Interview imaginaire avec Ahmed Ben Bella
par Charactorium · Ahmed Ben Bella (1916 — 2012) · Politique · Militaire · 6 min de lecture

Alger, un matin de 1964. Le président reçoit dans une pièce sobre du Palais du peuple, loin du faste des chancelleries. Le thé à la menthe fume sur un plateau de cuivre, un burnous est jeté sur le dossier d'une chaise. Ahmed Ben Bella, énergie contenue et regard direct, accepte de remonter le fil d'une vie faite de prisons, de fusils et de rêves de libération.
—Comment un jeune homme de Maghnia s'est-il retrouvé soldat sous l'uniforme français, jusque dans les montagnes d'Italie ?
J'avais vingt ans, la guerre était mondiale, et la France que je combattrais un jour appelait ses colonisés à mourir pour elle. On m'a envoyé au Monte Cassino, l'une des batailles les plus meurtrières de mon existence. J'ai vu tomber des hommes de tous les pays, et j'ai tenu ma position sous un feu qui ne s'éteignait jamais. Voilà le paradoxe de ma jeunesse : je me suis distingué comme sous-officier, décoré pour une bravoure mise au service d'un empire qui refusait à mon peuple le droit d'exister. Cette guerre-là m'a enseigné le maniement des armes et le prix du sang. Je ne savais pas encore que je retournerais ce savoir contre ceux qui me l'avaient appris. 1944 fut mon école ; l'Algérie serait mon champ de bataille.
Cette guerre m'a enseigné le maniement des armes ; je ne savais pas encore que je le retournerais contre ceux qui me l'avaient appris.
—Que représentait pour vous cette médaille militaire, remise, dit-on, par le général de Gaulle en personne ?
Ce ruban épinglé sur ma poitrine, je l'ai longtemps regardé comme on regarde une ironie de l'Histoire. La médaille militaire, distinction que la France réserve à ses braves, décernait à un futur chef indépendantiste l'honneur d'avoir bien servi. Que voulez-vous que fasse un homme d'une telle décoration, quand il rentre dans son village et retrouve les siens traités en sujets et non en citoyens ? En 1945, à Sétif, à Guelma, on a massacré ceux qui réclamaient simplement la dignité promise. Ce jour-là, ma médaille m'a brûlé la peau. J'ai compris qu'aucune reconnaissance individuelle ne rachèterait l'humiliation d'un peuple entier. On ne décore pas un homme pour ensuite lui refuser une patrie. C'est de cette blessure qu'est né le combattant que je suis devenu.
—Vous souvenez-vous de la décision de braquer la poste d'Oran, en 1949 ?
Nous n'avions rien : ni argent, ni armes, ni appui d'aucun État. La lutte, à ce moment-là, tenait dans une poignée d'hommes réunis au sein de l'Organisation spéciale, cette branche clandestine que je dirigeais et qui préparait dans l'ombre la lutte armée. Comment finance-t-on une révolution quand on n'est rien ? À Oran, nous avons pris ce qui appartenait à l'administration coloniale pour le retourner contre elle. Ce ne fut pas un vol : ce fut une réquisition révolutionnaire, le premier acte concret d'une génération qui refusait d'attendre la permission de la France pour espérer. On m'a traité de bandit. J'ai préféré cela au silence des résignés. Chaque billet emporté ce jour-là était une pierre posée sur le chemin de 1954.
Ce ne fut pas un vol : ce fut une réquisition révolutionnaire.
—Puis vint l'arrestation, et cette évasion de la prison de Blida qui a fait de vous une légende. Comment l'avez-vous vécue ?
La prison de Blida devait m'éteindre ; elle m'a rendu plus vivant. On m'avait enfermé, mais un homme convaincu qu'il a raison ne dort jamais tout à fait. Nuit après nuit, j'ai scié les barreaux de ma cellule, patiemment, comme on lime une chaîne trop longtemps portée. Quand je me suis glissé dehors, ce n'était pas moi seul qui m'échappais : c'était l'idée que la colonisation n'était pas invincible, que ses murs pouvaient céder. Les jeunes en firent une histoire qu'on se racontait de village en village. Je n'ai jamais cherché la légende ; j'ai cherché la liberté, et il se trouve que les deux, parfois, empruntent le même barreau scié. Un peuple a besoin de croire qu'un des siens a franchi le mur.
—En 1956, votre avion est dérouté par l'armée française. Qu'avez-vous ressenti à cet instant ?
Nous volions de Rabat vers Tunis, cinq chefs du FLN réunis dans une même carlingue, et la France a détourné notre appareil comme on capture un butin. Ce fut, je crois, l'un des premiers détournements d'avion à des fins politiques : la preuve qu'on nous craignait assez pour piétiner le droit. On m'a conduit à la prison de la Santé, à Paris, où j'ai passé près de six années. Mais un négociateur qu'on emprisonne devient un symbole qu'on ne peut plus ignorer. Derrière mes barreaux, je suivais la guerre qui grandissait dehors. La France croyait m'avoir retiré du jeu ; elle avait seulement fait de ma captivité une pièce de la lutte. Je suis sorti en 1962, non par sa clémence, mais parce que l'Algérie était devenue libre.
La France croyait m'avoir retiré du jeu ; elle avait fait de ma captivité une pièce de la lutte.

