Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Angela Davis

par Charactorium · Angela Davis (1944 — ?) · Lettres · Politique · Société · 7 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Angela Davis
Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Derzsi Elekes Andor

Un après-midi de fin d'été à Oakland, dans une pièce où les rayonnages ploient sous les reliures de Marx et les recueils de poésie afro-américaine. Angela Davis nous reçoit sans cérémonie, une tasse de thé qui refroidit, la voix posée de celle qui a passé sa vie à transformer la colère en pensée. Elle parle lentement, comme si chaque mot devait tenir devant un tribunal.

Vous avez grandi à Birmingham, une ville que certains surnommaient autrement. Que reste-t-il de ces années dans votre mémoire ?

Nous l'appelions Bombingham. Ce n'était pas une image : dans mon quartier, on comptait les explosions comme d'autres comptent les orages. En septembre 1963, une bombe a soufflé l'église baptiste de la Seizième Rue et emporté quatre petites filles que je connaissais, avec qui j'avais joué. Je me souviens du silence sidéré des adultes, puis de la certitude froide que ce silence était complice. La ségrégation n'était pas seulement une loi, c'était une atmosphère, une manière de respirer la peur du matin au soir. J'ai compris là, très jeune, que la haine raciale au Sud était méthodique, organisée, presque administrative. On ne se remet pas d'une enfance passée à mesurer sa vie à la distance d'une déflagration. Mais on peut décider de ne jamais la laisser sans réponse.

Dans mon quartier, on comptait les explosions comme d'autres comptent les orages.

Comment le passage par l'Université Goethe de Francfort a-t-il façonné votre façon de penser ?

J'avais quitté un pays où l'on tuait des enfants noirs pour une salle de classe allemande où Herbert Marcuse et Theodor Adorno disséquaient la domination comme on dissèque un mécanisme. La Théorie critique m'a donné des outils, pas des consolations. Marcuse, surtout, m'a appris qu'on pouvait être un philosophe rigoureux et un homme qui descend dans la rue — que la pensée ne vaut que si elle accepte de se salir les mains. À Francfort, je lisais Marx et Engels le matin et je pensais à Birmingham l'après-midi ; les deux ne se contredisaient jamais. L'Europe m'a offert une distance, mais cette distance rendait le racisme américain encore plus obscène, plus indéfendable. Je suis rentrée avec la conviction que l'analyse du capital et la lutte des Noirs américains étaient une seule et même bataille, vue sous deux angles.

En 1969, l'Université de Californie vous engage puis vous licencie. Que s'est-il réellement passé ?

J'enseignais la philosophie à l'UCLA, et cela suffisait à personne tant que je restais discrète. Mais je n'ai jamais caché ma carte. Dans mon autobiographie, j'ai écrit cette phrase que je maintiens mot pour mot : « I was a Communist, and I was proud of it. » Dès que le gouverneur Reagan et le FBI l'ont su, on m'a chassée de ma chaire, non pour ce que j'enseignais, mais pour ce que je pensais. Le tribunal a ordonné ma réintégration ; ils ont trouvé un autre prétexte pour recommencer. Ce que peu de gens voyaient, c'est que mon nom figurait déjà dans un épais dossier du FBI, tenu au titre de COINTELPRO, ce programme secret qui surveillait, infiltrait, brisait les militants noirs. On ne me reprochait pas un crime. On me reprochait une conscience.

On ne me reprochait pas un crime. On me reprochait une conscience.

Vous souvenez-vous du moment où votre nom s'est retrouvé en tête de la liste des personnes les plus recherchées par le FBI ?

Août 1970. Le jeune Jonathan Jackson, le frère de George, avait tenté de libérer des prisonniers noirs au tribunal de Marin County ; l'affaire s'est terminée dans le sang. Des armes enregistrées à mon nom se trouvaient sur les lieux, et cela a suffi. Du jour au lendemain, je n'étais plus une professeure ni une militante : j'étais une fugitive placardée sur les murs des bureaux de poste de tout le pays, aux côtés des criminels les plus traqués d'Amérique. J'ai vécu des semaines de clandestinité, à changer de refuge, à mesurer combien un État peut se déchaîner contre une seule femme noire. Ce qui m'a sauvée, ce n'est pas la loi, c'est l'immense clameur mondiale — le cri « Free Angela » monté de Paris, de Moscou, de Berlin. J'ai découvert que la solidarité pouvait être une force matérielle.

