Interview imaginaire

Dialogue imaginaire entre Robert II le Pieux et Berthe de Bourgogne

par Charactorium · Berthe de Bourgogne (964 — 1010) · Politique · Société · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Berthe de Bourgogne
Wikimedia Commons, Public domain — Karl Jauslin

C'est dans une salle basse du palais d'Orléans, un soir de l'an 1001, que se retrouvent une dernière fois Robert II et Berthe de Bourgogne. Les cierges tremblent, l'odeur de la cire chaude se mêle à celle des tentures humides, et dehors les cloches sonnent complies. Ils s'aiment depuis leur mariage, quatre ans plus tôt, mais le roi vient d'apprendre qu'il devra la répudier pour ne pas perdre son âme et son royaume. Il l'interroge une dernière fois, non plus en souverain, mais en époux qui cherche à comprendre ce que le sang, le pape et la raison d'État ont brisé.

Berthe, avant que je ne te connaisse, tu régnais déjà sur Blois aux côtés d'Eudes. Que fus-tu dans ce comté rival du mien ?

J'étais fille de Conrad de Bourgogne, mon seigneur, et l'on ne m'a pas demandé mon avis quand on m'a menée à Blois, vers 985, épouser Eudes. Comprends bien ce que fut ce mariage : deux puissances du nord qu'on liait pour qu'elles cessent de s'entre-déchirer. J'y ai tenu la place d'une comtesse, gérant les fiefs, scellant les chartes, recevant les vassaux turbulents de mon époux. Ce comté que ta jeune dynastie redoutait, je l'ai habité comme on habite une frontière : toujours entre deux feux. Toi qui as tant lutté contre la maison de Blois, tu sais mieux que personne combien j'étais, moi aussi, une pièce sur l'échiquier.

On ne m'a pas demandé mon avis : j'étais une pièce sur l'échiquier des puissants.

Quand Eudes mourut, en 996, et que je te pris pour femme quelques mois plus tard, croyais-tu épouser un roi ou fuir ton veuvage ?

Je te répondrai franchement, puisque c'est toi. J'étais devenue comtesse douairière, un rang qui garde les revenus mais fige la vie d'une femme dans l'attente. Notre union renforçait les liens entre la Bourgogne et ta couronne — c'est ainsi qu'on la présenta aux grands du royaume. Mais je ne mentirai pas devant toi : il y eut aussi de l'affection, et peut-être de l'imprudence. Nous nous sommes hâtés, à peine Eudes enterré. J'ai voulu croire qu'être reine effacerait ce que le veuvage avait de gris. Je ne savais pas encore que ce même empressement fournirait aux évêques l'arme dont ils avaient besoin pour nous perdre.

J'ai voulu croire qu'être reine effacerait ce que le veuvage avait de gris.

Le pape Grégoire V réunit ce synode de Pavie en 997 pour nous condamner comme cousins. As-tu compris, ce jour-là, que tout était fini ?

Non, pas ce jour-là. Ils disaient que nous étions parents au quatrième degré, unis par le sang selon leur computation canonique, et que notre lit était donc incestueux aux yeux de Dieu. Mais toi, mon roi, tu as refusé de plier. Combien de fois t'ai-je vu revenir de la chapelle, le visage fermé, ayant chanté tes psaumes tout le jour, et me dire malgré tout que tu ne me chasserais pas ? J'ai cru que ta piété même te donnerait la force de leur tenir tête. La consanguinité — ce mot que je ne savais pas prononcer avant qu'il ne devienne notre condamnation — nous liait plus sûrement que nos vœux, mais dans le mauvais sens.

La consanguinité nous liait plus sûrement que nos vœux, mais dans le mauvais sens.

Ils m'ont excommunié pour t'avoir gardée, vers 998. Sais-tu ce que cela m'a coûté de rester malgré l'anathème ?

Je le sais, et c'est la blessure que je porterai toujours. L'excommunication n'est pas une menace de clerc : elle te privait des sacrements, elle pouvait délier tes sujets de leur serment, ébranler le trône même sous tes pieds. Un roi retranché de l'Église est un roi que ses grands peuvent abandonner. Et tu as supporté cela pour moi, toi le plus pieux des princes, toi qui assistais aux offices plusieurs fois le jour. Chaque messe dont on t'excluait était une plaie. Je voyais bien que tu te consumais entre ton amour et ta foi. Aucune femme ne devrait valoir qu'un homme risque son salut — et pourtant tu l'as fait.

Aucune femme ne devrait valoir qu'un homme risque son salut — et pourtant tu l'as fait.

Gerbert d'Aurillac, mon ancien maître, est devenu pape sous le nom de Sylvestre II. Croyais-tu qu'il nous épargnerait, lui qui m'a instruit ?

Je l'ai espéré, je l'avoue. Un homme qui t'avait enseigné les lettres et les nombres, comment pouvait-il te frapper ? Mais je comprends aujourd'hui que ce n'était pas affaire d'hommes. Rome ne cherchait pas seulement à défaire notre couche : elle voulait établir que le pape commande aux rois, que nulle union de prince n'échappe au droit canon. Notre mariage était un exemple qu'il fallait briser pour l'édification de tous. Gerbert, tout notre ami qu'il fût, a maintenu la pression parce qu'un pape ne peut céder sans s'affaiblir. Nous n'étions pas deux amants qu'on jugeait — nous étions le champ de bataille où l'Église prouvait sa force nouvelle.

