Biographie

Wifredo Lam (1902-1982) est un peintre et graveur cubain, figure majeure de l'art moderne. Métis d'origine afro-cubaine et chinoise, il fond le surréalisme, le cubisme et l'imaginaire afro-caribéen, notamment la santería, dans une œuvre singulière incarnée par son tableau emblématique La Jungle.

Wifredo Lam(1902 — 1982)

Wifredo Lam

France, Cuba

6 min de lecture

Arts visuelsArtisteXXe sièclePremière moitié et milieu du XXe siècle, marqués par les avant-gardes européennes (cubisme, surréalisme) et l'affirmation des identités postcoloniales.

Questions fréquentes

Wifredo Lam (1902-1982) est un peintre cubain d'ascendance afro-chinoise, reconnu pour avoir fusionné les avant-gardes européennes — cubisme et surréalisme — avec l'imaginaire afro-caribéen de la santería. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il invente un langage plastique unique, à la fois moderne et enraciné dans les cultures postcoloniales. Son œuvre emblématique La Jungle (1943) est considérée comme un manifeste de l'art afro-moderne, exposé au MoMA de New York. La clé de son importance historique réside dans ce métissage radical : il ne se contente pas d'imiter les avant-gardes, il les transforme en y injectant une spiritualité et une mémoire collective caribéennes.

Faits marquants

  • Né en 1902 à Sagua la Grande (Cuba), d'un père chinois et d'une mère afro-cubaine.
  • S'installe à Paris en 1938 où il se lie d'amitié avec Pablo Picasso, qui le soutient.
  • Rejoint le mouvement surréaliste et collabore avec André Breton (illustrations de Fata Morgana, 1940-1941).
  • Peint son chef-d'œuvre La Jungle en 1943, aujourd'hui conservé au MoMA de New York.
  • Meurt en 1982 à Paris, reconnu comme un pionnier de l'art moderne non occidental.

Œuvres & réalisations

La Jungle (The Jungle) (1943)

Son chef-d'œuvre absolu, peuplé de figures hybrides parmi les cannes à sucre. Conservé au MoMA de New York, il est considéré comme un manifeste de l'art afro-moderne.

Illustrations de Fata Morgana (1941)

Série de dessins accompagnant le poème d'André Breton, réalisés durant l'exil. Le recueil fut censuré par le régime de Vichy.

La Réunion (The Reunion) (1945)

Grande composition où s'entremêlent figures totémiques et végétation. Elle prolonge l'univers onirique de La Jungle.

Le Présent éternel (The Eternal Presence) (1944)

Toile foisonnante mêlant symboles de la santería et formes cubistes. Elle illustre la synthèse entre avant-garde européenne et imaginaire caribéen.

Lumière de la forêt (Light of the Forest) (1942)

Œuvre où apparaissent les premières figures hybrides végétales et animales. Elle annonce le langage plastique de La Jungle.

Annonciation (The Annunciation) (1944)

Réinterprétation d'un thème chrétien à travers le prisme des cultes afro-cubains. Elle témoigne du syncrétisme religieux cher à Lam.

Anecdotes

Avant de devenir peintre, Wifredo Lam a failli mourir enfant : il fut gravement malade et soigné par sa marraine Mantonica Wilson, une prêtresse de la santería. Cette femme initiée aux cultes afro-cubains marqua profondément son imaginaire, qu'il puisera plus tard dans les divinités et symboles caribéens.

En 1938, Lam débarque à Paris muni d'une lettre de recommandation pour Picasso. Le maître espagnol l'accueille comme un frère, l'introduit dans les cercles d'avant-garde et lui organise une exposition. Picasso aurait dit que Lam avait "du sang dans les veines", admirant la force de ses formes.

En 1941, fuyant l'avancée nazie, Lam embarque à Marseille sur le même bateau que le poète surréaliste André Breton et l'anthropologue Claude Lévi-Strauss. Pendant la traversée, il illustre le poème de Breton "Fata Morgana", censuré par le régime de Vichy.

De retour à Cuba en 1941 après dix-huit ans d'absence, Lam redécouvre la nature luxuriante et la culture afro-cubaine de son île. Ce choc lui inspire son chef-d'œuvre La Jungle (1943), une toile peuplée de figures mi-humaines mi-végétales qui fit scandale lorsqu'elle fut exposée à New York.

Le grand-père maternel de Lam avait été un esclave africain déporté à Cuba, tandis que son père, Lam Yam, était un immigré chinois lettré qui vécut jusqu'à 108 ans. Ce métissage afro-chinois nourrit toute son œuvre, où se croisent les cultures du monde.

Sources primaires

Entretien de Wifredo Lam avec Max-Pol Fouchet (vers 1943)
Je voulais peindre le drame de mon pays, mais en exprimant à fond l'esprit nègre, la beauté de la plastique des Noirs. De cette façon je pourrais agir comme un cheval de Troie d'où sortiraient des figures hallucinantes.
André Breton, préface à l'exposition de Wifredo Lam (galerie Pierre Matisse, New York) (1942)
L'art de Lam jaillit là où le sentiment de la nature rejoint celui de la surnaturel, dans la lumière qui baigne les Antilles.
Fata Morgana, poème d'André Breton illustré par Wifredo Lam (1941)
Ce matin la fille de la montagne tient sur ses genoux un accordéon de chauves-souris blanches — recueil orné des dessins de Lam réalisés durant l'exil.

Lieux clés

Sagua la Grande, Cuba

Ville natale de Wifredo Lam, dans la province de Villa Clara. Il y grandit au sein d'une famille métisse afro-chinoise, baigné dans les traditions de la santería.

La Havane, Cuba

Capitale où Lam étudia la peinture à l'académie San Alejandro. Il y revint en 1941 et y retrouva l'inspiration afro-caribéenne de La Jungle.

Madrid, Espagne

Lam s'y forme à la peinture à partir de 1923 et y reste près de quinze ans. Il s'y engage du côté républicain durant la guerre civile.

Paris, France

Lam y rencontre Picasso et les surréalistes en 1938. Il y vécut une grande partie de sa vie d'après-guerre et y mourut en 1982.

Fort-de-France, Martinique

Escale de l'exil en 1941, où Lam rencontre le poète Aimé Césaire, théoricien de la négritude. Cette rencontre renforça sa quête d'une identité afro-caribéenne.

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