Interview imaginaire avec Anousheh Ansari
par Charactorium · Anousheh Ansari (1966 — ?) · Exploration · Technologie · Société · 6 min de lecture

Un salon feutré d'un hôtel de Dallas, fin d'après-midi. Anousheh Ansari pose sur la table un petit drapeau iranien plié, celui-là même qui l'a accompagnée en orbite. Derrière la baie vitrée, le ciel du Texas vire à l'orange — elle le regarde comme on retrouve un vieux complice.
—Quand avez-vous compris, enfant, que les étoiles vous appelaient ?
À Mashhad, dans la cour de la maison familiale. L'été, on dormait dehors à cause de la chaleur, et je m'allongeais sur le dos pour fixer le ciel. Personne, autour de moi, n'aurait imaginé qu'une fille de cette ville de pèlerinage pût un jour toucher ce qu'elle regardait. Puis vint 1979, la révolution, et quelques années plus tard le départ pour l'Amérique. J'ai débarqué adolescente, sans parler un mot d'anglais, avec cette obsession intacte. On croit souvent que l'exil éteint les rêves d'enfance ; moi, il les a durcis comme on trempe l'acier. Chaque fois que je butais sur une porte fermée, je me disais que la cour de Mashhad m'attendait quelque part, tout là-haut.
On croit souvent que l'exil éteint les rêves d'enfance ; moi, il les a durcis comme on trempe l'acier.
—Comment une immigrée sans le sou est-elle devenue assez riche pour s'offrir l'espace ?
Par le travail, et par un pari sur une technologie que peu comprenaient. En 1993, avec mon mari Hamid et mon beau-frère Amir, nous avons fondé Telecom Technologies à Plano, dans la banlieue de Dallas. Nous croyions à la convergence des réseaux quand c'était encore un jargon d'ingénieurs. J'avais mon master d'ingénierie électrique en poche, une foi têtue, et des nuits blanches à revendre. Sept ans plus tard, l'entreprise était revendue près de 750 millions de dollars. Les gens voient le chiffre et pensent à la chance. Moi je vois les factures qu'on n'osait pas ouvrir au début. Cet argent n'était pas une fin — c'était le carburant d'un rêve que je portais depuis la cour de Mashhad. Sans lui, pas de X Prize, pas de billet à vingt millions.
Les gens voient le chiffre et pensent à la chance. Moi je vois les factures qu'on n'osait pas ouvrir au début.
—Pourquoi avoir donné une fortune pour financer un prix plutôt que de la garder ?
Parce que l'espace ne devait pas rester le monopole de trois agences gouvernementales. En 2004, notre famille a parrainé ce qui est devenu l'Ansari X Prize : dix millions de dollars promis à la première équipe privée capable d'envoyer un vaisseau réutilisable à cent kilomètres d'altitude, deux fois en deux semaines. L'idée n'était pas neuve — elle s'inspirait des grands prix d'aviation du début du XXe siècle, ceux qui avaient poussé un Lindbergh à traverser l'Atlantique. La même année, le SpaceShipOne de Scaled Composites l'a remporté. Dix millions offerts, mais des centaines de millions investis par les concurrents pour tenter leur chance : voilà le vrai levier. Trois ans plus tôt, Dennis Tito avait ouvert la brèche comme premier touriste ; nous, nous voulions élargir la porte pour tous ceux qui viendraient après.
L'espace ne devait pas rester le monopole de trois agences gouvernementales.
—Vous souvenez-vous du moment où vous êtes passée de remplaçante à passagère principale ?
Je m'étais entraînée six mois à la Cité des Étoiles, près de Moscou, en sachant que je n'étais peut-être qu'une doublure. Le titulaire, le Japonais Daisuke Enomoto, devait voler ; j'apprenais les simulateurs de Soyouz, les procédures de survie en cas d'amerrissage, l'art d'enfiler la combinaison Sokol sans se coincer un doigt — au cas où. Puis, quelques semaines avant le décollage, un problème médical l'a écarté. On m'a annoncé que la place était mienne. J'ai ressenti un vertige étrange : la joie folle, et aussitôt le poids de tout ce qui restait à maîtriser en si peu de temps. J'ai compris ce jour-là qu'il faut se préparer à fond aux rêves même quand on n'est que le second choix — parce que la vie, parfois, vous appelle sans prévenir.
Il faut se préparer à fond aux rêves même quand on n'est que le second choix.
—Que reste-t-il en vous du décollage depuis Baïkonour ?
Le 18 septembre 2006, sanglée dans le Soyouz TMA-9 au cosmodrome de Baïkonour, j'ai pensé à Gagarine, parti du même sol kazakh en 1961. On ne "monte" pas dans une fusée, on s'y couche, genoux repliés, comprimée dans la combinaison Sokol orange. Puis vient le grondement, cette poussée qui vous écrase la poitrine comme une main géante, et soudain le silence de l'apesanteur. Six mois d'entraînement m'avaient appris les gestes, mais rien ne prépare à cet instant où votre corps devient plume. J'avais glissé dans mes affaires un drapeau iranien, pour toutes les filles de Mashhad et d'ailleurs qui regardent le ciel en se croyant condamnées à rester au sol. Ce bout de tissu pesait plus lourd que toute la fusée.
On ne monte pas dans une fusée, on s'y couche, comprimée, et soudain le silence de l'apesanteur.

