Xénophane
Xénophane
569 av. J.-C. — 477 av. J.-C.
Philosophe et poète grec présocratique né à Colophon vers 570 av. J.-C. Il critique le polythéisme anthropomorphique d'Homère et d'Hésiode, et défend l'idée d'un dieu unique, universel et non humain. Précurseur de la théologie rationnelle et de l'épistémologie.
Citations célèbres
« Si les bœufs et les lions avaient des mains et pouvaient peindre, ils représenteraient les dieux à leur image. »
« Les Éthiopiens disent que leurs dieux sont noirs et camus ; les Thraces, qu'ils ont les yeux bleus et les cheveux roux. »
Faits marquants
- Né vers 570 av. J.-C. à Colophon (Ionie, actuelle Turquie)
- Exilé de Colophon après la conquête perse, il voyage toute sa vie à travers la Grèce
- Critique la représentation anthropomorphique des dieux chez Homère et Hésiode
- Propose l'existence d'un dieu unique, immobile, qui gouverne tout par la pensée
- Mort vers 477 av. J.-C., il aurait vécu plus de 90 ans
Œuvres & réalisations
Poème satirique en hexamètres dactyliques dans lequel Xénophane raille les croyances religieuses populaires, les dieux anthropomorphes d'Homère et d'Hésiode, et les philosophes comme Pythagore. C'est l'une des premières critiques littéraires de la religion grecque.
Poèmes en distiques élégiaques destinés aux symposia, dans lesquels Xénophane préconise la sagesse, la piété rationnelle et la modération au détriment des récits mythologiques violents. Ils constituent un programme de réforme morale et culturelle.
Œuvre philosophique en vers, aujourd'hui perdue, dans laquelle Xénophane exposait sa cosmologie et sa théologie rationnelle. Il y développait l'idée d'un dieu unique, immobile, non anthropomorphe, gouvernant l'univers par la seule pensée.
Poème historique et géographique évoquant les origines de sa cité natale et la fondation de colonies grecques. Il témoigne de l'intérêt de Xénophane pour l'histoire de sa communauté et la mémoire des cités ioniennes.
Anecdotes
Xénophane remarqua que les Éthiopiens représentaient leurs dieux comme noirs et camus, tandis que les Thraces les imaginaient blonds aux yeux bleus. Il en tira une conclusion audacieuse : si les bœufs et les lions pouvaient dessiner, ils peindraient leurs dieux à leur propre image. Cette observation fonda l'une des premières critiques de l'anthropomorphisme religieux de l'histoire.
Exilé de sa cité natale de Colophon lors de la conquête perse vers 545 av. J.-C., Xénophane erra de ville en ville pendant plus de soixante-sept ans selon ses propres mots. Il gagna sa vie en récitant ses poèmes dans les banquets et les assemblées, trimbalant sa philosophie d'une cité grecque à l'autre comme un rhapsode itinérant.
Xénophane découvrit des coquillages fossiles incrustés dans des roches à l'intérieur des terres et dans des carrières de pierre. Il en déduisit que ces régions avaient autrefois été recouvertes par la mer, formulant ainsi l'une des premières intuitions paléontologiques et géologiques de l'Antiquité, bien avant que la science moderne ne confirme ces cycles d'immersion et d'émersion.
Dans ses élégies de banquet, Xénophane condamnait l'habitude de raconter les guerres titanesques et les batailles de géants lors des festins. Il estimait que ces mythes violents corrompaient les esprits et que l'on devrait plutôt célébrer la sagesse et la piété. Il proposait une réforme morale de la culture poétique grecque, en s'attaquant directement à l'autorité d'Homère.
Xénophane vécut exceptionnellement longtemps, dépassant les quatre-vingt-dix ans. Dans un fragment conservé, il évoque lui-même avoir vagabondé par la Grèce pendant soixante-sept ans depuis son exil, ajoutant qu'il en avait vingt-cinq lorsqu'il quitta Colophon. Cette longévité exceptionnelle alimenta la légende d'un sage infatigable, jamais fixé en un lieu.
Sources primaires
Si les bœufs, les chevaux et les lions avaient des mains et pouvaient peindre et créer des œuvres d'art comme le font les hommes, les chevaux représenteraient les dieux sous forme de chevaux et les bœufs sous forme de bœufs.
Il est un seul dieu, le plus grand parmi les dieux et les hommes, qui ne ressemble aux mortels ni par sa forme ni par sa pensée.
Nul homme n'a vu la vérité certaine, et nul ne la connaîtra jamais, ni sur les dieux ni sur ce que je dis au sujet de toutes choses ; car même si l'on réussissait à dire quelque chose de parfaitement exact, on n'en saurait cependant rien : c'est la conjecture qui prend part à tout.
Xénophane dit que le mélange de la terre avec la mer a lieu, et qu'avec le temps la terre se dissout dans l'humide ; il prétend en avoir pour preuve les coquillages trouvés dans l'intérieur des terres et dans les montagnes.
Le sol est propre maintenant, propres aussi les mains de tous et les coupes. L'un pose des couronnes tressées, un autre tend un parfum dans un flacon. Le cratère se dresse plein de gaieté. Un autre vin est là, qui dit ne jamais faillir, doux dans les jarres et sentant la fleur.
Lieux clés
Cité natale de Xénophane, sur la côte ouest de l'Asie Mineure, foyer d'une riche culture intellectuelle ionienne. C'est là qu'il reçut son éducation avant d'en être chassé par la conquête perse vers 545 av. J.-C.
Cité de Grande-Grèce où Xénophane aurait séjourné longuement et où certains anciens le présentaient comme l'inspirateur de l'école éléate fondée par Parménide. Son influence sur la pensée d'Élée fut considérable.
Grandes cités grecques de Sicile que Xénophane visita au cours de ses pérégrinations. Il aurait séjourné à la cour de tyrans siciliens et y aurait récité ses poèmes philosophiques.
Métropole intellectuelle ionienne, berceau de Thalès, Anaximandre et Anaximène. Xénophane connaissait leurs théories et s'en distingua par son approche théologique et épistémologique.
