Tituba(1659 — ?)

Tituba

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SpiritualitéSociétéReligieux/seTemps modernesFin du XVIIe siècle, période coloniale américaine (procès de Salem, 1692)

Esclave d'origine amérindienne ou caribéenne (probablement Arawak), appartenant au révérend Samuel Parris à Salem. En 1692, elle fut la première accusée à confesser la sorcellerie, déclenchant la spirale des procès de Salem.

Questions fréquentes

Tituba était une esclave d'origine amérindienne ou caribéenne, appartenant au révérend Samuel Parris à Salem Village. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle fut la première accusée à confesser la sorcellerie en 1692, déclenchant ainsi la chasse aux sorcières de Salem. Moins une sorcière qu'une victime de la peur collective, son nom est devenu le symbole des marginalisés broyés par l'hystérie puritaine.

Faits marquants

  • Vers 1692 : accusée de sorcellerie par les fillettes Parris et Putnam à Salem, Massachusetts
  • Première des accusées à confesser, sauvant probablement sa vie par cet aveu
  • Sa confession donna aux autorités puritaines la « preuve » d'un pacte avec le diable, déclenchant une vague d'accusations
  • Emprisonnée plusieurs mois, elle fut finalement vendue pour couvrir les frais de sa détention
  • Son origine exacte est débattue : sources coloniales évoquent les Caraïbes (Barbade), une tradition la rattache au peuple Arawak

Œuvres & réalisations

Confession et témoignage devant le tribunal de Salem (1er mars 1692)

Aveux oraux extraordinairement détaillés que Tituba livra lors de son interrogatoire public. Ce témoignage, retranscrit par les greffiers du tribunal, est le seul document où sa propre voix — bien que filtrée — est conservée, et il constitue le déclencheur direct de la hystérie des procès.

Moi, Tituba sorcière… Noire de Salem — Maryse Condé (roman) (1986)

Roman de la prix Nobel guadeloupéenne Maryse Condé qui redonne une voix fictionnelle à Tituba, restituant sa perspective caribéenne, amérindienne et féminine. Œuvre majeure de la littérature francophone qui a contribué à réhabiliter la mémoire de Tituba dans le monde entier.

Les Sorcières de Salem — Arthur Miller (pièce de théâtre) (1953)

Pièce américaine qui utilise les procès de Salem comme allégorie du maccarthysme. Tituba y apparaît comme personnage secondaire ; la pièce a popularisé les procès de Salem à l'échelle mondiale et inscrit durablement Tituba dans la mémoire culturelle collective.

The Salem Witchcraft Papers — Paul Boyer et Stephen Nissenbaum (éd.) (1977)

Edition critique des documents originaux des procès de Salem, incluant les retranscriptions des interrogatoires de Tituba. Ces archives numérisées constituent la source primaire essentielle pour tout chercheur sur Tituba.

Tituba of Salem Village — Ann Petry (roman jeunesse) (1964)

Roman pour jeunes adultes qui reconstitue la vie de Tituba avant et pendant les procès. L'un des premiers ouvrages à placer Tituba comme protagoniste centrale de l'histoire de Salem, destiné à un public scolaire.

Anecdotes

Lors des interrogatoires de février 1692, Tituba fut la première des trois femmes accusées à avouer la sorcellerie. Contrairement à Sarah Good et Sarah Osborne qui nièrent, elle livra un récit flamboyant de sabbats, de livres noirs et d'esprits animaux, captivant ses juges et alimentant la panique collective à Salem Village.

Les aveux de Tituba décrivirent un 'homme habillé de noir' qui lui aurait demandé de signer un livre en échange de pouvoirs. Elle nomma d'autres complices supposées, transformant une accusation individuelle en une chasse aux sorcières qui allait embraser toute la colonie du Massachusetts et coûter la vie à vingt personnes.

