Interview imaginaire avec Ci'an
par Charactorium · Ci'an (1837 — 1881) · Politique · 6 min de lecture

Fin de l'année 1880, dans le palais Zhongcui de la Cité interdite. Derrière une tenture de soie jaune, une femme de quarante-trois ans reçoit son visiteur — chose rare, car l'impératrice douairière de l'Est ne montre jamais son visage aux étrangers. Un chapelet d'ambre glisse entre ses doigts tandis qu'au-dehors tombe la première neige de Pékin ; elle a accepté, pour une fois, de parler à voix découverte.
—Vous souvenez-vous de la nuit où les huit régents ont été renversés ?
L'automne 1861 sentait encore la fumée du Palais d'Été que les Barbares avaient incendié un an plus tôt. Mon époux venait de s'éteindre à Chengde, et huit ministres se croyaient déjà maîtres de l'empire au nom d'un enfant. Nous avons attendu le cortège funèbre pour agir : sur la route qui ramenait le cercueil vers la capitale, avec le prince Gong et ma co-régente, nous avons fait arrêter ces hommes qui avaient trahi la volonté du défunt souverain. Je n'avais nul goût pour la ruse, mais abandonner le trône à des usurpateurs eût été une faute plus grave que la ruse elle-même. On a nommé cela la révolte de l'année Xinyou. Moi, je l'ai vécue comme un devoir rendu à la mémoire de mon époux.
Abandonner le trône à des usurpateurs eût été une faute plus grave que la ruse elle-même.
—Comment le pouvoir s'est-il réparti entre vous, Ci Xi et le prince Gong dans les jours qui suivirent ?
Un décret fut promulgué au nom du jeune Tongzhi : les huit régents avaient trahi la confiance impériale, ils seraient jugés, et la régence reviendrait aux deux impératrices douairières. Le prince Gong reçut la charge des légations étrangères et du Grand Conseil, car il fallait un homme pour traiter avec les puissances d'Occident. Ci Xi avait l'esprit vif et la parole prompte ; moi, je tenais le rang et la mémoire des lois léguées par les ancêtres. On nous a dites rivales : nous fûmes d'abord complices. Ce partage n'était écrit nulle part, il tenait à un équilibre fragile de sceaux et de préséances. Chacune de nous détenait un sceau sans lequel nul édit ne pouvait être scellé — c'est là, bien plus que dans les discours, que résidait le gouvernement réel de l'empire.
—Que s'est-il réellement passé, en 1869, avec l'eunuque An Dehai ?
An Dehai était le favori de ma co-régente, un taijian enflé de sa propre importance. Une loi de nos ancêtres interdisait aux eunuques de quitter la capitale sans autorisation impériale — une loi vieille de deux siècles, faite précisément pour qu'aucun d'eux ne devînt trop puissant. Il l'a enfreinte au grand jour, paradant hors de Pékin comme un prince. J'ai saisi l'occasion. J'ai ordonné son arrestation, puis son exécution, avant même que Ci Xi n'eût le temps d'intercéder. Ce ne fut pas cruauté : un eunuque qui se croit au-dessus des règles dynastiques est une brèche dans le mur qui protège le trône. On me disait douce en 1869 ; j'ai voulu qu'on sût que la douceur n'est pas la faiblesse.
On me disait douce ; j'ai voulu qu'on sût que la douceur n'est pas la faiblesse.
—Pourquoi teniez-vous tant à ce qu'on distingue la douceur de la faiblesse ?
Parce qu'une femme qui gouverne derrière un rideau est toujours soupçonnée d'être une ombre, une potiche de soie. Les fonctionnaires confucéens m'estimaient pour ma piété et pour les aumônes que je faisais distribuer aux pauvres de Pékin lors des grandes fêtes ; ils y voyaient la vertu impériale faite femme. Mais une vertu qui ne sait pas punir n'est qu'une vertu de façade. Devant les tablettes de mon époux Xianfeng, chaque matin, je me rappelais que je ne régnais pas en mon nom, mais au nom des morts, et que les morts avaient laissé des lois. Les faire respecter, fût-ce contre le favori de ma propre co-régente, ce n'était pas de la dureté : c'était de la fidélité. La douceur choisit ses moments ; elle n'abdique jamais le devoir.
—Comment gouvernait-on, concrètement, assise derrière un rideau de soie ?
Le système portait un nom : chuilian tingzheng, gouverner derrière le rideau. Une tenture de soie jaune nous séparait des ministres, car les convenances interdisaient qu'ils vissent le visage d'une impératrice. Ils s'agenouillaient, présentaient leurs mémoriaux à voix haute, et de l'autre côté du voile nous rendions nos décisions selon les lois des ancêtres. Cela paraît une contrainte ; ce fut une liberté. Nul ne lisait sur mes traits l'hésitation ou la colère. Ma parole seule comptait, et le sceau de jade qui la scellait — sans son empreinte, aucun édit n'existait, et un morceau de pierre décidait du sort des provinces. J'ai passé quatorze années dans cette pénombre dorée de la Cité interdite, à écouter l'empire me parler à travers une étoffe.