J'ai découvert que la solidarité pouvait être une force matérielle.

Après seize mois de détention, un jury entièrement blanc vous a acquittée. Qu'aviez-vous dit à ce tribunal ?

Seize mois enfermée dans la prison du comté de Marin, à attendre un procès qui n'aurait jamais dû exister. Devant les jurés, je n'ai pas plaidé, j'ai accusé : « This trial is a political persecution designed to silence those who fight for the liberation of Black people. » Je le pensais alors, je le pense encore. On ne me jugeait pas pour un fait, on me jugeait pour un engagement. Que douze Blancs de Californie aient fini par prononcer l'acquittement de tous les chefs — meurtre, enlèvement, conspiration — reste pour moi moins une victoire personnelle qu'une preuve : quand la pression populaire est assez forte, même une machine conçue pour condamner peut gripper. J'ai reçu en cellule des milliers de lettres, jusque d'Union soviétique. Je ne me suis jamais sentie seule derrière ces barreaux.

Primer plano mural (Chimamanda Ngozi Adichie - Valentina Tereshkova, Angela Ivonne Davis)
Primer plano mural (Chimamanda Ngozi Adichie - Valentina Tereshkova, Angela Ivonne Davis)Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — DLV

Avec Women, Race & Class, vous refusez de séparer les luttes. Pourquoi cette imbrication vous semblait-elle si essentielle ?

Parce qu'on m'a trop longtemps demandé de choisir : femme ou noire, ouvrière ou militante, comme si mon existence pouvait se découper en tranches. Dans Women, Race & Class, en 1981, j'ai voulu montrer que le racisme, le sexisme et le capitalisme ne sont pas trois problèmes séparés mais un même nœud qui se resserre. Prenez le droit de vote des femmes : pour les suffragettes blanches, c'était un but ; pour les femmes noires, ce n'était qu'un moyen vers l'égalité économique et sociale, jamais une fin en soi. Voilà pourquoi le féminisme blanc, à lui seul, ne pouvait pas me contenir, et pourquoi le mouvement des droits civiques, dominé par les hommes, ne le pouvait pas davantage. Il fallait penser depuis le point exact où toutes ces oppressions se croisent — depuis le corps des femmes noires.

On m'a trop longtemps demandé de choisir : femme ou noire, comme si mon existence pouvait se découper en tranches.

Comment votre expérience de la prison a-t-elle nourri cette analyse des femmes, de la race et de la classe ?

La cellule est un condensé. Derrière les barreaux de Marin, j'ai vu défiler des femmes pauvres, noires et latinas pour l'écrasante majorité, punies non pour leurs actes mais pour leur place dans l'ordre social. On n'y enferme pas le hasard : on y enferme une ségrégation qui a simplement changé de murs. Cette observation, je l'ai portée dans mes livres et mes conférences. Le féminisme noir que je défends ne vient pas d'un séminaire universitaire ; il vient de ce que j'ai touché du regard, entre deux fouilles. Les grandes théories, si elles n'expliquent pas la vie de la femme la plus démunie, ne valent rien. C'est pourquoi je refuse le confort académique : ma pensée doit rendre des comptes à celles que la société a décidé d'oublier derrière un grillage.

Vous ne parlez pas de réformer la prison, mais de l'abolir. N'est-ce pas une utopie ?

On m'a dit exactement la même chose de l'abolition de l'esclavage. Dans Are Prisons Obsolete?, en 2003, j'ai posé une phrase que je répète volontiers : « The prison industrial complex is not a conspiracy to keep Black people enslaved. It is the predictable result of a set of social and economic priorities. » Ce n'est donc pas un complot, c'est pire : c'est un choix de société, méthodique et rentable. Le complexe carcéro-industriel enferme les pauvres et les Noirs parce que leur bien-être n'a jamais figuré parmi ses priorités. Réformer, ce serait repeindre les murs ; abolir, c'est demander pourquoi ces murs existent. La loi californienne des Three Strikes, en 1994, a rempli les prisons de gens dont la seule faute était d'être né du mauvais côté. L'abolition n'est pas un rêve tendre : c'est la seule réponse logique à un système qui a échoué en tout.

