Esclave d'origine amérindienne ou caribéenne (probablement Arawak), appartenant au révérend Samuel Parris à Salem. En 1692, elle fut la première accusée à confesser la sorcellerie, déclenchant la spirale des procès de Salem.
Tituba(1659 — ?)
Tituba
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Questions fréquentes
Faits marquants
- Vers 1692 : accusée de sorcellerie par les fillettes Parris et Putnam à Salem, Massachusetts
- Première des accusées à confesser, sauvant probablement sa vie par cet aveu
- Sa confession donna aux autorités puritaines la « preuve » d'un pacte avec le diable, déclenchant une vague d'accusations
- Emprisonnée plusieurs mois, elle fut finalement vendue pour couvrir les frais de sa détention
- Son origine exacte est débattue : sources coloniales évoquent les Caraïbes (Barbade), une tradition la rattache au peuple Arawak
Œuvres & réalisations
Aveux oraux extraordinairement détaillés que Tituba livra lors de son interrogatoire public. Ce témoignage, retranscrit par les greffiers du tribunal, est le seul document où sa propre voix — bien que filtrée — est conservée, et il constitue le déclencheur direct de la hystérie des procès.
Roman de la prix Nobel guadeloupéenne Maryse Condé qui redonne une voix fictionnelle à Tituba, restituant sa perspective caribéenne, amérindienne et féminine. Œuvre majeure de la littérature francophone qui a contribué à réhabiliter la mémoire de Tituba dans le monde entier.
Pièce américaine qui utilise les procès de Salem comme allégorie du maccarthysme. Tituba y apparaît comme personnage secondaire ; la pièce a popularisé les procès de Salem à l'échelle mondiale et inscrit durablement Tituba dans la mémoire culturelle collective.
Edition critique des documents originaux des procès de Salem, incluant les retranscriptions des interrogatoires de Tituba. Ces archives numérisées constituent la source primaire essentielle pour tout chercheur sur Tituba.
Roman pour jeunes adultes qui reconstitue la vie de Tituba avant et pendant les procès. L'un des premiers ouvrages à placer Tituba comme protagoniste centrale de l'histoire de Salem, destiné à un public scolaire.
Anecdotes
Lors des interrogatoires de février 1692, Tituba fut la première des trois femmes accusées à avouer la sorcellerie. Contrairement à Sarah Good et Sarah Osborne qui nièrent, elle livra un récit flamboyant de sabbats, de livres noirs et d'esprits animaux, captivant ses juges et alimentant la panique collective à Salem Village.
Les aveux de Tituba décrivirent un 'homme habillé de noir' qui lui aurait demandé de signer un livre en échange de pouvoirs. Elle nomma d'autres complices supposées, transformant une accusation individuelle en une chasse aux sorcières qui allait embraser toute la colonie du Massachusetts et coûter la vie à vingt personnes.
Tituba avait appris à la fille du révérend Parris et à ses amies des pratiques divinatoires issues de sa culture caribéenne — notamment la préparation d'un 'witch cake', un gâteau à base de seigle et d'urine censé identifier les sorciers. C'est précisément cette pratique, découverte par Parris, qui déclencha les premières accusations.
Après plus d'un an de prison dans des conditions sordides, Tituba fut acquittée mais ne retrouva jamais la liberté immédiatement : Samuel Parris refusa de payer ses frais de geôle, la laissant emprisonnée. Elle fut finalement vendue à un inconnu pour rembourser cette dette, et toute trace d'elle disparaît des archives après 1693.
Le personnage de Tituba a fasciné les auteurs et dramaturges pendant trois siècles. Arthur Miller s'en inspira pour sa pièce 'Les Sorcières de Salem' (1953), mais c'est la romancière guadeloupéenne Maryse Condé qui lui rendit sa voix et sa complexité caribéenne dans son roman 'Moi, Tituba sorcière…' (1986), lui restituant une identité et une dignité que l'histoire officielle lui avait niées.
Sources primaires
Q : Pourquoi fais-tu du mal à ces enfants ? R : Je ne fais pas de mal à ces enfants. Q : Qui le fait alors ? R : Le Diable, pour autant que je sache. [...] Il m'a dit de lui servir et de faire du mal à ces enfants.
Tituba, une Indienne, servante de M. Samuel Parris, a confessé avoir fait un pacte avec le Diable et avoir vu sa marque dans le Livre noir ; elle a décrit des esprits sous forme de chats et de chiens noirs, et un homme vêtu de noir venu de Boston.
Les premières accusations dans ce village commencèrent par une esclave indienne nommée Tituba, qui avoua avoir été instruite par sa maîtresse en Barbade dans l'art de découvrir les sorciers par certaines cérémonies.
Dieu me pardonne d'avoir contribué à l'exécution de personnes innocentes. Je prends sur moi la honte et le blâme, suppliant humblement que toute l'ignorance et l'erreur de cette procédure me soient pardonnées.
La confession de Tituba fut la première pierre d'un édifice d'accusations qui s'effondra sur lui-même ; car cette femme, instruite dans les croyances de sa terre natale, donna à ses juges exactement ce qu'ils désiraient entendre, sauvant ainsi sa vie au prix de celle des autres.
Lieux clés
Communauté puritaine agricole où vivait la famille Parris et où Tituba fut accusée. C'est ici que commencèrent les convulsions des filles et les premières arrestations en février 1692.
Île britannique des Antilles où Tituba fut probablement esclave avant d'appartenir à Samuel Parris. C'est là qu'elle acquit ses pratiques divinatoires et ses connaissances des plantes caribéennes.
Geôle coloniale où Tituba fut transférée après ses aveux et où elle resta emprisonnée plus d'un an dans des conditions misérables, jusqu'à être vendue pour couvrir ses frais de détention.
Lieu où siégea le tribunal d'Oyer and Terminer qui jugea les accusés de sorcellerie. C'est ici que furent prononcées les condamnations à mort de dix-neuf personnes durant l'été 1692.
Lieu d'exécution par pendaison des condamnés du procès de Salem. Dix-neuf innocents y furent exécutés ; Tituba, grâce à ses aveux, échappa à ce sort mais demeura emprisonnée.
Objets typiques