—On imagine le touriste spatial en simple passager émerveillé. À quoi ressemblaient vraiment vos journées à bord ?
Rien d'un séjour de villégiature. Le réveil sonnait à 6 heures UTC ; je m'extirpais d'un sac de couchage arrimé à la paroi pour ne pas dériver dans mon sommeil. La toilette se faisait à la lingette humide, la brosse à dents reliée à un mini-aspirateur, parce que l'eau, ici, se rassemble en sphères capricieuses qui filent où elles veulent. L'après-midi, je m'installais devant mes boîtes hermétiques pour manipuler des échantillons de cellules souches et mesurer les effets de la microgravité — un vrai programme scientifique, confié par la mission. Le soir, on réhydratait des soupes et des purées lyophilisées, et là, entre coéquipiers russes et américains, les barrières de langue fondaient au-dessus d'un sachet de nourriture. Ce n'était pas du tourisme : c'était huit jours de travail, de discipline et d'apprentissage permanent.
Ce n'était pas du tourisme : c'était huit jours de travail, de discipline et d'apprentissage permanent.
—Le mal de l'espace vous a rattrapée dès l'arrivée. Comment avez-vous tenu ?
Les premiers jours, mon corps s'est révolté. On appelle cela le mal de l'espace : la tête ne sait plus où est le haut, l'estomac proteste, tout tangue sans qu'il y ait de sol. Ironie savoureuse — une partie de mes expériences portait justement sur les maux des transports en apesanteur, si bien que je devenais mon propre cobaye. J'aurais pu m'octroyer du repos, personne ne me l'aurait reproché ; j'avais payé ma place. Mais j'avais promis d'accomplir l'intégralité du programme scientifique, et je m'y suis tenue, nausées comprises. Regarder défiler la Terre à 28 000 kilomètres à l'heure derrière le hublot suffisait à me remettre d'aplomb. On oublie vite son estomac quand on contemple un continent entier glisser sous ses pieds en quelques minutes.
Une partie de mes expériences portait sur le mal des transports — je devenais mon propre cobaye.

—Vous avez tenu un blog depuis l'orbite. Pourquoi était-ce important d'écrire là-haut ?
Parce que l'espace appartient à tout le monde, et que trop peu de gens le racontent avec des mots simples. Depuis l'ISS, sur un ordinateur portable relié par satellite, j'écrivais chaque jour en persan, français et anglais — trois langues pour toucher au plus large. Des millions d'internautes me lisaient presque en temps réel, ce qui n'avait jamais été fait par un civil. Je ne décrivais pas des équations : je racontais la sensation de flotter, le goût étrange des repas, l'émotion de voir le Sahara passer sous le hublot. Un soir, j'ai noté que, de là-haut, toutes les frontières disparaissent — pas de barrières, pas de conflits, seulement cette planète bleue que nous partageons. Ce blog était ma manière de ramener un peu de l'espace dans la cour de ceux qui, comme moi enfant, n'y auraient jamais cru.
De là-haut, toutes les frontières disparaissent — seulement cette planète bleue que nous partageons.
—Qu'espériez-vous laisser à ceux qui vous lisaient, et notamment aux jeunes filles ?
Une permission. La permission de rêver grand quand tout, autour de vous, murmure que ce n'est pas pour vous. J'ai raconté cela plus tard dans mon autobiographie, My Dream of Stars : l'enfant de Mashhad allongée dans la cour, à qui personne n'avait dit que les étoiles étaient interdites aux filles — ou plutôt à qui certains l'avaient dit, et qui n'a pas écouté. En emportant le drapeau iranien et en écrivant en persan depuis l'orbite, je voulais que chaque petite fille de la diaspora iranienne, et d'ailleurs, se dise : si elle l'a fait, pourquoi pas moi ? Les modèles ne se décrètent pas, ils se montrent. J'ai simplement voulu être la preuve vivante qu'un chemin existe, même quand il faut le tracer soi-même à travers l'exil et le doute.
Les modèles ne se décrètent pas, ils se montrent.
—Après un tel voyage, comment continue-t-on ? Que devient un rêve une fois réalisé ?
On en cherche un autre, forcément. À mon retour, en 2006, j'ai cofondé Prodea Systems, dans les services connectés pour le domicile et ce qu'on commençait à appeler l'Internet des objets. Passer de l'orbite aux réseaux domestiques peut sembler un grand écart, mais c'est le même moteur : relier les gens, rendre accessible ce qui semblait réservé à quelques-uns. Mon vol n'était pas un aboutissement, c'était une démonstration — la preuve que la porte de l'espace pouvait s'ouvrir au privé. Le mouvement qu'on nommera NewSpace, ces entreprises qui rêvent de nous emmener plus loin, s'est nourri de jalons comme l'Ansari X Prize. J'ai eu la chance de poser une pierre. Le vrai vertige, désormais, c'est d'imaginer tous ceux qui bâtiront par-dessus.
Mon vol n'était pas un aboutissement, c'était une démonstration.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Anousheh Ansari. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


