Interview imaginaire

Dialogue imaginaire entre Telle Whitney et Anita Borg

par Charactorium · Anita Borg (1949 — 2003) · Technologie · Société · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Anita Borg
Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 — Hillary

C'est dans le patio ensoleillé de Xerox PARC, à Palo Alto, que Telle Whitney retrouve Anita Borg un après-midi de 1999. Sur la table, un ordinateur portable ouvert affiche encore les messages du jour de la liste Systers, tandis que le bourdonnement des stations de travail filtre par la porte entrouverte du laboratoire. Les deux femmes se connaissent depuis des années — c'est ensemble qu'elles ont fondé la Grace Hopper Celebration cinq ans plus tôt. Telle vient sans magnétophone officiel, seulement avec l'envie de faire raconter à son amie le chemin qui l'a menée là.

Anita, avant même que nous nous connaissions, tu avais lancé Systers en 1987. Raconte-moi : comment une simple liste d'e-mails a-t-elle pu grandir ainsi ?

Tu sais, Telle, au départ ce n'était rien — quelques femmes que je connaissais, un modem, ma machine branchée sur ARPANET, bien avant le Web. Je voulais juste que nous puissions nous parler entre nous, parce que nous étions si peu nombreuses, si dispersées, souvent seules dans nos équipes. J'ai écrit un message tout simple : un endroit pour partager nos expériences et nous soutenir. Et puis une femme en a invité une autre, qui en connaissait trois, qui travaillaient sur trois continents. En quelques années, nous étions des milliers. Ce qui m'a bouleversée, ce n'était pas la technique — une liste de diffusion, c'est trivial — c'était de découvrir combien de femmes attendaient exactement cela sans oser le dire. Un fil électronique a fait ce qu'aucune institution n'avait fait : nous rendre visibles les unes aux autres.

Une liste de diffusion, c'est trivial ; ce qui m'a bouleversée, c'est combien de femmes attendaient cela sans oser le dire.

Tu as soutenu ta thèse à NYU en 1981, après tes années en Europe. Étais-tu, à cette époque, celle qui militerait un jour comme aujourd'hui ?

Pas encore, non. J'avais déjà plus de trente ans quand j'ai obtenu ce doctorat, et j'avais passé des années ailleurs, notamment en Allemagne. Ma thèse portait sur les systèmes de mémoire des ordinateurs — quelque chose de très technique, très aride. Mais ce parcours en zigzag, cette entrée tardive dans les milieux scientifiques, m'a appris dans ma chair ce que signifie ne pas être à sa place par défaut. On m'a fait sentir, souvent, que je n'étais pas l'étudiante que l'on attendait. Je n'avais pas les mots pour le dire à l'époque. Ce n'est que plus tard, en repensant à tout cela, que j'ai compris : la diversité n'est pas un ornement moral, c'est une condition de l'intelligence collective. Mon détour européen m'a donné cette conviction avant même que j'aie une cause.

Ce parcours en zigzag m'a appris dans ma chair ce que signifie ne pas être à sa place par défaut.

Tu parles de ces stations Unix chez DEC, à Maynard. Que représentaient ces machines dans ta vie quotidienne de chercheuse d'alors ?

C'était mon monde entier, Telle. Je passais mes journées devant ces stations de travail, à mesurer, à optimiser les performances de la mémoire, écran vert sur fond noir, le cliquetis d'une imprimante matricielle en fond sonore. Chez Digital Equipment Corporation, dans les années 1980, j'étais souvent la seule femme dans la salle des machines. Ces workstations, je les aimais sincèrement — la rigueur qu'elles imposent, la logique implacable qui ne ment jamais. Mais c'est là aussi, entre deux compilations, que j'ai commencé à tisser des liens avec d'autres femmes du métier, à échanger nos numéros, nos frustrations. La machine me nourrissait intellectuellement ; les femmes autour d'elle me nourrissaient humainement. J'ai fini par comprendre qu'on ne pouvait pas séparer les deux. Une carrière technique sans réseau humain, pour une femme, c'était un isolement programmé.

