Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Albert Camus

par Charactorium · Albert Camus (1913 — 1960) · Lettres · Philosophie · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Lourmarin, fin de l'automne 1959. Dans une maison de pierre du Luberon où le vent froisse les oliviers, un homme au visage marqué reçoit, imperméable jeté sur une chaise, cigarette aux doigts. Il parle bas, avec cette gravité méditerranéenne où perce parfois un sourire — celui d'un enfant d'Alger que la lumière n'a jamais quitté.

D'où venez-vous, au juste — quelle est cette terre qui revient sans cesse dans vos livres ?

Je suis né en 1913 à Mondovi, dans une plaine de vignes où la chaleur écrasait tout. Mon père, ouvrier agricole, je ne l'ai jamais connu : il est tombé à la Marne en 1914, et il ne me reste de lui qu'une photographie et une histoire, celle d'un homme qui, dit-on, avait vomi en rentrant d'une exécution capitale. Nous étions pauvres, ma mère faisait des ménages, elle parlait à peine. J'ai grandi entre le silence d'une femme et l'insolence du soleil. C'est là, je crois, que tout s'est joué : on ne se remet pas d'une enfance où la lumière tient lieu de richesse et où la misère, pourtant, n'a jamais eu le visage de la honte.

Que représentait pour vous un lieu comme Tipasa ?

À Tipasa, parmi les ruines romaines envahies d'absinthe, j'ai appris ce que je sais de plus sûr : que la mer, les pierres chaudes et le ciel valent toutes les métaphysiques. J'y revenais comme on revient à une noce. Mais cette Algérie que j'aimais était aussi une terre de colonialisme, et je n'ai jamais pu fermer les yeux sur la misère des paysans de Kabylie, que j'avais décrite, tout jeune journaliste, dans des enquêtes que personne ne voulait lire. On m'a reproché plus tard de ne pas trancher. Mais quand on a vu sa propre mère exposée à la violence, comment choisir froidement entre la justice en idée et le sang des siens ? Je me suis tenu dans cet écartèlement, et il m'a coûté plus qu'on ne croit.

En 1942, deux livres paraissent presque ensemble. Comment définiriez-vous ce que vous appelez l'absurde ?

En 1942, je publie coup sur coup L'Étranger et Le Mythe de Sisyphe. L'absurde n'est pas un système, c'est une évidence presque physique : le divorce entre l'homme qui réclame du sens et un monde qui se tait. Meursault, mon étranger, dit dès la première ligne ce que personne n'ose dire : « Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier ; je ne sais pas. » Il ne ment pas, et c'est pour cela qu'on le condamne. Devant cette évidence, je refuse les deux fuites, le suicide et l'espérance religieuse. Je propose de rester. De porter son rocher en sachant qu'il retombera. Il faut imaginer Sisyphe heureux — non par résignation, mais parce que la lucidité, quand on la tient jusqu'au bout, devient une étrange forme de joie.

L'absurde n'est pas un système, c'est une évidence presque physique.

Comment passe-t-on, dans votre pensée, de l'absurde à la révolte ?

On ne peut pas demeurer dans l'absurde sans devenir, peu à peu, complice de tout. Car si rien n'a de sens, le bourreau et la victime se valent — et cela, mon cœur le refuse net. La révolte naît de ce refus. Quand l'esclave dit « non », il affirme du même coup qu'il existe en lui quelque chose qui mérite d'être défendu, une frontière qu'on ne franchira pas. J'ai écrit dans L'Homme révolté que « la révolte, si elle ne peut sauver l'homme, du moins peut-elle sauver en lui sa dignité ». Je me révolte, donc nous sommes. Voilà mon seul article de foi : il y a dans l'homme plus de choses à admirer que de choses à mépriser, et tout l'enjeu est de les défendre — contre la peste comme contre les idéologies qui promettent le paradis.

Pendant la guerre, vous avez fait du journalisme un acte. Que cherchiez-vous dans ces nuits-là ?

Sous l'Occupation, j'ai rejoint le réseau Combat, et après la Libération de 1944 j'en suis devenu le rédacteur en chef. Nous écrivions la nuit, dans la fièvre, des éditoriaux qui voulaient que la France ne troque pas une servitude contre une autre. Le journalisme n'a jamais été pour moi un métier mineur : c'est l'endroit où l'on tient sa parole au présent, où l'on appelle un crime un crime le matin même où il se commet. J'y ai appris aussi la difficulté de la justice : dans les premiers jours de l'épuration, j'ai réclamé des sanctions, puis j'ai vu où menait la logique de la potence, et j'ai changé d'avis. Reconnaître qu'on s'est trompé, dans un journal, devant tous ses lecteurs, voilà l'exercice le plus rude que je connaisse.

