Abu Yaqub Yusuf

Abu Yaqub Yusuf Ier (Abū Yaʿqūb Yūsuf ibn Abd al-Mu'min)

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PolitiqueSpiritualitéPhilosophieChef militaireMoyen ÂgeApogée de l'empire almohade au XIIe siècle, période de domination berbère sur le Maghreb et l'Espagne musulmane, marquée par une grande effervescence intellectuelle et philosophique.

Deuxième calife almohade (et non almoravide), il régna de 1163 à 1184 sur le Maghreb et al-Andalus. Lettré et protecteur des savants, il fit venir à sa cour les philosophes Ibn Tufayl et Averroès (Ibn Rushd). Il mourut lors du siège de Santarém au Portugal.

Questions fréquentes

Pour comprendre l'importance d'Abu Yaqub Yusuf Ier, il faut imaginer un souverain qui n'était pas seulement un chef militaire, mais aussi un intellectuel passionné. Ce qui distingue ce deuxième calife almohade (règne 1163-1184), c'est son rôle de mécène : il a attiré à sa cour des penseurs comme Ibn Tufayl et Averroès (Ibn Rushd), leur offrant un cadre pour commenter Aristote. Ce qu'il faut retenir, c'est que sans son soutien, les grands commentaires d'Averroès qui ont ensuite influencé l'Europe médiévale n'auraient peut-être jamais vu le jour. Il a ainsi fait de sa cour, à Séville et Marrakech, un centre majeur du savoir en Méditerranée.

Faits marquants

  • Devient calife almohade en 1163 à la mort de son père Abd al-Mu'min
  • Fait venir le philosophe Ibn Tufayl, puis Averroès (Ibn Rushd), à sa cour vers 1169
  • Encourage Averroès à rédiger ses commentaires d'Aristote
  • Établit Séville comme grand centre du pouvoir almohade en al-Andalus
  • Meurt en 1184 des suites de ses blessures au siège de Santarém (Portugal)

Œuvres & réalisations

Mécénat des philosophes Ibn Tufayl et Averroès (vers 1169-1184)

En invitant ces penseurs à sa cour, le calife permit la rédaction des grands commentaires d'Aristote, qui influenceront durablement l'Europe médiévale.

Grande mosquée de Séville et son minaret (future Giralda) (à partir de 1172)

Vaste programme architectural ; le minaret almohade servit de base à la célèbre tour-clocher actuelle de la cathédrale de Séville.

Constitution d'une grande bibliothèque (règne 1163-1184)

Réunion d'ouvrages scientifiques et philosophiques faisant de sa cour un centre majeur du savoir en Méditerranée occidentale.

Travaux hydrauliques à Séville (années 1170)

Aménagement de canaux et d'aqueducs pour approvisionner la ville en eau, signe d'une politique d'embellissement urbain.

Consolidation de l'empire almohade (1163-1184)

Maintien de l'unité du vaste empire couvrant le Maghreb et al-Andalus par des campagnes militaires et une administration centralisée.

Anecdotes

Abu Yaqub Yusuf était un lettré passionné : on raconte qu'il connaissait par cœur de nombreux poèmes et discutait philosophie avec ses savants. C'est lui qui demanda à Ibn Tufayl de lui trouver quelqu'un pour commenter les œuvres difficiles d'Aristote — et Ibn Tufayl lui présenta le jeune Averroès.

Lors de leur première rencontre, Averroès fut terrifié quand le calife l'interrogea sur la question de l'éternité du monde, un sujet dangereux qui pouvait passer pour de l'hérésie. Mais voyant l'immense culture du souverain, le philosophe se détendit et put parler librement : c'est ainsi que commença la grande série de commentaires d'Aristote.

Le calife lança la construction de la grande mosquée de Séville, dont le minaret servit de base à la célèbre Giralda, encore debout aujourd'hui. Il fit aussi venir des ingénieurs pour améliorer l'approvisionnement en eau de la ville.

Il mourut en 1184 des suites de blessures reçues pendant le siège de Santarém, au Portugal, une campagne militaire qui tourna mal. Son corps fut ramené à Tinmel, dans le Haut Atlas, près du tombeau du fondateur du mouvement almohade, Ibn Tumart.

Bien qu'il protégeât les philosophes, Abu Yaqub Yusuf devait ménager les juristes religieux rigoristes de son empire. La philosophie se pratiquait donc souvent en privé, à la cour, loin des regards des théologiens les plus stricts.

Sources primaires

Ibn Rushd (Averroès), récit de sa rencontre avec le calife (rapporté par al-Marrakushi) (vers 1169)
Le Commandeur des croyants me demanda : « Quelle est leur opinion (celle des philosophes) sur le ciel ? Est-il éternel ou créé ? » La frayeur me saisit, mais voyant son savoir, je me mis à parler.
Al-Marrakushi, Al-Mu'jib fi talkhis akhbar al-Maghrib (Le Livre admirable sur l'histoire du Maghreb) (1224)
Abu Yaqub Yusuf aimait les sciences et rassembla une bibliothèque considérable ; il attira à lui les savants de toutes les disciplines.
Ibn Sahib al-Sala, Al-Mann bi-l-imama (chronique almohade) (fin XIIe siècle)
Le calife ordonna l'édification de la grande mosquée de Séville et fit creuser des canaux pour amener l'eau jusqu'à la ville.

Voir aussi