Les enfants interrogent Anna Pavlova
par Charactorium · Anna Pavlova (1881 — 1931) · Lettres · 4 min de lecture

Ce matin-là, deux jeunes visiteurs de douze ans poussent la porte d'un studio de répétition. Un piano droit attend dans un coin, une paire de chaussons blancs sèche sur le rebord d'une fenêtre. Anna Pavlova les accueille, encore essoufflée d'un exercice à la barre, et s'assoit près d'eux pour répondre à leurs questions.
—Vous aviez quel âge quand vous avez décidé de danser toute votre vie ?
Tu sais, mon enfant, j'étais toute petite. À huit ans, on m'a emmenée voir un ballet, et quelque chose s'est allumé en moi. Après, plus rien d'autre ne comptait. J'ai écrit un jour que depuis cet âge, la danse était devenue ma vie entière. J'y ai tout donné : le confort, l'argent, mon repos. Imagine que tu trouves, très jeune, la seule chose au monde qui te rende vraiment vivante. Tu ne la lâches plus. C'est ce qui m'est arrivé. À dix ans, j'entrais déjà à l'École impériale de Saint-Pétersbourg pour apprendre, chaque jour, pendant des années.
Depuis mes huit ans, la danse est ma vie entière.
—C'est vrai que vous aviez des pieds bizarres pour danser ?
Oui, et ça me faisait rire un peu jaune ! J'avais les arches très hautes et les orteils très longs. Pour danser sur les pointes — c'est-à-dire tout en haut des orteils, comme en équilibre sur un timbre-poste — mes chaussons ne tenaient pas. Alors j'ai demandé à mon cordonnier d'y glisser un bout de carton rigide pour renforcer le bout. Imagine un petit bouclier caché au fond de la chaussure. Tout le monde m'a critiquée, on trouvait ça de la triche. Mais après moi, les chaussons de toutes les danseuses ont changé. Parfois, un petit défaut devient une invention.
Parfois, un petit défaut devient une invention.
—C'est quoi votre danse la plus célèbre ?
Un tout petit solo, mon enfant : La Mort du cygne. Deux minutes, pas plus ! Le chorégraphe Michel Fokine l'a créé pour moi en 1905, sur une musique douce de Saint-Saëns. J'y jouais un cygne blessé qui lutte, tremble, puis s'éteint doucement. Je portais une tunique de tulle blanc et un diadème de plumes. Tu sais combien de fois je l'ai dansé ? Des milliers ! Sur toutes les scènes du monde. Les gens sortaient du théâtre bouleversés, comme s'ils avaient vu quelque chose de sacré. En deux minutes, on peut faire pleurer une salle entière.
En deux minutes, on peut faire pleurer une salle entière.
—Pourquoi vous aimiez autant les cygnes ?
Ah, c'est toute ma vie, ça ! J'ai dansé le cygne mille fois, et j'ai fini par en élever de vrais. Dans ma maison de Londres, il y avait un étang, et des cygnes y nageaient. J'en avais un préféré, je l'appelais Jack. Je passais des heures à les regarder glisser sur l'eau. Tu vois, un cygne ne bouge jamais brusquement : son cou dessine des courbes lentes, son port de tête est plein de noblesse. J'apprenais d'eux. Je copiais leur grâce pour la remettre dans ma danse. Les meilleurs maîtres ne sont pas toujours des humains.
Les meilleurs maîtres ne sont pas toujours des humains.
—Comment ça se passait, vos voyages avec votre troupe ?
Oh, c'était épuisant et merveilleux à la fois ! Avec ma propre compagnie, j'ai voyagé pendant presque vingt ans, sur six continents. Imagine des mois entiers à vivre dans des wagons-lits de train, à dormir en roulant d'une ville à l'autre. On emportait tout dans d'énormes malles de bois cerclées de cuir : costumes, partitions, chaussons. On arrivait dans des villes où personne n'avait jamais vu un ballet ! En Inde, en Australie, en Amérique latine, les gens découvraient cette danse pour la première fois. On dansait, puis on remballait, et le train repartait dans la nuit.

—Ça servait à quoi de danser dans des pays si loin ?
À planter des graines, mon enfant. Quand tu danses devant un enfant qui n'a jamais vu de ballet, tu ne sais pas ce qui va pousser dans son cœur. En Australie, ma tournée de 1925 a donné envie à toute une génération de petites filles de danser. On raconte même qu'à Lima, une fillette m'a vue sur scène et a décidé, ce soir-là, de devenir danseuse. Je disais toujours que l'art du ballet doit être universel, que chaque enfant du monde devrait pouvoir comprendre ce qu'est la beauté. C'était ça, ma vraie mission : allumer des vocations partout.
L'art du ballet doit être universel.
—C'était comment, votre maison à Londres ?
Elle s'appelait Ivy House, à Hampstead, et c'était mon seul vrai foyer. Une villa avec un jardin, un étang, mes cygnes qui nageaient dessus. J'avais installé un studio pour répéter chez moi. Imagine une maison mi-anglaise mi-russe, remplie d'objets rapportés du monde entier. Tu sais, je vivais presque toujours en tournée, dans des hôtels et des trains. Alors quand je rentrais à Ivy House, même quelques jours, je respirais enfin. Je marchais autour de l'étang, je regardais l'eau. C'était le seul endroit sur terre où je posais mes malles pour de bon.

—Vous étiez triste d'avoir quitté la Russie ?
Profondément, mon enfant. J'ai quitté la Russie en 1913, sans imaginer que je ne la reverrais jamais. Puis la Révolution de 1917 a tout emporté : le pays de mon enfance a disparu, et rentrer est devenu impossible. Je suis née à Saint-Pétersbourg dans une famille modeste, j'ai grandi à l'École impériale... et tout ça était perdu. Imagine que tu partes en voyage et qu'on efface, derrière toi, la maison où tu es né. On peut danser sur toutes les scènes du monde et porter, quand même, un pays perdu au fond du cœur.
On peut danser sur toutes les scènes du monde et porter, quand même, un pays perdu au fond du cœur.
—Ça ressemblait à quoi une journée normale pour vous ?
Elle commençait tôt, très tôt ! Une à deux heures de travail à la barre, seule ou avec mon maître de ballet. C'est cette barre de bois le long du mur où l'on s'accroche pour s'échauffer les jambes. Je ne l'ai jamais sautée, même fatiguée, même en tournée. L'après-midi, je répétais avec ma compagnie, je corrigeais chaque position. Le soir, c'était le spectacle. Et je mangeais très peu : des bouillons, des légumes, un peu de poulet, pour rester légère sur scène. Une danseuse, vois-tu, c'est comme un musicien : si tu arrêtes de t'exercer un jour, ça se voit le lendemain.
—Vous n'avez jamais eu envie de vous reposer et d'arrêter ?
Jamais vraiment, non. J'ai écrit un jour à mon mari, Victor Dandré, que je ne pouvais pas m'arrêter de danser : « Si je m'arrête, je cesserai de vivre. » Ce n'était pas une jolie phrase, c'était la vérité. Même très malade, à la fin, je refusais de ralentir mes tournées. On raconte que, quelques heures avant de mourir à La Haye, en 1931, j'ai demandé qu'on prépare mon costume de cygne. Tu vois, danser n'était pas mon métier. C'était ma respiration. On ne demande pas à quelqu'un d'arrêter de respirer.
Si je m'arrête, je cesserai de vivre.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Anna Pavlova. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