J'ai passé quatorze années dans cette pénombre dorée, à écouter l'empire me parler à travers une étoffe.
—Que faisiez-vous des mémoriaux qui vous parvenaient chaque jour ?
Les zouzhe arrivaient pliés en accordéon, rédigés sur un papier réservé, portant la voix de gouverneurs installés aux confins de l'empire. L'après-midi, derrière le rideau, on nous les lisait : une inondation dans le Sud, une nomination à confirmer, une légation étrangère qui réclamait son dû. Il fallait annoter, approuver, ou renvoyer l'affaire au Grand Conseil et au prince Gong. Les annales — le Qing Shilu — rapportent que nous tranchions selon les règles léguées par les ancêtres ; c'est exact, mais elles taisent le poids d'une seule signature quand des millions de vies en dépendent. En 1876, lorsque la famine ravagea le Nord, j'ai compris que nos annotations, tracées dans le calme d'un palais, étaient parfois du pain ou de la mort pour des villages entiers.
—Vous vous leviez bien avant l'aube. Que représentaient ces heures de prière ?
Je me levais avant l'aurore, quand la Cité interdite dormait encore dans le froid. Dans une petite salle de méditation de mon palais Zhongcui, j'égrenais mon chapelet — cent huit perles de jade et d'ambre — en récitant les prières du Bouddha avant même que le premier eunuque n'apportât le thé. Ces heures n'étaient pas une fuite hors du gouvernement : elles en étaient le socle. Comment trancher du sort des hommes si l'on n'a pas d'abord fait taire en soi la colère et l'orgueil ? Ma co-régente aimait l'opéra, les parures, l'éclat ; moi, je trouvais dans le silence de ces perles une clarté que nul mémorial ne m'offrait. On raillait peut-être ma dévotion. Elle était ma façon de rester droite dans un palais où tout invite à la ruse.
Comment trancher du sort des hommes si l'on n'a pas d'abord fait taire en soi la colère et l'orgueil ?
—On vous oppose sans cesse à Ci Xi. Comment viviez-vous cette différence ?
On nous a peintes comme le jour et la nuit : elle ambitieuse et mondaine, moi effacée et pieuse. C'est un portrait trop commode. Il est vrai que, lors des grandes fêtes religieuses, je faisais distribuer des aumônes aux pauvres de Pékin, et que les jours de jeûne je m'abstenais de toute viande — mon office impérial servait alors les plats végétariens que ma foi commandait, quand les tables ordinaires croulaient sous le canard laqué et les nids d'hirondelles. Mais je n'étais pas une sainte, et Ci Xi n'était pas un démon. Nous étions deux femmes jetées ensemble dans un pouvoir que nul ne nous avait appris à porter. Ma piété n'était pas un reproche adressé à la sienne : c'était l'armature qui me tenait debout, là où elle, elle puisait sa force ailleurs.
—On murmure que l'empereur Xianfeng vous aurait confié un décret secret. Qu'en est-il vraiment ?
On le raconte, oui — je ne confirmerai ni ne démentirai. La tradition veut que mon époux Xianfeng, peu avant de s'éteindre à Chengde, m'ait remis un décret m'autorisant à châtier ma co-régente si jamais elle désobéissait aux lois impériales. Supposons que ce papier ait existé. Il n'aurait pas été une arme, mais une digue : une garantie silencieuse, gardée pliée, jamais brandie. Le pouvoir qu'on montre est déjà à demi perdu ; celui qu'on garde en réserve pèse davantage. Et si un jour j'ai livré ce décret aux flammes, comme certains le murmurent, ce fut par préférence pour l'harmonie plutôt que pour l'affrontement. Entre deux femmes condamnées à régner ensemble, mieux valait la confiance offerte que la menace conservée. Voilà, du moins, ce que ferait une impératrice sage.
Le pouvoir qu'on montre est déjà à demi perdu ; celui qu'on garde en réserve pèse davantage.
—Vous sentez-vous seule à pouvoir encore tenir tête à Ci Xi ?
Peut-être. Les courtisans le chuchotent : tant que je siège derrière ce rideau, l'empire garde deux voix, et l'une peut tempérer l'autre. Cela fait de moi une gêne pour qui rêverait de régner seule. Je ne m'en plains pas ; je connais la fragilité des puissants. On prépare déjà mon mausolée dans les tombeaux de l'Est, à Zunhua, comme on prépare celui de toute impératrice — un rappel que la régence elle-même a un terme. Si demain je m'éteignais sans prévenir, moi qui me porte bien, les langues iraient bon train, et l'on chercherait des poisons là où il n'y a peut-être que le destin des mortels. Je préfère ne pas y songer. Je préfère mes perles d'ambre et le devoir du jour. Un empire ne se gouverne pas dans la crainte de sa propre fin.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Ci'an. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