Préparation à base de farine de seigle mêlée d'urine des filles malades, cuite et donnée à un chien pour identifier le sorcier. C'est la confection de ce gâteau par Tituba, sur les conseils d'une voisine, qui déclencha la fureur du révérend Parris et les premières accusations.

Dans ses aveux, Tituba décrivit un livre où le Diable consignait les noms de ses serviteurs. Cet objet imaginaire, central dans la théologie puritaine de la sorcellerie, structure toute la logique des procès : les juges cherchaient à identifier les autres 'signataires'.

Tituba fut enchaînée pendant plus d'un an dans la prison de Boston, dans des conditions d'insalubrité extrême. Les fers des prisonniers accusés de sorcellerie étaient censés entraver leurs pouvoirs maléfiques et empêcher leur esprit de nuire.

Accessoire courant chez les esclaves et serviteurs caribéens du XVIIe siècle, souvent associé dans l'imaginaire puritain aux pratiques diaboliques. La pipe figure parmi les attributs que les témoins prêtaient aux femmes accusées de sorcellerie à Salem.

Tituba possédait un savoir botanique issu de sa culture amérindienne et caribéenne, incluant des plantes aux propriétés hallucinogènes ou médicinales. Ce type de connaissance, incompris des puritains, contribuait à la suspicion qui pesait sur elle.

Dans le foyer du révérend Parris, la Bible était l'objet central de la vie domestique et spirituelle. Tituba dut côtoyer quotidiennement ce texte dont la lecture lui était sans doute interdite en tant qu'esclave, symbole d'un ordre religieux qui allait se retourner contre elle.
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Vie quotidienne
Matin
Tituba se levait avant l'aube pour allumer les feux et préparer le petit-déjeuner de la famille Parris — bouillie de maïs, pain de seigle, cidre chaud. Elle accomplissait ces tâches dans la cuisine séparée du presbytère, seule ou avec John Indian, son époux également esclave.
Après-midi
Les après-midis étaient consacrés aux corvées domestiques : lessive au lavoir, nettoyage des pièces, préparation du repas principal (ragoût de porc salé ou morue séchée, légumes-racines). Elle s'occupait aussi des enfants Parris, leur racontant parfois des histoires issues de sa culture caribéenne.
Soir
Le soir, la famille se réunissait pour la prière et la lecture de la Bible ; Tituba et John Indian assistaient à ces dévotions obligatoires avant de se retirer dans leur espace réservé — probablement la cuisine ou une dépendance. C'est lors de ces veillées d'hiver que les jeunes filles lui auraient demandé des pratiques divinatoires.
Alimentation
En tant qu'esclave, Tituba mangeait les restes et les denrées les plus simples : pain de maïs, poisson séché, légumes bouillis, parfois de la viande de porc bas morceaux. Elle connaissait probablement des plantes et épices caribéennes qu'elle ne pouvait se procurer en Nouvelle-Angleterre, où les saveurs étaient austères et monotones.
Vêtements
Tituba portait la tenue des servantes puritaines : une robe de laine grossière de couleur sombre (brun, gris ou noir), un tablier de toile écrue, un bonnet blanc couvrant entièrement les cheveux, et des souliers de cuir simple. Aucun ornement n'était toléré dans la maison d'un ministre puritain.
Habitat
Tituba et John Indian dormaient vraisemblablement dans la cuisine du presbytère ou dans un espace annexe non chauffé, sur une paillasse ou un lit de bois rudimentaire. Le presbytère de Salem Village était une maison en bois à deux étages, simple et fonctionnelle, sans confort comparable aux demeures des colons aisés.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Style visuel
Esthétique coloniale puritaine sombre et austère, clair-obscur dramatique soulignant le contraste entre la rigueur de la Nouvelle-Angleterre et les origines caribéennes de Tituba.
Ambiance sonore
L'hiver austère d'un village puritain de Nouvelle-Angleterre, entre prières murmurées et vent glacial, avec en filigrane le souvenir lointain des Caraïbes.
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Confession et témoignage devant le tribunal de Salem
1er mars 1692
Moi, Tituba sorcière… Noire de Salem — Maryse Condé (roman)
1986
Les Sorcières de Salem — Arthur Miller (pièce de théâtre)
1953
The Salem Witchcraft Papers — Paul Boyer et Stephen Nissenbaum (éd.)
1977
Tituba of Salem Village — Ann Petry (roman jeunesse)
1964






