Interview imaginaire

Dialogue imaginaire entre Haroun al-Rachid et Aboû Nouwâs

par Charactorium · Aboû Nouwâs (756 — 814) · Lettres · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Aboû Nouwâs
Wikimedia Commons, Public domain — Kahlil Gibran

C'est dans les jardins du palais califal, au bord du Tigre, que le Commandeur des croyants Haroun al-Rachid fait quérir son poète Abû Nouwâs par une nuit tiède de l'an 807. Un luth résonne au loin, la lune couche des reflets d'argent sur le fleuve, et une coupe attend sur un plateau de cuivre. Les deux hommes se connaissent de longue date — le calife a tour à tour emprisonné et gracié cet insolent dont il ne peut se passer. Ce soir, il ne veut ni panégyrique ni bouffonnerie : il veut l'entendre parler sans masque.

On me rapporte, al-Hasan, que tes vers sur la coupe scandalisent mes cadis. Dis-moi franchement : pourquoi chanter le vin quand la Loi l'interdit ?

Commandeur des croyants, je ne chante pas l'ivresse pour défier tes cadis, mais parce que la coupe dit la vérité que les hommes cachent. J'ai composé plus de quatre cents pièces bachiques, mes khamriyyât, et dans l'une d'elles je supplie qu'on me verse à boire et qu'on me le dise sans voile d'allégorie. Les Anciens pleuraient des campements abandonnés dans le désert ; moi je chante la taverne de Bagdad, le verre soufflé, l'amphore de Perse au reflet de rubis. C'est là, dans ton règne, qu'est la vie. Si je scandalise, c'est que je préfère l'aveu à l'hypocrisie — et toi, ô Prince, tu as ri de mes vers bien plus souvent que tu ne les as punis.

Te souviens-tu, al-Hasan, de cette nuit où je t'ai fait jeter au cachot pour un vers insolent, puis relâcher au matin ? Pourquoi crois-tu que je cède ?

Comment l'oublierais-je, ô Prince ? Tes gardes me connaissent comme leur propre maison, tant j'ai fréquenté tes prisons. Un vers de trop, une allusion trop crue, et me voilà aux fers ; puis le lendemain, ta colère retombée, on me ramène devant toi. Je crois que tu cèdes parce que tu m'aimes malgré toi, Commandeur des croyants — parce qu'une cour privée de mes insolences serait pour toi d'un ennui mortel. Tu peux emprisonner l'homme, mais tu ne veux pas faire taire le poète. Nous jouons tous deux à ce jeu depuis des années : je te provoque, tu me punis, tu me pardonnes. Au fond, tu tiens à moi comme on tient à une fièvre qui rappelle qu'on est vivant.

Tu tiens à moi comme on tient à une fièvre qui rappelle qu'on est vivant.

On te dit fils d'un soldat arabe et d'une mère persane, né là-bas à Ahvaz. Que gardes-tu de cette Perse dans ta langue et tes vers ?

Tout, ô Prince, et rien que je puisse démêler. Mon père servait dans les armées, ma mère était de ce pays du Khuzestan où je suis né voici plus de cinquante ans. D'elle j'ai reçu les images de la Perse : ses jardins, ses vins, ses amours chantées sans le fard du désert. Les poètes bédouins pleurent des ruines et des chamelles ; moi j'ai grandi entre deux langues, et j'ai versé le miel persan dans la coupe arabe. C'est pourquoi mes vers déroutent les puristes de Bassora : ils sentent qu'un autre souffle les habite. Je ne renie ni l'arabe qui m'a donné son mètre, ni la Perse qui m'a donné son ivresse — je suis le pont entre les deux rives.

Avant de venir à ma cour, tu as usé tes années à Bassora et à Kufa. Qu'y as-tu appris que Bagdad ne pouvait t'enseigner ?

J'y ai appris la rigueur avant l'audace, Commandeur des croyants. À Bassora et à Kufa, les maîtres m'ont fait ployer sous la grammaire, la lexicologie, les mille racines de notre langue. On raconte qu'un maître m'aurait ordonné de mémoriser puis d'oublier des monceaux de poèmes anciens avant d'oser en écrire un seul — il fallait posséder la règle pour avoir le droit de la briser. Kufa m'a donné l'oreille philologique, Bassora la science des Anciens. Sans ces années austères, je ne serais qu'un amuseur de tavernes ; grâce à elles, je romps les conventions en connaissance de cause. Un homme ne renverse bien que la maison dont il connaît chaque pierre.

Ces tavernes que tu chantes, tenues par des chrétiens et des juifs de ma capitale — parle-moi de ces nuits que je ne vois pas depuis mon palais.

