Les enfants interrogent Aminata Sow Fall
par Charactorium · Aminata Sow Fall (1941 — ?) · Lettres · Culture · 5 min de lecture

Deux élèves de cinquième visitent une bibliothèque de Dakar pour leur classe découverte. Une dame élégante en boubou les attend, un carnet posé près d'elle. C'est Aminata Sow Fall, et elle a accepté de répondre à toutes leurs questions, même les plus surprenantes.
—Vous êtes née où, et c'était comment cette ville quand vous étiez petite ?
Je suis née en 1941 à Saint-Louis, tout au nord du Sénégal. Tu sais, c'était une drôle de ville. Autrefois, c'était la capitale de toute l'Afrique de l'Ouest française, ce qu'on appelait l'AOF. Alors imagine : dans une même rue, tu entendais le wolof des marchandes, l'arabe des prières, et le français de l'école. Des ponts, de l'eau partout, des maisons aux volets colorés. Moi, petite, je regardais tout. J'écoutais tout. Je crois que c'est là, entre ces deux mondes qui se frôlaient sans se comprendre, que j'ai appris à observer. Et observer, mon enfant, c'est déjà commencer à écrire.
Observer, c'est déjà commencer à écrire.
—Quand vous écrivez, vous inventez tout dans votre tête ou vous copiez la vraie vie ?
Ni l'un ni l'autre, tu sais ! Écrire, pour moi, c'est d'abord regarder ma société, ses contradictions, ses petites hypocrisies. Je les mets en lumière, mais sans juger les gens. Imagine que tu t'assois sur un banc au marché de Dakar toute une matinée. Tu vois une dame riche donner une pièce à un mendiant en détournant le regard. Tu vois un enfant rire. Moi, je garde tout ça dans ma tête, comme dans un grand panier. Le soir, tôt le matin surtout, avant que la chaleur ne monte, je sors mon carnet et je transforme ce panier en histoire. La vraie vie est déjà pleine de romans, il suffit d'ouvrir les yeux.
—C'était dur d'être une femme qui écrit des romans à votre époque ?
Oh oui, mon enfant. En 1976, quand paraît mon premier roman, Le Revenant, la littérature africaine était presque entièrement écrite par des hommes. Une femme qui publie un livre ? Cela surprenait, cela dérangeait un peu. Imagine que tu entres dans une salle où tout le monde parle, et où personne n'attendait ta voix. Il faut du courage pour dire : « moi aussi, j'ai des histoires. » Dans Le Revenant, je raconte un jeune homme, Bakar, qui mise tout sur les apparences, sur les beaux habits, sur l'argent dépensé. J'ai voulu montrer qu'une femme pouvait, elle aussi, regarder la société bien en face.
Moi aussi, j'avais des histoires à raconter.
—Vous vous souvenez de ce que vous avez ressenti quand votre premier livre est sorti ?
Je m'en souviens comme si c'était hier. J'avais un peu peur, je ne te le cache pas. Publier, c'est comme ouvrir la porte de ta maison à des inconnus. Le Revenant est sorti aux Nouvelles Éditions Africaines, à Dakar. Ça comptait beaucoup pour moi : mon livre était imprimé en Afrique, pour des lecteurs africains d'abord. Je voulais qu'un enfant d'ici puisse tenir un roman entre ses mains et se dire : « cette histoire parle de mon monde à moi ». Tu comprends ? Ce n'était pas juste mon livre. C'était une petite porte qui s'ouvrait pour d'autres femmes derrière moi.
—C'est vrai que vous avez écrit un livre sur une grève de mendiants ? Pourquoi ?
C'est vrai ! Ça s'appelle La Grève des Bàttu, en 1979. Les « bàttu », en wolof, ce sont les mendiants, ceux qu'on a chassés. Alors imagine : dans mon histoire, tous les mendiants de Dakar se mettent en grève. Ils disparaissent des rues. Tu te dis peut-être : et alors ? Eh bien, chez nous, donner l'aumône est un devoir religieux très important. Sans mendiants, les gens riches ne peuvent plus donner, ni se sentir généreux. Soudain, ce sont eux qui sont perdus ! J'ai retourné les choses comme un gant. Ce roman a même été choisi pour le grand Prix Goncourt en France, une première pour une Africaine.
Sans les mendiants, ce sont les riches qui étaient perdus.

