. Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg apprirent ainsi leurs dialogues d'À bout de souffle au fur et à mesure, donnant au film son énergie spontanée et son naturel déconcertant.
En mai 1968, Godard, Truffaut et d'autres cinéastes montèrent sur scène au Festival de Cannes pour s'accrocher aux rideaux et interrompre les projections, réclamant la solidarité du festival avec les ouvriers et étudiants en grève. Le festival fut suspendu — fait sans précédent dans son histoire — et devint le symbole de l'engagement politique de toute une génération d'artistes.
En 2022, à l'âge de 91 ans, Godard choisit de recourir au suicide assisté légal en Suisse. Il déclara que sa décision n'était pas liée à une maladie grave, mais à une « fatigue » profonde. Cette mort délibérément choisie, à l'image de ses films qui refusaient toute convention narrative, fit l'objet de nombreux débats éthiques et philosophiques à travers le monde.
Dans Vivre sa vie (1962), Godard divise le film en douze « tableaux » annoncés par des cartons de texte, comme une pièce de théâtre. Il fut l'un des premiers réalisateurs à incruster des chiffres et des sous-titres directement dans l'image pour commenter l'action ou interpeller le spectateur, transformant le récit cinématographique en essai philosophique visuel.
Sources primaires
Il faut confronter des idées vagues avec des images claires. Le cinéma permet de montrer et de penser en même temps — c'est sa force unique parmi tous les arts.
Un travelling est une affaire de morale. Ce que l'on montre, comment on le montre, vers quoi la caméra se déplace — tout cela est un choix éthique autant qu'esthétique.
Nous sommes solidaires du mouvement étudiant et ouvrier. Continuer le festival serait un acte criminel de légèreté. Nous demandons la fermeture du festival.
Le cinéma substitue à notre regard un monde qui s'accorde à nos désirs. Le cinéma est une invention sans avenir... mais peut-être la mémoire vivante du XXe siècle.
Lieux clés
Décor naturel d'À bout de souffle (1960), Godard y tourne dans les rues sans autorisation avec une caméra cachée. Les cafés, les trottoirs et les chambres d'hôtel bon marché du Quartier Latin deviennent les protagonistes de ses films.
Temple du cinéma mondial fondé par Henri Langlois, où Godard et les futurs cinéastes de la Nouvelle Vague passèrent leur jeunesse à voir des centaines de films. Godard y considérait avoir fait ses véritables études de cinéma.
Lieu de consécration de la Nouvelle Vague dès 1959, et scène des contestations politiques de mai 1968. Godard y présenta plusieurs films et y remporta des prix, tout en critiquant le spectacle médiatique du festival.
Ville du bord du lac Léman où Godard s'installa définitivement dans les années 1970. Il y vécut et travailla pendant près de cinquante ans dans une relative retraite, jusqu'à sa mort en septembre 2022.
Grands studios de cinéma romains où fut tourné Le Mépris (1963), avec Brigitte Bardot et Michel Piccoli. Le film adapte le roman de Moravia et constitue l'une des œuvres les plus accessibles de Godard, mêlant cinéma populaire et réflexivité.
Objets typiques

Godard et les cinéastes de la Nouvelle Vague adoptèrent ces caméras portables et silencieuses pour tourner en extérieur, dans la rue, sans décor construit. Cet outil permit l'esthétique caméra à l'épaule caractéristique du mouvement.

Revue de critique cinématographique fondée en 1951 dans laquelle Godard écrivit de nombreux articles avant de passer à la réalisation. C'est là qu'il forgea sa pensée sur le cinéma comme art majeur et développa la politique des auteurs.

Signature vestimentaire de Godard devenue emblématique, ses épaisses lunettes noires sont le symbole de l'intellectuel cinéaste engagé des années 1960 et apparaissent dans de nombreuses photographies et dans ses propres films.

Appareil d'enregistrement sonore portable suisse, indispensable aux tournages légers de la Nouvelle Vague. Il permit d'enregistrer le son en direct dans la rue, donnant aux films de Godard leur sonorité réaliste et parfois chaotique.

Godard notait en permanence ses idées — répliques, angles de caméra, références littéraires — sur de petits carnets qu'il conservait sur lui. Sa méthode de travail reposait sur l'improvisation à partir de ces fragments préparés en amont.

Outil sur lequel Godard assembla ses films en inventant de nouveaux rythmes et de nouvelles discontinuités. C'est sur cette table qu'il créa le jump cut en taillant directement dans les rushes d'À bout de souffle.
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Vie quotidienne
Matin
Godard se levait tard et commençait sa journée par une lecture intensive — journaux, romans, essais philosophiques. Il prenait ses notes sur de petits carnets qu'il conservait toujours sur lui, griffonnant des idées de plans ou des bribes de répliques au fil de ses lectures.
Après-midi
Les après-midis étaient consacrés au travail créatif : visionnage de rushes sur la table de montage, réunions avec ses collaborateurs ou repérages dans les rues de Paris pour trouver des décors spontanés. Lors des tournages, il improvisait souvent le découpage au dernier moment, remettant ses directives aux acteurs peu avant les prises.
Soir
Le soir, Godard fréquentait les cinémas du Quartier Latin ou la Cinémathèque française pour voir des films du monde entier. Il participait également aux débats animés de cafés comme La Coupole, entouré de cinéastes, d'écrivains et d'intellectuels de la rive gauche parisienne.
Alimentation
Comme beaucoup d'intellectuels français de sa génération, Godard mangeait simplement : café serré le matin, repas dans un restaurant de quartier le midi. Il vivait avec une certaine frugalité, notamment lors de sa retraite suisse à Rolle où il menait une existence modeste et retirée.
Vêtements
Godard arborait un style caractéristique d'intellectuel bohème : lunettes épaisses à monture noire devenues sa signature, veste en tweed ou blouson sombre, parfois col roulé noir — symbole de l'existentialisme et de l'avant-garde culturelle des années 1960. Son apparence sobre tranchait avec l'exubérance visuelle de ses films.
Habitat
Dans ses années parisiennes, Godard habitait des appartements modestes du Quartier Latin ou de Montparnasse, quartiers des artistes et des intellectuels. À partir des années 1970, il s'installa définitivement à Rolle au bord du lac Léman en Suisse, dans une maison simple où il travailla jusqu'à la fin de sa vie.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Style visuel
Esthétique Nouvelle Vague en noir et blanc granuleux, lumière naturelle, caméra portative et jump cuts dans les rues et appartements parisiens des années 1960.
Ambiance sonore
Sons urbains de Paris dans les années 1960 : caméra portative, jazz de café, bruits de rue et machinerie artisanale du cinéma de la Nouvelle Vague.