Sculpture rue Albert Camus (10763552304)
Sculpture rue Albert Camus (10763552304)Wikimedia Commons, CC BY 2.0 — Jeanne Menjoulet from Paris, France

On exigeait alors de l'écrivain qu'il s'engage. Quel sens donniez-vous à ce mot ?

On a beaucoup parlé d'engagement dans ces années-là, comme s'il fallait que l'écrivain signât un registre et marchât au pas d'un parti. Je n'y ai jamais cru. L'artiste se met au service de ceux qui subissent l'histoire, non de ceux qui la font. À Stockholm, en recevant le prix, j'ai dit que l'art nous « oblige seulement à comprendre avant de juger ». Voilà toute ma politique. Je refuse de mentir sur ce que je sais, et de m'incliner devant l'oppression, fût-elle parée des plus belles raisons du monde. Cela m'a rendu suspect aux deux bords : trop libre pour les uns, trop scrupuleux pour les autres. Je l'accepte. Un homme qui ne veut pas hurler avec la meute demeure toujours un peu seul.

Votre rupture avec Sartre a divisé tout Paris. Qu'est-ce qui vous séparait vraiment ?

Sartre et moi, nous nous sommes aimés avant de nous déchirer. En 1951, je publie L'Homme révolté, où je refuse d'absoudre les camps soviétiques au nom du sens de l'histoire. Pour cela, en 1952, sa revue Les Temps modernes m'a exécuté en règle, et lui-même m'a reproché de le sermonner comme une belle âme. Tout Paris a pris parti. Ce qui nous opposait n'était pas une querelle d'orgueil, quoi qu'on en ait dit : c'était de savoir si l'on a le droit de tuer aujourd'hui pour un bonheur promis à demain. Lui le pensait ; moi non. J'ai préféré perdre un ami plutôt que de me taire sur les bagnes. La solitude qui a suivi fut le prix de cette fidélité-là.

J'ai préféré perdre un ami plutôt que de me taire sur les bagnes.
Rue Albert Camus (Lyon) - panneau de rue
Rue Albert Camus (Lyon) - panneau de rueWikimedia Commons, CC0 — Benoît Prieur

On vous range parmi les existentialistes. Vous reconnaissez-vous dans cette étiquette ?

On me classe toujours parmi les existentialistes, et cela me fait sourire, un peu tristement. Je ne l'ai jamais été ; je l'ai dit clairement dès 1945. Sartre part de l'idée que l'existence précède l'essence, que l'homme se fait de part en part lui-même, libre jusqu'au vertige. Moi, je pars du soleil, du corps, de la mer de mon enfance, et je crois à une nature humaine, donc à des limites. La révolte que je défends s'arrête là où elle commencerait à tuer ; c'est une mesure, presque une pensée de midi, toute méditerranéenne. L'existentialisme parisien était une philosophie de chambre enfumée ; la mienne est née sur les plages de Tipasa. Nous parlions la même langue, lui et moi, mais nous ne regardions pas vers le même horizon.

Le prix Nobel vous est venu très tôt. Qu'avez-vous ressenti en apprenant la nouvelle ?

Quand le télégramme de Stockholm est arrivé, en 1957, je n'ai pas éprouvé de joie, mais une sorte d'angoisse. J'avais quarante-trois ans, l'un des plus jeunes lauréats, et je pensais à Malraux, que je trouvais plus digne que moi. Surtout, je sentais le poids que cela posait sur mes épaules : on couronne un homme, et aussitôt on attend de lui des oracles. Or je n'avais que des doutes. Dans mon discours, j'ai voulu parler non de moi, mais de ma génération née dans la guerre, qui avait dû refaire, à partir de ses seules négations, un art de vivre. Recevoir cette médaille à cet âge, ce fut comme entendre son éloge funèbre de son vivant. J'ai eu peur que le meilleur de mon œuvre fût encore devant moi, et qu'on me l'eût déjà confisqué.

Recevoir cette médaille à cet âge, ce fut comme entendre son éloge funèbre de son vivant.

Vous travaillez, dit-on, à un livre nouveau. Que diriez-vous de ce projet ?

Oui, j'écris enfin le livre que je porte en moi depuis toujours : Le Premier Homme. C'est l'histoire d'un enfant pauvre d'Alger qui part en quête du père qu'il n'a pas connu, ce soldat tombé à la Marne avant de l'avoir vu grandir. Tout y est : ma mère silencieuse, l'école communale et l'instituteur qui m'a sauvé, la chaleur des rues, la honte et la tendresse de la misère. J'y reviens à la première personne du cœur, sans le masque de l'absurde. Je crois que mes vrais livres ne font que commencer ; L'Étranger, La Peste, n'étaient peut-être qu'une longue préparation. Si l'on devait me lire dans un siècle, j'aimerais que ce soit par celui-là, le plus nu, où j'ai cessé de raisonner pour seulement me souvenir.

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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Albert Camus. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.