Les enfants interrogent Angèle de Foligno
par Charactorium · Angèle de Foligno (1248 — 1309) · Spiritualité · Lettres · 5 min de lecture

Ce matin-là, deux élèves d'une classe découverte poussent la porte d'une petite église de pierre, en Ombrie. Une femme en robe de bure grise les attend, un sourire doux aux lèvres. Elle s'appelle Angèle, et elle vécut à Foligno il y a bien longtemps.
—Vous aviez quelle vie, avant de devenir une femme de prière ?
Tu sais, mon enfant, j'ai d'abord vécu comme une dame riche. J'étais l'épouse d'un marchand, à Foligno, et j'aimais les belles robes, les fêtes, le confort. Imagine une maison pleine de coussins et de bons repas, où l'on ne manque de rien. Je priais peu, et je pensais surtout à moi. Cela dura des années. Le Dieu que je servais alors, c'était mon propre plaisir. Je n'avais pas encore compris qu'un cœur trop rempli de choses n'a plus de place pour l'essentiel. Il a fallu que ma vie se brise pour que je me tourne enfin vers le Ciel.
Un cœur trop rempli de choses n'a plus de place pour l'essentiel.
—C'est vrai que vous avez perdu toute votre famille ? Vous étiez triste ?
Oui, mon enfant, et je ne te mentirai pas : ce fut terrible. Vers l'an 1285, en peu de temps, ma mère mourut, puis mon mari, puis mes enfants. Imagine une maison où, saison après saison, une chaise se vide, puis une autre, jusqu'au silence. J'ai pleuré, bien sûr. Mais au fond de cette nuit, j'ai entendu comme un appel. Je n'ai pas vu là une punition, mais une main qui m'ouvrait un chemin. Alors j'ai tout donné aux pauvres, et j'ai rejoint le Tiers-Ordre franciscain, ces laïcs qui vivent l'idéal de saint François sans entrer au couvent. Le deuil m'avait libérée.
Au fond de cette nuit, j'ai entendu comme un appel.
—C'était comment, votre voyage à Assise ? Il s'est passé un truc bizarre ?
Ah, Assise ! J'y suis allée en pèlerinage, mon enfant, dans la ville de saint François. Devant la petite chapelle qu'on nomme la Portioncule, quelque chose m'a saisie. Une joie si forte, si brûlante, que je ne pouvais plus la contenir. Je me suis mise à crier, à me rouler par terre, incapable de me retenir. Imagine que tu ressentes d'un coup tout l'amour du monde dans ta poitrine : ton corps ne sait plus qu'en faire. On appelle cela une extase, quand l'âme semble sortir du corps pour rejoindre Dieu. Les gens autour de moi étaient bien gênés, je crois. Moi, je ne voyais plus qu'Une seule chose.
Imagine tout l'amour du monde d'un coup dans ta poitrine.
—Et le moine à côté de vous, il a réagi comment ? Il a eu honte ?
Oh oui ! Ce pauvre frère Arnold ! C'était mon confesseur, un franciscain de Foligno. Quand il m'a vue crier ainsi devant tout le monde, à Assise, il a eu si honte qu'il a pensé s'éloigner de moi pour de bon. Imagine sa tête : un homme d'Église, calme et discret, à côté d'une femme qui pousse des cris ! Mais Dieu a bon caractère, mon enfant. Au lieu de fuir, Arnold est resté. Et il est devenu celui qui écrivait mes visions sur le parchemin, à la plume, sous ma dictée. Sans lui, tu ne saurais rien de moi aujourd'hui. Parfois, celui qui veut s'enfuir devient le plus fidèle.
Parfois, celui qui veut s'enfuir devient le plus fidèle.
—Vous disiez que vous voyiez Dieu. Ça ressemblait à quoi ?
C'est la question la plus difficile, mon enfant, et je vais te dire la vérité. Voir Dieu, ce n'était pas voir une lumière ou un visage. J'ai dicté ceci à frère Arnold : « J'ai vu une chose si obscure que je ne me souviens d'aucune des œuvres de Dieu, ni de la Trinité, ni d'autre chose. Et je ne voyais plus rien des choses corporelles... et dans ces ténèbres je voyais la Trinité. » Imagine que tu fermes les yeux dans le noir le plus total, et que, dans ce noir, tu te sentes tenu, aimé, comblé. C'est cela. On l'appelle la ténèbre divine.
Dans ces ténèbres, je voyais la Trinité.

