Turenne(1611 — 1675)

Henri de La Tour d'Auvergne

France

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MilitaireTemps modernesGrand Siècle, règne de Louis XIII puis de Louis XIV (XVIIe siècle)

Turenne fut l'un des plus grands chefs de guerre français du XVIIe siècle. Maréchal général sous Louis XIV, il s'illustra pendant la guerre de Trente Ans et les campagnes de Hollande, où il mourut frappé par un boulet à Sasbach en 1675.

Questions fréquentes

Henri de La Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne (1611-1675), est l'un des plus grands stratèges français du XVIIe siècle. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a révolutionné l'art de la guerre par sa maîtrise de la manœuvre et de la coordination entre infanterie, cavalerie et artillerie. Contrairement à beaucoup de ses contemporains, il savait transformer une campagne défensive en offensive éclair, comme lors de la célèbre campagne d'hiver d'Alsace en 1674-1675. Sa carrière, menée sous Louis XIII puis Louis XIV, a fait de lui un modèle étudié jusqu'à Napoléon.

Faits marquants

  • Né en 1611 à Sedan dans une famille protestante, fils du duc de Bouillon
  • Nommé maréchal de France en 1643 après ses victoires durant la guerre de Trente Ans
  • Acteur ambigu de la Fronde (1648-1653), d'abord contre puis au service du roi
  • Reçoit la dignité exceptionnelle de maréchal général des camps et armées du roi en 1660
  • Tué par un boulet de canon à Sasbach le 27 juillet 1675 lors de la guerre de Hollande

Œuvres & réalisations

Victoire du faubourg Saint-Antoine (1652)

Durant la Fronde, Turenne défait Condé aux portes de Paris et sauve l'autorité du jeune Louis XIV, scellant sa fidélité à la couronne.

Bataille des Dunes (1658)

Victoire décisive contre l'Espagne près de Dunkerque, qui hâta la signature de la paix des Pyrénées en 1659.

Campagne d'hiver d'Alsace et victoire de Turckheim (1674-1675)

Chef-d'œuvre de la guerre de mouvement : par une marche surprise en plein hiver, Turenne rejette les Impériaux au-delà du Rhin et délivre l'Alsace.

Réforme de l'art militaire français (milieu du XVIIe siècle)

Turenne perfectionne la manœuvre, la coordination infanterie-cavalerie-artillerie et la guerre de position ; ses campagnes furent étudiées par les grands stratèges, dont Napoléon.

Mémoires (rédigés vers 1659-1675)

Récit de ses campagnes laissé par Turenne, précieux témoignage sur l'art de la guerre et la stratégie de son temps.

Dignité de maréchal général des camps et armées du roi (1660)

Titre exceptionnel créé pour lui, le plaçant au sommet de la hiérarchie militaire française, au-dessus des autres maréchaux.

Anecdotes

Turenne était réputé pour son calme légendaire au combat. On raconte qu'avant une bataille, sentant son corps trembler de peur, il se serait apostrophé lui-même : « Tu trembles, carcasse, mais tu tremblerais bien davantage si tu savais où je vais te mener ! » Cette phrase est restée célèbre comme l'image du courage qui maîtrise la peur.

Né protestant, élevé dans la foi calviniste de sa famille, Turenne se convertit au catholicisme en 1668, à 57 ans, après de longues réflexions et l'influence de Bossuet. Sa conversion fit grand bruit à la cour de Louis XIV, car il était l'un des plus illustres protestants du royaume.

Turenne fut tué le 27 juillet 1675 à Sasbach, frappé par un boulet de canon alors qu'il observait l'ennemi avant la bataille. Sa mort provoqua une stupeur immense dans l'armée et dans tout le royaume ; on dit que ses soldats pleurèrent et que Louis XIV ordonna un deuil exceptionnel.

Honneur insigne, Louis XIV fit inhumer Turenne dans la basilique de Saint-Denis, nécropole des rois de France — privilège rarissime pour un homme qui n'était pas de sang royal. Plus tard, Napoléon fit transférer son tombeau aux Invalides, le plaçant ainsi parmi les grandes gloires militaires de la nation.

Adolescent, le jeune Henri, de santé fragile et bègue, voulait prouver sa résistance. La légende rapporte qu'il passa une nuit entière endormi sur l'affût d'un canon des remparts pour démontrer son endurance, présage de la vie rude de soldat qu'il allait mener.

Sources primaires

Mémoires du maréchal de Turenne (rédigés vers 1659-1675)
Le dessein que j'avais était de passer le Rhin et d'attaquer l'ennemi dans ses quartiers, afin de le contraindre à se retirer de l'Alsace.
Oraison funèbre de Turenne, par Esprit Fléchier (1676)
Il n'y a plus que le tombeau de Turenne et la gloire. Ce grand homme, dont la modestie égalait la valeur, est tombé au milieu de ses triomphes.
Lettres de Madame de Sévigné (1675)
Monsieur de Turenne a été tué ce matin... Toute l'armée pleure ; voilà ce que je sais, et l'extrême affliction où nous sommes tous.
Mémoires de Saint-Simon (début XVIIIe siècle)
Turenne était de tous les capitaines celui qui se ménageait le moins et qui exposait sa personne avec le plus de tranquillité.

Lieux clés

Sedan

Principauté protestante où naquit Turenne en 1611, fief de la puissante famille de La Tour d'Auvergne.

Sasbach (Bade)

Village d'Allemagne, sur la rive droite du Rhin, où Turenne fut tué par un boulet le 27 juillet 1675. Un monument y rappelle sa mort.

Turckheim (Alsace)

Lieu de la victoire décisive de janvier 1675 qui, au terme d'une audacieuse campagne d'hiver, libéra l'Alsace des Impériaux.

Dunes (près de Dunkerque)

Site de la bataille des Dunes en 1658, victoire franco-anglaise sur l'Espagne qui ouvrit la route de la paix des Pyrénées.

Basilique de Saint-Denis

Nécropole des rois de France où Louis XIV fit inhumer Turenne, honneur exceptionnel pour un sujet non royal.

Hôtel des Invalides (Paris)

Lieu où Napoléon fit transférer le tombeau de Turenne, le plaçant parmi les grandes gloires militaires de la France.

Voir aussi