Réformer, ce serait repeindre les murs ; abolir, c'est demander pourquoi ces murs existent.
Painting of Angela Davis from Hungary Received by James E. Jackson, Henry Winston, Gus Hall, Peter Fulop (Hungarian Embassy) and Louis Weinstock. Photos by Garry Tyler. Jan 26, 1972 Slide 2 Edit
Painting of Angela Davis from Hungary Received by James E. Jackson, Henry Winston, Gus Hall, Peter Fulop (Hungarian Embassy) and Louis Weinstock. Photos by Garry Tyler. Jan 26, 1972 Slide 2 EditWikimedia Commons, Public domain — Garry Tyler or Jacoby Sims for the Daily World

Quand vous liez esclavage, démocratie et système carcéral, dans un livre comme Abolition Democracy, à quoi songez-vous précisément ?

Je songe à une démocratie inachevée. En 1865, l'Amérique a aboli l'esclavage sur le papier, mais le treizième amendement lui-même a ménagé une exception : la servitude reste permise comme punition d'un crime. Autrement dit, on a fermé la plantation et laissé la porte de la prison entrouverte. Dans Abolition Democracy, en 2005, j'ai voulu prolonger cette histoire : tant que subsiste ce complexe carcéral, la démocratie américaine reste une promesse à moitié tenue. W. E. B. Du Bois parlait déjà d'une « abolition-démocratie », l'idée qu'abolir ne suffit pas — il faut bâtir les institutions qui rendent l'égalité réelle : des écoles, des soins, du travail digne. C'est cela l'abolitionnisme pénal : non pas ouvrir les portes et partir, mais construire un monde où la cage n'aurait plus aucune fonction. On n'abolit vraiment qu'en remplaçant.

En 1980 puis en 1984, vous vous présentez à la vice-présidence des États-Unis. Que cherchiez-vous dans une candidature que beaucoup jugeaient sans espoir de victoire ?

Personne, moi la première, ne croyait entrer à la Maison-Blanche aux côtés de Gus Hall. Mais une candidature n'est pas seulement un décompte de voix ; c'est une tribune. Me présenter comme femme noire et communiste, deux fois, c'était affirmer que ces mots avaient droit de cité dans le débat américain, à l'heure où on les traitait comme des injures. Fidèle à ma carte du parti, je refusais qu'on m'efface du paysage politique après m'avoir chassée de l'UCLA. Chaque meeting était une occasion de parler des prisons, du chômage des Noirs, de la course aux armements. On ne mesure pas l'influence d'une idée à un scrutin ; on la mesure à sa persistance. Ces campagnes symboliques ont laissé une trace : celle d'une voix qui refusait de se taire dans le seul système où l'on prétend que tout peut se dire.

Après toutes ces décennies de combat, qu'est-ce qui vous fait tenir aujourd'hui ?

La conviction, chevillée au corps, que rien n'est figé. J'ai vu tomber la ségrégation légale que l'on croyait éternelle ; j'ai vu un jury blanc m'acquitter contre toute attente ; j'ai vu le cri « Free Angela » faire reculer un appareil d'État. Alors je me méfie de tous ceux qui décrètent qu'un système est trop solide pour être abattu — c'est exactement ce qu'on disait des chaînes. Ce qui me tient, ce sont les jeunes générations qui reprennent le flambeau, qui relient les luttes d'hier aux injustices d'aujourd'hui sans se lasser. La liberté n'est pas un état qu'on atteint et qu'on conserve ; c'est un effort qu'il faut recommencer chaque matin, comme cette lecture des journaux et des textes philosophiques par laquelle j'ai toujours ouvert mes journées. Tant qu'il y aura une cage, il y aura du travail.

La liberté n'est pas un état qu'on atteint et qu'on conserve ; c'est un effort qu'il faut recommencer chaque matin.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Angela Davis. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.