—Devenu président, vous avez voulu faire d'Alger une capitale des révolutions du monde. Pourquoi cette ambition-là ?
Parce qu'une indépendance qui s'arrête à ses frontières n'est qu'une demi-liberté. Nous avions payé la nôtre dans le sang des martyrs ; il était naturel de tendre la main à tous ceux qui, de Cuba à l'Afrique, portaient le même combat contre l'impérialisme. J'ai ouvert Alger aux mouvements de libération, aux panafricains, aux exilés du monde entier. Le non-alignement n'était pas pour moi une posture diplomatique : c'était le refus de troquer un maître colonial contre un maître de bloc. Le tiers-monde cherchait une voix, et nous voulions qu'elle résonne depuis notre capitale. On a dit que je rêvais trop grand. Peut-être. Mais un peuple qui vient de briser ses chaînes ne peut regarder sans frémir un autre peuple encore enchaîné.
—Cette solidarité avec les peuples opprimés, la gardiez-vous intacte même dans les années d'exil ?
Jamais je n'y ai renoncé. Dépouillé du pouvoir, réduit au silence pendant quinze ans, j'ai continué de penser que l'unité du Maghreb et la solidarité du tiers-monde étaient le seul avenir possible pour nos peuples. On peut m'ôter un fauteuil, une tribune, une patrie même ; on ne m'ôtera pas cette conviction née dans les prisons et mûrie dans la lutte. Les frontières que la colonisation nous a laissées sont des cicatrices, non des vérités. Un Maghreb divisé fait le jeu de ceux qui l'ont morcelé. Dans l'exil, privé de tout sauf de mes idées, j'ai compris que le combat d'un homme ne se mesure pas à ses fonctions, mais à sa fidélité. Je suis resté fidèle à ce que Alger avait un jour incarné pour le monde.

—L'autogestion agricole fut l'expérience phare de votre présidence. Que vouliez-vous bâtir avec elle ?
Quand les colons ont fui en 1962, ils ont laissé derrière eux des terres immenses, autrefois interdites à ceux qui les travaillaient. Fallait-il les rendre à de nouveaux propriétaires ? J'ai choisi de les confier à ceux qui y courbaient le dos depuis toujours : les comités d'ouvriers et de paysans. L'autogestion, c'était l'idée simple et vertigineuse que le peuple pouvait se gouverner lui-même, dans la ferme comme dans l'usine. La Charte d'Alger, en 1964, en a fait notre boussole socialiste. Je visitais moi-même ces domaines, je parlais aux hommes dans les champs, car une révolution qui reste dans les textes est déjà morte. Nous avons tâtonné, nous avons commis des erreurs. Mais nous avons tenté de rendre la terre à ceux qui la faisaient vivre.
L'autogestion, c'était l'idée vertigineuse que le peuple pouvait se gouverner lui-même.
—On dit que vous vouliez incarner physiquement la révolution. Comment se passaient vos journées de président ?
Je ne concevais pas le pouvoir comme un bureau où l'on s'enferme. Mes journées commençaient tôt, dans la lecture des rapports, puis je m'échappais vers le pays réel : une ferme autogérée, une usine, une école neuve. Un dirigeant qui ne touche pas la main de son peuple gouverne des fantômes. L'après-midi, les conseils des ministres ; le soir, les réunions qui s'étiraient tard dans la nuit, car j'étais, je l'avoue, d'un tempérament trop personnel dans ma manière de mener l'État. Selon les circonstances, je portais le costume occidental ou le burnous de nos cérémonies — l'un pour dialoguer avec le monde, l'autre pour rappeler qui nous étions. Je voulais que chaque paysan voie dans son président non un maître lointain, mais l'un des siens.
—En juin 1965, votre compagnon d'armes Houari Boumédiène vous renverse. Comment vit-on une telle trahison ?
Nous avions combattu côte à côte, et c'est Houari Boumédiène, mon propre ministre de la Défense, qui m'a arraché du pouvoir en 1965. J'avais connu les prisons de la France ; il me restait à connaître celle des miens. Près de quinze ans de détention et de résidence surveillée, sans procès, sans voix, jusqu'à ma libération en 1980. On croit toujours que le pire coup vient de l'ennemi ; il vient souvent de celui qui partageait votre pain. Pourtant, je n'ai pas laissé l'amertume me dévorer. Un homme qui a voué sa vie à la liberté ne peut la trahir en haïssant. J'ai attendu, j'ai gardé mes convictions comme on garde une braise sous la cendre. Et je suis revenu, en 1990, retrouver le pays pour lequel j'avais tout donné.
J'avais connu les prisons de la France ; il me restait à connaître celle des miens.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Ahmed Ben Bella. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