La machine me nourrissait intellectuellement ; les femmes autour d'elle me nourrissaient humainement.

Souviens-toi de 1994, quand nous avons imaginé ensemble la première Grace Hopper Celebration. Nous n'étions qu'une cinquantaine. Y croyais-tu vraiment, ce jour-là ?

Toi qui étais là, Telle, tu sais qu'on ne savait pas du tout ce qu'on faisait ! Nous étions une petite poignée dans cette salle, et je me rappelle m'être demandé si nous n'étions pas ridicules d'oser un nom pareil, celui de Grace Hopper, cette immense programmeuse de la marine. Mais c'était précisément l'idée : donner à des femmes trop isolées un lieu où se compter, se voir, se reconnaître comme une force. J'ai vu des chercheuses pleurer de soulagement en découvrant qu'elles n'étaient pas seules. Cinquante personnes, et déjà cette électricité dans l'air. Ce que nous avons semé là, toi et moi, dépassait de loin une conférence. Nous fabriquions une preuve vivante : que les femmes en informatique existaient en nombre, et qu'il suffisait de leur offrir un toit commun pour qu'elles se lèvent.

J'ai vu des chercheuses pleurer de soulagement en découvrant qu'elles n'étaient pas seules.

Pourquoi avoir tenu à ce que cette conférence porte le nom de Grace Hopper, plutôt que de rester une rencontre anonyme entre professionnelles ?

Parce que les noms comptent, Telle. Une jeune femme qui entre dans l'informatique cherche des figures auxquelles s'accrocher, et le récit officiel ne lui en offre presque aucune. Grace Hopper avait programmé pour la marine américaine, popularisé le mot debugging, ouvert des voies que peu connaissaient. En donnant son nom à notre rassemblement, nous refusions l'effacement des femmes de l'histoire de nos métiers. Nous disions : voici notre lignée, voici nos aïeules. Ce n'est pas un détail sentimental. Quand une étudiante voit des milliers de femmes réunies sous le nom d'une pionnière, elle comprend soudain qu'elle appartient à une histoire, pas à une exception. Elle cesse de se penser comme une intruse. Un nom, c'est une porte ouverte sur un lignage — et nous en avions désespérément besoin.

En donnant son nom à notre rassemblement, nous refusions l'effacement des femmes de l'histoire de nos métiers.

Ici même, à Xerox PARC, tu as fondé en 1997 ton Institut pour les femmes et la technologie. Quelle mission lui as-tu donnée en le créant ?

Deux mouvements en un, Telle. D'un côté, augmenter l'impact des femmes sur la technologie ; de l'autre, augmenter l'impact positif de la technologie sur la vie des femmes du monde entier. Les deux sont indissociables. On me demande parfois pourquoi je m'obstine, pourquoi ne pas laisser les choses évoluer d'elles-mêmes. Mais rien n'évolue de soi ! Il faut de la recherche, des partenariats avec les entreprises, des programmes de formation, une volonté acharnée. Fonder cet institut, ici, au cœur de la Silicon Valley, c'était planter un drapeau au milieu du royaume qui nous ignorait. Je ne voulais pas d'un club de doléances. Je voulais un instrument qui produise des données, des preuves, des résultats mesurables — quelque chose qu'aucun directeur ne pourrait balayer d'un revers de main en disant que ce ne sont que des sentiments.

Fonder cet institut au cœur de la Silicon Valley, c'était planter un drapeau au milieu du royaume qui nous ignorait.

Tu défends un objectif chiffré : la parité 50/50 d'ici 2020. Beaucoup te trouvent trop ambitieuse. Pourquoi t'accrocher à ce chiffre ?