Nous n'étions pas deux amants qu'on jugeait, mais le champ où l'Église prouvait sa force.
The Parting of King Robert and Berthalabel QS:Len,"The Parting of King Robert and Bertha"label QS:Lfr,"La Répudiation de la reine Berthe"
The Parting of King Robert and Berthalabel QS:Len,"The Parting of King Robert and Bertha"label QS:Lfr,"La Répudiation de la reine Berthe"Wikimedia Commons, Public domain — Jean-Paul Laurens

On parle beaucoup d'une réforme qui veut soumettre les princes à Rome. Toi qui as gouverné des terres, comprends-tu ce qu'ils veulent vraiment ?

Je le comprends mieux qu'ils ne le croient, mon seigneur. L'Église a peur, au fond. Elle voit les grandes maisons se marier entre elles, entasser les fiefs, concentrer les terres et le pouvoir, et elle a compris que le mariage est notre arme la plus tranchante. En interdisant les unions jusqu'au septième degré de parenté, elle nous tient tous : car qui, parmi la haute noblesse, n'est cousin de qui il épouse ? Ce mouvement de réforme veut placer la crosse au-dessus de la couronne. Nous, tu le vois, avons servi de démonstration. Là où toi tu voyais une épouse, eux voyaient un précédent à graver dans le droit de toute la chrétienté.

Là où tu voyais une épouse, eux voyaient un précédent à graver dans le droit.

Nos matins commençaient ensemble aux matines, avant même le jour. Que garderas-tu de nos heures à la cour, une fois que je t'aurai perdue ?

Je garderai l'aube, Robert. Tu te levais avant tous pour la chapelle, et je te suivais dans le froid des grandes salles mal chauffées, où l'on grelottait sous les fourrures. Je me souviens de ta voix chantant les psaumes, plus juste que celle de tes chapelains. Ensuite venaient mes dames, la toilette lente, le voile brodé d'or, le bliaut de soie qu'on rapportait de Byzance. L'après-midi, je gouvernais mes ateliers de broderie et mes intendants ; le soir, nous coprésidions le repas, la venaison les jours gras, le poisson les jours de jeûne que tu multipliais. Une vie réglée comme un office. C'est cette paix quotidienne, plus que la couronne, que l'on m'arrache.

C'est cette paix quotidienne, plus que la couronne, que l'on m'arrache.
La Séparation de Berthe et de Robert le Pieux
La Séparation de Berthe et de Robert le PieuxWikimedia Commons, Public domain — Jean-Paul Laurens

On me dit pieux à l'excès. Ma dévotion t'a-t-elle pesé, dans l'intimité de nos jours à Paris et ici ?

Pesé ? Non, elle m'a d'abord rassurée. Un roi qui prie tant, pensais-je, saura protéger ce qu'il aime au nom de Dieu. J'ai partagé tes psautiers enluminés, tes reliquaires, tes vêpres et tes complies. J'ai jeûné avec toi quand la table renonçait à la viande. Mais je te dirai ce que je n'aurais dit à nul autre : ta piété fut à la fois notre refuge et notre perte. Car un prince si dévot ne pouvait, à la fin, désobéir à l'Église sans se déchirer lui-même. Ceux qui te voyaient chanter aux offices savaient que tu finirais par te soumettre. Ta foi t'a rendu incapable de me garder contre Dieu.

Ta piété fut à la fois notre refuge et notre perte.

Demain, quand tu quitteras cette cour, que deviendras-tu ? Je crains, Berthe, qu'on ne t'oublie tout à fait.

Ta crainte est juste, et je l'ai déjà acceptée. Une reine répudiée ne retrouve pas son rang ; elle rentre dans l'ombre d'où l'on ne sort plus. Les chroniqueurs qui écrivent ton règne noteront à peine mon nom, une ligne peut-être, entre deux affaires du royaume. On dira que Robert le Pieux eut une épouse consanguine, et l'on passera. Je retournerai à mes donations pieuses, à quelque abbaye de Touraine ou de Blois, pour le salut de mon âme, puisque c'est tout ce qui reste aux femmes qu'on écarte. Ne te tourmente pas pour ma mémoire : le destin d'une femme noble n'a jamais été de durer dans les récits, mais de servir aux alliances.

Une reine répudiée ne retrouve pas son rang ; elle rentre dans l'ombre d'où l'on ne sort plus.

Les grands me pressent de prendre une autre femme pour assurer ma descendance. Comment veux-tu que je vive après t'avoir chassée ?

Tu vivras comme vivent les rois : en pliant ta douleur au bien du royaume. Ils te trouveront une épouse qui te donnera des fils, des héritiers pour ta couronne, et le trône capétien s'affermira sur ma disparition. Ne t'en défends pas, Robert : c'est l'ordre des choses, celui-là même qui m'a menée à toi puis m'en arrache. Prie pour moi, si tu veux m'être fidèle encore — c'est la seule fidélité qui te soit désormais permise. Et quand tu chanteras tes psaumes à l'aube, dans le froid que nous connaissions ensemble, souviens-toi qu'une femme t'a aimé assez pour te rendre à Dieu et à ton devoir sans un reproche.

Prie pour moi, si tu veux m'être fidèle encore : c'est la seule fidélité qui te soit permise.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Berthe de Bourgogne. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.