—Mais pourquoi c'est noir, si c'est Dieu ? Le noir ça fait peur d'habitude.
Tu as raison, mon enfant, d'habitude le noir fait peur. Mais écoute bien. Dieu est si grand, si au-delà de tout, qu'aucune image ne peut le contenir. Alors quand on s'approche vraiment de Lui, toutes les images s'éteignent, comme les bougies qu'on souffle une à une. Il reste une obscurité, mais une obscurité pleine. J'ai compris ceci : « cette âme qui contemple Dieu ne peut en aucune façon parler de Lui, parce que tout ce qu'on peut dire de Lui est bien inférieur à la vérité. » Imagine que tu veuilles mettre l'océan dans un petit verre. C'est impossible. Alors on se tait, et on adore.
Toutes les images s'éteignent, comme les bougies qu'on souffle une à une.
—C'est vrai qu'on vous appelait la « maîtresse des théologiens » ? Ça veut dire quoi ?
On m'a donné ce beau surnom, oui, mon enfant, et il me faisait presque rougir. Un théologien, c'est un savant qui étudie Dieu dans les livres. Or, moi, je n'étais qu'une femme sans grande instruction, une simple tertiaire. Mais à Foligno, des hommes et des femmes venaient m'écouter, et parmi eux des gens très cultivés. Ils repartaient en disant que j'avais compris, par le cœur, ce qu'ils cherchaient dans leurs études. Imagine un enfant qui expliquerait la mer à des marins parce qu'il l'a, lui, vraiment traversée. Ce n'était pas mon savoir qui parlait, mon enfant, c'était mon expérience.
Ce n'était pas mon savoir qui parlait, c'était mon expérience.

—Et vos disciples, vous leur appreniez quoi de plus important ?
Je les guidais dans l'église Sant'Angelo, à Foligno, où nous nous réunissions. Et ce que je répétais le plus, c'était de tout lâcher pour Dieu. Je leur disais ce que je crois de toute mon âme : « La pauvreté est la voie royale. Celui qui l'a choisie a choisi la croix du Christ, et celui qui a choisi la croix a choisi le Christ lui-même. » Imagine un voyageur qui vide son sac trop lourd pour marcher plus vite : c'est cela, la pauvreté du cœur. Je ne leur promettais pas une vie facile, mon enfant. Je leur promettais une vie vraie. Et beaucoup m'ont suivie sur ce chemin escarpé.
Un voyageur vide son sac trop lourd pour marcher plus vite.
—Vous vous habilliez comment ? Et vous mangiez quoi le matin ?
Regarde ma robe, mon enfant : c'est de la bure grise, une toile rêche, sans aucun ornement, avec une corde à la ceinture. C'est l'habit des tertiaires franciscaines, rapiécé, usé, comme le voulait saint François. Le matin ? Bien peu de chose. Souvent seulement du pain et de l'eau, car je jeûnais beaucoup. Imagine une écuelle presque vide, et un morceau de pain dur qu'on trempe pour l'attendrir. Je ne mangeais pas pour le plaisir, mais juste pour tenir debout. Cela peut te sembler rude. Mais quand le cœur est plein de Dieu, vois-tu, le ventre réclame moins. J'avais choisi de manquer de tout pour ne manquer que de Lui.
J'avais choisi de manquer de tout pour ne manquer que de Lui.
—Pourquoi vous regardiez tout le temps le crucifix ? Ça ne rendait pas triste ?
Le crucifix, mon enfant, c'était le cœur de mes journées. Je passais des heures à contempler le Christ souffrant sur sa croix. Tu me demandes si cela rendait triste. Un peu, oui. Mais surtout, cela me rapprochait de Lui. Imagine que tu veilles au chevet de quelqu'un que tu aimes et qui a mal : tu ne pars pas, tu restes, et ta présence devient de l'amour. Voilà ce que je faisais. En regardant ses souffrances, j'apprenais à porter les miennes, et à ne plus fuir la douleur des autres. La croix n'était pas pour moi une image de mort, mais une leçon d'amour jusqu'au bout.
La croix n'était pas une image de mort, mais une leçon d'amour.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Angèle de Foligno. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