Parce qu'un chiffre engage, Telle, là où un vœu pieux n'engage à rien. Si je dis « il faudrait plus de femmes », personne ne bouge. Si je dis « la moitié, en 2020 », alors chacun doit se demander où il en est et ce qu'il compte faire. J'utilise souvent l'image du miroir : une technologie doit refléter l'ensemble de l'humanité qui l'utilise. Or si elle est façonnée par des équipes homogènes, elle ne répondra qu'aux besoins d'une moitié du monde. Ce n'est pas d'abord une question de justice — c'est une question d'efficacité, d'innovation. Les études le montrent : les équipes diverses trouvent de meilleures solutions. Une technologie conçue sans les femmes est tout simplement une technologie incomplète. Alors oui, je vise 2020, et je sais que c'est audacieux. Mais viser bas, c'est déjà renoncer.

Une technologie conçue sans les femmes est tout simplement une technologie incomplète.

Face à un dirigeant qui te répond que tout cela relève de la bonne conscience, quel argument gardes-tu pour le convaincre ?

Je ne lui parle pas de morale, Telle — je lui parle de son produit et de son marché. Un logiciel conçu par un groupe uniforme portera les angles morts de ce groupe. Il oubliera des usages, des besoins, des contextes que personne dans la pièce n'a jamais vécus. C'est un défaut de conception, pas une question d'opinion. Quand je siège à ces tables rondes, au MIT ou ailleurs, je pose les chiffres : les équipes diversifiées produisent de meilleures solutions, point. Le dirigeant qui l'ignore laisse de l'intelligence sur la table et cède du terrain à ses concurrents. Je ne demande pas la charité pour les femmes. Je demande qu'on cesse de gaspiller la moitié des cerveaux disponibles. Curieusement, l'argument d'efficacité ouvre des portes que l'argument de justice laissait closes depuis vingt ans.

Je ne demande pas la charité pour les femmes. Je demande qu'on cesse de gaspiller la moitié des cerveaux disponibles.

Quand tu vois aujourd'hui Systers réunir des femmes de fuseaux horaires si éloignés, que ressens-tu au fond, toi qui l'as commencée seule ?

Une forme de vertige heureux, Telle. Le matin, j'ouvre ma messagerie et je trouve des questions posées la nuit par une ingénieure en Inde, une réponse envoyée depuis l'Allemagne, un conseil venu d'Australie. Une femme demande comment négocier son salaire, dix autres lui répondent en quelques heures. Ce réseau ne dort jamais, parce que le soleil se lève toujours quelque part sur l'une de nous. J'ai simplement branché un modem un jour de 1987 ; ce sont les femmes elles-mêmes qui ont fait le reste. Je n'en tire aucune gloire personnelle — je ne suis que celle qui a tenu la porte ouverte. Le plus beau, c'est de savoir qu'une jeune femme quelque part, ce soir, se sent moins seule parce que d'autres, qu'elle ne rencontrera jamais, veillent avec elle.

Ce réseau ne dort jamais, parce que le soleil se lève toujours quelque part sur l'une de nous.

Nous parlons d'avenir, mais je te sens pressée, comme si le temps te manquait. Pourquoi cette urgence, Anita ?

Parce que le temps manque toujours, Telle, pour un combat qui devrait déjà être gagné. Chaque année qui passe sans progrès, c'est une génération de petites filles qui apprennent, sans qu'on le leur dise jamais, que ces machines ne sont pas pour elles. Je ne peux pas m'y résoudre. Il y a tant à faire — l'institut à faire grandir, la conférence à étendre, des entreprises à convaincre une à une. Je travaille comme si demain n'était pas garanti, parce qu'au fond aucun de nos lendemains ne l'est jamais. Ce que je souhaite, c'est que ce que nous avons bâti ensemble ne dépende pas d'une seule personne. Promets-moi que si un jour je ralentis, tu tiendras la barre. Ce mouvement doit être plus fort que chacune d'entre nous, sans quoi il n'aura été qu'un feu de paille.

Je travaille comme si demain n'était pas garanti, parce qu'au fond aucun de nos lendemains ne l'est jamais.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Anita Borg. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.