Interview imaginaire avec Ada Yonath
par Charactorium · Ada Yonath (1939 — ?) · Sciences · 5 min de lecture

Rehovot, campus de l'Institut Weizmann, un matin de printemps. Dans un bureau où s'entassent des maquettes moléculaires et des photographies de motifs de diffraction, une femme de soixante-dix ans nous accueille avec un thé fumant. La lumière tombe sur un cliché encadré : le tout premier cristal de ribosome. Elle sourit — c'est là que tout a commencé.
—Vous souvenez-vous du logement de votre enfance à Jérusalem ?
Un appartement minuscule, à Jérusalem, où trois familles se partageaient l'espace et où l'argent manquait toujours. Les livres, eux, étaient rangés tout en haut des étagères, hors de portée d'une petite fille curieuse. Alors je faisais ce que font les enfants qui veulent comprendre : j'empilais les meubles, je grimpais. Un jour, je suis tombée et je me suis cassé le bras. Ma mère fut furieuse, bien sûr. Mais ni le plâtre, ni la pauvreté, ni l'exiguïté n'ont éteint cette envie de toucher ce qui semblait trop haut. Je crois que j'ai passé ma vie entière à grimper vers des étagères que d'autres jugeaient inaccessibles. Le ribosome n'était qu'une étagère de plus, un peu plus haute que les autres.
J'ai passé ma vie à grimper vers des étagères que d'autres jugeaient inaccessibles.
—Comment vous est venue l'idée, en 1980, de cristalliser une molécule que tout le monde estimait impossible à figer ?
Le ribosome est une machine énorme, mobile, sans symétrie interne, faite de milliers d'atomes qui ne tiennent jamais en place. Le cristalliser relevait, pour la plupart de mes collègues, de la pure déraison. Mais je me suis posé une question de biologiste plutôt que de chimiste : quels organismes fabriquent les ribosomes les plus robustes ? La réponse, ce sont les extrémophiles — ces bactéries qui prospèrent dans les sources chaudes ou les mers très salées. En 1980, j'ai choisi Bacillus stearothermophilus, une bactérie thermophile dont les ribosomes supportent la chaleur sans se défaire. Ce sont eux qui, les premiers, m'ont donné des cristaux tridimensionnels diffractant au-delà de 3,5 ångströms. Il fallait aller chercher la stabilité là où la nature l'avait déjà inventée.
Il fallait aller chercher la stabilité là où la nature l'avait déjà inventée.
—Pendant près de vingt-cinq ans, vos pairs ont raillé votre projet. Comment avez-vous vécu ces moqueries ?
On m'appelait la folle du village, on parlait de mon travail comme de science-fiction, et l'un de mes surnoms préférés — car il faut bien en rire — était Don Quichotte de la cristallographie. Dans les congrès, certains souriaient poliment en écoutant mes résultats, comme on écoute quelqu'un raconter un rêve. Cela a duré presque un quart de siècle. Mais je n'ai jamais eu le sentiment de me battre contre des moulins à vent : mes cristaux existaient, ils diffractaient, les motifs étaient là, sur les films. On ne discute pas avec un cliché de diffraction. La moquerie, quand elle repose sur l'incrédulité plutôt que sur la donnée, glisse. Je gardais les yeux sur le microscope, pas sur les rieurs.
On ne discute pas avec un cliché de diffraction.
—On raconte que les ours polaires vous ont inspiré une technique décisive. Que s'est-il passé ?
Mes cristaux souffraient d'un mal terrible : sous le faisceau de rayons X, ils se désintégraient presque aussitôt, ravagés par les radiations. Je cherchais désespérément comment les protéger. Et puis j'ai lu un article sur la manière dont les ours polaires survivent à l'hibernation, sur la façon dont le froid ralentit et préserve le vivant. L'idée m'a saisie : et si je congelais mes cristaux ? Nous avons commencé à les plonger dans l'azote liquide, jusqu'à -196 °C, avant de les exposer au faisceau. Le froid figeait les dommages. C'est ce qu'on nomme aujourd'hui la cryocristallographie, devenue le standard de toute la biologie structurale. Une intuition venue de la banquise a sauvé des années de travail au laboratoire.
Une intuition venue de la banquise a sauvé des années de travail au laboratoire.
—Que représentaient concrètement ces cristaux dans votre laboratoire au quotidien ?
Un bon cristal de ribosome valait plus que de l'or. Il fallait parfois des années de tâtonnements pour en obtenir un seul de qualité — la bonne concentration, la bonne température, la bonne patience. Le matin, dès 7h30, j'examinais au microscope polarisant ceux qui avaient mûri dans la nuit, évaluant d'un regard exercé lesquels méritaient d'être montés sur le diffractomètre. Un cristal médiocre gaspille une session entière sur synchrotron ; un cristal parfait peut à lui seul livrer toute une structure. C'est un artisanat autant qu'une science : on veille sur ces objets minuscules comme sur des êtres fragiles, en sachant que la petite sous-unité 30S ou la grande 50S n'y révéleront leurs secrets que si on les a d'abord choyées jusqu'à l'obsession.
Un bon cristal de ribosome valait plus que de l'or.

