Sorghaghtani Beki(1190 — 1252)

Sorgaqtani

Empire mongol

6 min de lecture

PolitiqueMoyen ÂgeApogée de l'Empire mongol au XIIIe siècle, entre la mort de Gengis Khan et l'avènement de la dynastie Yuan en Chine

Princesse mongole, belle-fille de Gengis Khan et épouse de Tolui. Mère de quatre fils dont les empereurs Möngke et Kubilai Khan et l'Ilkhan Houlagou, elle exerça une influence politique décisive sur la succession de l'Empire mongol au XIIIe siècle.

Questions fréquentes

Sorghaghtani Beki (vers 1190-1252) était une princesse mongole de la tribu kéraïte, belle-fille de Gengis Khan et épouse de son fils Tolui. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle fut l'une des rares femmes à gouverner un vaste apanage après la mort de son mari, administrant seule des territoires allant de la steppe au nord de la Chine. Mère de quatre fils devenus souverains majeurs – Möngke et Kubilai (grands khans), Houlagou (fondateur de l'Ilkhanat) et Ariq Böke –, elle orchestra l'accession de sa lignée au pouvoir suprême en 1251. L'historien persan Rachid ad-Din la décrit comme « extrêmement intelligente et capable », et elle est considérée comme l'une des femmes les plus influentes de l'Empire mongol.

Faits marquants

  • Née vers 1190, fille d'un chef kéraïte et belle-fille de Gengis Khan
  • Épouse Tolui, plus jeune fils de Gengis Khan, et administre son apanage après sa mort en 1232
  • De confession chrétienne nestorienne, elle protège plusieurs religions (bouddhisme, islam, christianisme)
  • Manœuvre pour faire élire son fils Möngke grand khan en 1251, écartant la lignée d'Ögödaï
  • Mère de Möngke, Kubilai (fondateur de la dynastie Yuan) et Houlagou ; morte en 1252

Œuvres & réalisations

Gestion de l'apanage de Tolui (1232-1252)

Après la mort de son époux, elle administra seule un vaste domaine couvrant steppe et Chine du Nord, alliant fiscalité modérée et protection des paysans pour en faire un territoire prospère.

Éducation des quatre fils (années 1230-1240)

Elle forma Möngke, Kubilai, Houlagou et Ariq Böke à la politique, aux langues et au gouvernement, préparant une génération de souverains qui domineront l'Eurasie.

Politique de tolérance religieuse (années 1230-1250)

Chrétienne nestorienne, elle finança mosquées, écoles coraniques et institutions bouddhistes, instaurant un modèle de coexistence repris par ses fils dans tout l'empire.

Élévation de Möngke au rang de grand khan (1251)

Par ses alliances avec la Horde d'Or de Batu, elle fit basculer le pouvoir suprême de la lignée d'Ögödeï vers celle de Tolui, redessinant la succession mongole.

Fondation indirecte des dynasties Yuan et Ilkhanide (à partir de 1260)

Ses fils Kubilai et Houlagou fondèrent respectivement la dynastie Yuan en Chine et l'Ilkhanat de Perse, prolongeant son héritage politique sur deux continents.

Soutien à l'agriculture sédentaire (années 1230-1240)

Contre la tentation mongole de transformer les terres chinoises en pâturages, elle encouragea le maintien de l'agriculture et des villes, source durable de revenus pour l'empire.

Anecdotes

Sorghaghtani Beki était une princesse kéraïte et chrétienne nestorienne, mais elle protégea toutes les religions de l'empire : elle finança des mosquées et des écoles coraniques pour ses sujets musulmans tout en restant fidèle à sa propre foi. Cette tolérance habile lui valut le respect de peuples très divers.

À la mort de son mari Tolui vers 1232, le grand khan Ögödeï lui proposa d'épouser son propre fils Güyük. Refuser une telle offre était risqué, mais elle déclina poliment en disant qu'elle devait se consacrer à l'éducation de ses quatre fils — un choix qui lui permit de garder le contrôle total de son immense apanage.

Bien qu'elle ne sût probablement ni lire ni écrire elle-même, elle veilla à ce que ses fils apprennent plusieurs langues et s'entourent de lettrés de tout l'empire. Deux d'entre eux, Möngke et Kubilai, devinrent grands khans, et un troisième, Houlagou, fonda la dynastie des Ilkhans de Perse.

L'historien persan Rachid ad-Din la décrivit comme « extrêmement intelligente et capable, dépassant toutes les femmes du monde ». Les observateurs étrangers comme le moine Guillaume de Rubrouck notèrent l'influence considérable des grandes dames mongoles à la cour.

En 1251, c'est en grande partie grâce à ses manœuvres politiques et à ses alliances que son fils aîné Möngke fut élu grand khan, faisant passer le pouvoir suprême de la lignée d'Ögödeï à celle de Tolui. Ce coup politique remodela durablement l'histoire de l'Empire mongol.

Sources primaires

Jami al-tawarikh (Recueil des chroniques), Rachid ad-Din (vers 1307)
Elle était extrêmement intelligente et capable, et s'élevait au-dessus de toutes les femmes du monde par son habileté à gouverner.
Histoire du conquérant du monde (Tarikh-i Jahangushay), Ata-Malik Juvayni (vers 1260)
Dans la gestion de ses affaires et le gouvernement de ses sujets, elle dépassait les hommes les plus avisés, et personne n'aurait osé contredire ses décisions.
Voyage dans l'empire mongol, Guillaume de Rubrouck (1255)
Les dames de la cour mongole possèdent leurs propres campements, leurs troupeaux et leurs serviteurs, et leur autorité y est grande.

Lieux clés

Steppe mongole (cœur de l'empire)

Vastes prairies où vivaient les Mongols nomades et où Sorghaghtani gérait son apanage et ses troupeaux. C'est là que se nouaient les alliances entre clans.

Karakorum

Capitale de l'Empire mongol fondée sous Ögödeï, centre du pouvoir où se tenaient les quriltaï (assemblées). Sorghaghtani y défendit la candidature de son fils Möngke.

Chine du Nord (terres de l'apanage de Tolui)

Territoires chinois rattachés à l'apanage familial qu'elle administra après la mort de Tolui. Elle y favorisa l'agriculture et protégea les populations sédentaires.

Région des Kéraïtes

Territoire d'origine de sa tribu chrétienne nestorienne, dans l'actuelle Mongolie centrale. C'est là que s'enracinent sa foi et ses premières alliances familiales.

Gansu (monastère de sépulture)

Région de Chine du Nord-Ouest où la tradition situe son tombeau, dans une église chrétienne nestorienne. Son inhumation chrétienne témoigne de sa foi conservée jusqu'à la fin.

Voir aussi