Ce sont les nuits les plus vivantes de ton règne, ô Prince, et tu ne les connais qu'en songe. Passé les grandes portes, on descend vers le fleuve, et là un cabaretier chrétien ou un marchand juif ouvre ses amphores. J'ai composé des vers pour un vendeur de vin chrétien qui me réservait ses meilleures jarres — car dans ta ville, musulmans, gens du Livre et Persans partagent la même coupe sous la même lune. Le luth accompagne, on récite, on boit le nabîdh et le vin pur jusqu'à l'aube. Ta Bagdad est la plus grande cité du monde, Commandeur des croyants, et sa grandeur n'est pas seulement dans tes palais : elle est aussi dans ces tavernes où les peuples se mêlent.

Tu m'as dédié des panégyriques, à moi et à mes proches. Dis-moi, al-Hasan : quand tu me loues, ta langue est-elle sincère ou courtisane ?

Voilà une question de calife, et je te répondrai en poète. Oui, je t'ai loué, toi et les grands de ta cour, car tel est le devoir de qui vit du majlis. Mais tu me connais trop pour croire mes éloges de pur miel : j'y glisse parfois une pointe, une ironie que seuls les fins esprits débusquent. Quand je te célèbre, je ne mens pas — je t'admire vraiment, Commandeur des croyants, comme le mécène sans qui nul poète ne mange. Mais je garde mon âme pour la coupe et pour l'amour. Toi qui m'as si souvent puni puis pardonné, tu sais bien que je ne suis courtisan qu'à moitié.

Le panégyrique est mon pain ; les khamriyyât sont ma vérité.

On me raconte à chaque audience quelque tour que tu aurais joué, quelque vers improvisé pour te tirer d'un mauvais pas. D'où te vient cette effronterie ?

De la nécessité, ô Prince, et d'un naturel que je n'ai jamais su corriger. Quand un homme a l'esprit vif et la langue plus rapide que la prudence, il apprend à faire de l'audace son bouclier. Combien de fois, traîné devant toi pour un vers de trop, m'en suis-je tiré en improvisant sur-le-champ des rimes qui t'ont fait rire malgré ta colère ? Le rire désarme le châtiment mieux que toutes les supplications. Je joue des tours, oui, aux dévots comme aux vizirs, parce que la solennité m'ennuie et que Bagdad aime qu'on la fasse rire. Mais prends garde : sous le plaisant veille toujours le poète, et mes traits les plus légers cachent souvent la flèche la plus aiguë.

On murmure que tu composes désormais des vers de piété et de repentir. Toi, le chantre du vin ? Que t'arrive-t-il, al-Hasan ?

Le temps, Commandeur des croyants. Le temps et les nuits qui pèsent plus lourd sur des épaules vieillissantes. J'ai chanté le vin toute ma vie, et je ne le renie pas ; mais il vient une heure où l'homme se retourne et compte ses coupes vidées comme autant de dettes. Alors, oui, j'ai commencé à écrire quelques pièces de dévotion, mes zuhdiyyât, des vers de repentir où je demande pardon pour mes excès. Ne crois pas pour autant le libertin mort : il dort d'un œil. Ces poèmes graves sont le contrepoint de mes chants bachiques, l'ombre nécessaire à tant de lumière. Un homme n'est pas d'un seul bloc, ô Prince.

Et je te le demande sans détour : ce repentir, est-il vrai devant Dieu, ou n'est-ce qu'un dernier tour du plus rusé de mes poètes ?

Tu poses la question que les lettrés se disputeront longtemps, et je n'ai pas de réponse qui les contente tous. Qui peut sonder son propre cœur, Commandeur des croyants ? Quand j'écris le repentir, je le crois sincère à l'instant où l'encre coule ; puis vient la nuit, la coupe, et le libertin se réveille. Peut-être suis-je sincère dans les deux voix. Peut-être ne fais-je que jouer, jusqu'au bout, de tous les registres de la langue. Je te dirai seulement ceci : un poète ment si bien qu'il finit par ne plus distinguer son masque de son visage. Laisse le débat aux docteurs de la Loi — moi, je préfère qu'on lise mes vers plutôt qu'on juge mon âme.

Avant que la nuit ne s'achève et que le luth ne se taise, dis-moi : qu'espères-tu qu'on retienne de toi, al-Hasan ?

Non pas le sage, ô Prince, ni le dévot — d'autres le seront mieux que moi. Qu'on retienne l'homme qui a osé chanter la coupe quand tous la voilaient, qui a fait entrer la taverne et le rire dans une poésie qui ne connaissait que le désert et les ruines. J'ai pris la langue des Anciens et j'y ai versé le vin de Bagdad. Si les puristes me maudissent, tant mieux : c'est signe que j'ai déplacé quelque chose. Et si l'on me lit encore quand tu ne seras plus là pour me gracier, qu'on me lise en souriant, une coupe à la main. Voilà tout mon vœu, Commandeur des croyants : faire sourire, et troubler.

J'ai pris la langue des Anciens et j'y ai versé le vin de Bagdad.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Aboû Nouwâs. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.