—Comprendre le ribosome, c'était aussi comprendre les antibiotiques. Comment ces deux chemins se sont-ils croisés ?
Beaucoup d'antibiotiques essentiels agissent en se fixant sur le ribosome bactérien pour bloquer la fabrication des protéines. Mais tant qu'on ne voyait pas où ni comment, on avançait à l'aveugle. En 2001, avec la structure de la grande sous-unité de Deinococcus radiodurans, nous avons enfin cartographié les sites précis où ces molécules s'accrochent. Dès lors, tout devenait visible à l'échelle atomique — y compris la façon dont certaines bactéries déforment légèrement leur ribosome pour empêcher le médicament de se fixer. C'est le cœur de la résistance aux antibiotiques. Voir cette esquive au niveau des atomes, c'est ouvrir la porte à des molécules nouvelles, conçues pour contourner la parade. La recherche la plus fondamentale se retrouvait soudain au chevet des malades.
Voir l'esquive de la bactérie au niveau des atomes, c'est ouvrir la porte à de nouveaux médicaments.
—Quand vous découvriez que c'est l'ARN, et non les protéines, qui catalyse la synthèse au cœur du ribosome, qu'avez-vous ressenti ?
Une émotion presque vertigineuse. On avait longtemps supposé que les protéines faisaient tout le travail chimique de la cellule. Or nos cartes de densité électronique montraient que le centre où se forment les liaisons entre acides aminés est tapissé d'ARN ribosomique, pas de protéine. L'ARN était donc l'ouvrier, l'ARNr le véritable catalyseur. Cela résonnait avec la découverte des ribozymes par Cech et Altman au début des années 1980 : l'ARN pouvait agir, transformer, construire. Le ribosome se révélait être un vestige d'un monde ancien, peut-être le plus ancien, où l'ARN régnait avant les protéines. Tenir cette structure sous les yeux, c'était contempler une relique de l'origine de la vie.
Le ribosome se révélait être une relique d'un monde où l'ARN régnait avant les protéines.

—Vos recherches vous menaient loin de Rehovot, jusqu'aux grands synchrotrons européens. Comment se déroulaient ces campagnes ?
Pour arracher des images nettes à d'aussi petits cristaux, il fallait des rayons X d'une intensité que seul un synchrotron peut produire. J'ai d'abord installé un laboratoire annexe à Hambourg, auprès du synchrotron DORIS au DESY, puis nous avons travaillé sur les lignes de lumière de l'ESRF à Grenoble, l'une des sources les plus puissantes du monde. Ces campagnes étaient épuisantes : plusieurs semaines d'affilée, jour et nuit, dans la salle de contrôle, un régime de sandwichs et de café tiède, car la machine ne s'arrête pas pour les repas. On guettait chaque cliché comme un pêcheur guette sa ligne. Les données de haute résolution publiées en 2000 sont nées de ces veilles interminables loin de chez moi.
On guettait chaque cliché de diffraction comme un pêcheur guette sa ligne.
—Le matin du Nobel 2009, que s'est-il exactement passé ?
Il était 5h30 en Israël et je dormais profondément quand le téléphone a sonné. La voix de Stockholm m'annonçait le prix Nobel de chimie, partagé avec Ramakrishnan et Steitz, pour la structure et la fonction du ribosome. J'étais la première femme à recevoir ce prix depuis Dorothy Hodgkin, quarante-cinq ans plus tôt. On imagine des larmes, des cris. En vérité, j'ai surtout pensé que la vraie récompense, celle qui compte, je l'avais déjà reçue le jour où j'avais compris comment cette machine fabrique le vivant. Le Nobel, aussi lourd soit-il, n'est que la cerise sur le gâteau. La découverte, elle, était le gâteau tout entier.
La découverte était le gâteau ; le Nobel n'est que la cerise.
—Que diriez-vous à une jeune fille qui, aujourd'hui, hésite à se lancer dans un projet qu'on dit irréalisable ?
Je lui parlerais de la petite fille de Jérusalem qui grimpait sur les meubles pour atteindre des livres trop hauts, et qui s'est cassé le bras sans jamais cesser de grimper. Un projet qu'on qualifie d'impossible n'est souvent qu'un projet que personne n'a encore assez aimé pour lui consacrer vingt-cinq ans. On m'a traitée de Don Quichotte, on a ri de mes cristaux, et les mêmes rieurs se sont tus devant les images. Je lui dirais : ne cherche pas d'abord l'approbation, cherche la donnée. Trouve la bactérie robuste, invente ta cryocristallographie à toi, choisis un problème digne de toute une vie. Et surtout, garde toujours un carnet à portée de main — car les meilleures idées, comme celle des ours polaires, arrivent quand on ne les attend pas.
Un projet impossible n'est qu'un projet que personne n'a encore assez aimé pour lui donner vingt-cinq ans.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Ada Yonath. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