Tituba avait appris à la fille du révérend Parris et à ses amies des pratiques divinatoires issues de sa culture caribéenne — notamment la préparation d'un 'witch cake', un gâteau à base de seigle et d'urine censé identifier les sorciers. C'est précisément cette pratique, découverte par Parris, qui déclencha les premières accusations.

Après plus d'un an de prison dans des conditions sordides, Tituba fut acquittée mais ne retrouva jamais la liberté immédiatement : Samuel Parris refusa de payer ses frais de geôle, la laissant emprisonnée. Elle fut finalement vendue à un inconnu pour rembourser cette dette, et toute trace d'elle disparaît des archives après 1693.

Le personnage de Tituba a fasciné les auteurs et dramaturges pendant trois siècles. Arthur Miller s'en inspira pour sa pièce 'Les Sorcières de Salem' (1953), mais c'est la romancière guadeloupéenne Maryse Condé qui lui rendit sa voix et sa complexité caribéenne dans son roman 'Moi, Tituba sorcière…' (1986), lui restituant une identité et une dignité que l'histoire officielle lui avait niées.

Sources primaires

Procès-verbal d'interrogatoire de Tituba (Salem Village, Massachusetts) (1er mars 1692)
Q : Pourquoi fais-tu du mal à ces enfants ? R : Je ne fais pas de mal à ces enfants. Q : Qui le fait alors ? R : Le Diable, pour autant que je sache. [...] Il m'a dit de lui servir et de faire du mal à ces enfants.
Registres du tribunal d'Oyer and Terminer de Salem (1692)
Tituba, une Indienne, servante de M. Samuel Parris, a confessé avoir fait un pacte avec le Diable et avoir vu sa marque dans le Livre noir ; elle a décrit des esprits sous forme de chats et de chiens noirs, et un homme vêtu de noir venu de Boston.
Lettre du gouverneur William Phips au Conseil privé d'Angleterre (12 octobre 1692)
Les premières accusations dans ce village commencèrent par une esclave indienne nommée Tituba, qui avoua avoir été instruite par sa maîtresse en Barbade dans l'art de découvrir les sorciers par certaines cérémonies.
Journal de Samuel Sewall, juge au procès de Salem (14 janvier 1697)
Dieu me pardonne d'avoir contribué à l'exécution de personnes innocentes. Je prends sur moi la honte et le blâme, suppliant humblement que toute l'ignorance et l'erreur de cette procédure me soient pardonnées.
Récit de Robert Calef, 'More Wonders of the Invisible World' (1700)
La confession de Tituba fut la première pierre d'un édifice d'accusations qui s'effondra sur lui-même ; car cette femme, instruite dans les croyances de sa terre natale, donna à ses juges exactement ce qu'ils désiraient entendre, sauvant ainsi sa vie au prix de celle des autres.

Lieux clés

Salem Village (aujourd'hui Danvers), Massachusetts

Communauté puritaine agricole où vivait la famille Parris et où Tituba fut accusée. C'est ici que commencèrent les convulsions des filles et les premières arrestations en février 1692.

Barbade (Bridgetown), Caraïbes

Île britannique des Antilles où Tituba fut probablement esclave avant d'appartenir à Samuel Parris. C'est là qu'elle acquit ses pratiques divinatoires et ses connaissances des plantes caribéennes.

Prison de Boston, Massachusetts

Geôle coloniale où Tituba fut transférée après ses aveux et où elle resta emprisonnée plus d'un an dans des conditions misérables, jusqu'à être vendue pour couvrir ses frais de détention.

Palais de justice de Salem Town

Lieu où siégea le tribunal d'Oyer and Terminer qui jugea les accusés de sorcellerie. C'est ici que furent prononcées les condamnations à mort de dix-neuf personnes durant l'été 1692.

Gallows Hill (Colline des Potences), Salem

Lieu d'exécution par pendaison des condamnés du procès de Salem. Dix-neuf innocents y furent exécutés ; Tituba, grâce à ses aveux, échappa à ce sort mais demeura emprisonnée.

Voir aussi