—Il y a un objet important dans ce livre ? Un truc qu'on pourrait toucher ?
Oui, la petite calebasse ! On l'appelle la sébile. C'est le récipient que les mendiants tendent pour recevoir l'aumône, une pièce, un peu de riz. Imagine un bol creux, tout simple, usé par des milliers de mains. Dans mon roman, quand les mendiants font grève, ces sébiles restent vides et posées par terre. Et ce vide, tu vois, il fait plus de bruit que tous les discours. Il dit : « nous existons, et vous avez besoin de nous. » J'aime les objets tout simples, mon enfant. Une calebasse vide raconte parfois mieux l'injustice qu'un long sermon.
—Avant d'écrire, vous étiez maîtresse d'école ? Ça vous plaisait ?
Oui, j'ai enseigné le français, et j'ai travaillé aussi au ministère de la Culture, à Dakar. J'adorais l'école, mais quelque chose me gênait. Les enfants africains lisaient surtout des histoires venues d'ailleurs, des paysages qu'ils n'avaient jamais vus. Alors je me suis battue toute ma vie pour que la littérature africaine entre dans les classes. Imagine que tu n'aies le droit de lire que des histoires d'un pays lointain, jamais du tien. Ça te manquerait, non ? Un enfant doit pouvoir ouvrir un livre et y reconnaître son marché, son grand-père, sa langue. C'est comme ça qu'on apprend à s'aimer soi-même.
Un enfant doit pouvoir se reconnaître dans les livres qu'il lit.
—Vous avez écrit sur un garçon qui préférait la lutte à l'école ? Racontez !
Ah, tu penses à L'Appel des arènes, paru en 1982 ! Mon héros s'appelle Nalla. Il n'aime pas l'école telle qu'on la lui impose. Ce qu'il aime, lui, ce sont les arènes, la lutte traditionnelle, les tam-tams, les chants. Tout ce que ses parents voudraient lui faire oublier pour qu'il devienne « moderne ». Imagine qu'on te demande de choisir entre les jeux de ton village et un cahier gris. Ce n'est pas si simple, hein ? J'ai voulu montrer qu'on peut apprendre à l'école sans mépriser ce que nos grands-parents nous ont transmis. Les deux mondes peuvent se tenir la main, au lieu de se tourner le dos.

—Pourquoi vous avez créé votre propre maison d'édition ? C'est quoi au juste ?
Une maison d'édition, c'est ce qui fabrique les livres : elle choisit les textes, les imprime, les vend. Longtemps, pour être publiés, les écrivains africains devaient passer par Paris, très loin. Ça me chagrinait. Alors, en 1991, avec d'autres, j'ai fondé les Éditions Khoudia, ici à Dakar. Imagine que tu cultives ton propre jardin, mais qu'on t'oblige à aller vendre tes légumes très loin, chez le voisin. Un jour, tu dis : « non, je vends ici, chez moi ! » C'était ça, mon idée. Que l'Afrique publie ses propres histoires, avec ses propres mains. Ce n'est pas seulement du commerce. C'est de la dignité.
Que l'Afrique publie ses propres histoires, avec ses propres mains.
—Pour vous, un livre, c'est juste des pages ? Ou c'est plus que ça ?
Oh, c'est bien plus, mon enfant ! Un livre fabriqué et lu ici, sur le continent, c'est une petite victoire. Tu sais, on peut être libre dans son pays et encore dépendre des autres pour raconter qui on est. Moi, je crois qu'un peuple qui imprime ses propres livres tient une part de sa liberté entre ses mains. Imagine une bibliothèque pleine d'histoires africaines, écrites, imprimées, lues en Afrique. Pour moi, chacun de ces livres est comme une brique. Mets-les l'une sur l'autre, patiemment, et tu construis une maison où les enfants d'ici se sentent enfin chez eux.
—Si on venait passer une matinée chez vous, qu'est-ce qu'on verrait ?
Tu me verrais debout très tôt, avant que la chaleur de Dakar ne s'installe. C'est mon heure préférée. La rue est encore calme, la maison silencieuse. Je m'assois avec mes manuscrits et je relis, je corrige, je rature. Écrire, ce n'est pas un coup de baguette magique : je reprends chaque phrase des dizaines de fois. Tu verrais aussi ma bibliothèque, au cœur de la maison, pleine de livres. Et peut-être une théière pour l'ataya, ce thé à la menthe très sucré qu'on sert en trois verres. Le matin, je façonne mes histoires ; l'après-midi, je lis celles des autres. Une vie tout entière tournée vers les mots.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Aminata Sow Fall. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.

