Biographie

Impératrice douairière de Chine sous la dynastie Qing, Ci'an exerça une régence conjointe avec Ci Xi après la mort de l'empereur Xianfeng en 1861. Réputée pour sa piété et sa douceur, elle fut longtemps éclipsée par la plus ambitieuse Ci Xi dans les récits historiques.

Ci'an(1837 — 1881)

Ci'an

dynastie Qing

8 min de lecture

PolitiqueXIXe siècleChine impériale de la fin des Qing, XIX e siècle, période de tensions internes et de pressions occidentales croissantes

Questions fréquentes

Pour comprendre Ci'an, il faut imaginer une femme placée au sommet de l'empire chinois à un moment critique. Elle était l'impératrice douairière, co-régente avec Ci Xi après la mort de son époux Xianfeng en 1861. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle incarnait la légitimité dynastique et la piété confucéenne, tandis que Ci Xi était plus ambitieuse. Moins une dirigeante effacée qu'une garante des règles, elle participa activement au gouvernement derrière le rideau, supervisant les audiences et validant les nominations.

Faits marquants

  • Née en 1837, elle devient impératrice consort de l'empereur Xianfeng
  • En 1861, après la mort de Xianfeng, elle devient co-régente aux côtés de Ci Xi pour le jeune empereur Tongzhi
  • Elle participe au coup d'État de Xinyou (1861) qui écarte les régents conservateurs
  • Contrairement à Ci Xi, elle reste peu interventionniste dans les affaires politiques quotidiennes
  • Elle décède en 1881 dans des circonstances restées obscures, laissant Ci Xi seule au pouvoir

Œuvres & réalisations

Co-organisation du coup d'État de Xinyou (Novembre 1861)

Avec Ci Xi et le prince Gong, Ci'an renversa les huit régents désignés par l'emperor Xianfeng, établissant la double régence qui allait gouverner la Chine pendant deux décennies. Cet acte politique fut l'un des plus décisifs de l'histoire tardive des Qing.

Co-régence de l'ère Tongzhi (1861–1875)

Pendant quatorze ans, Ci'an participa activement au gouvernement de l'empire en supervisant les audiences, en validant les nominations des hauts fonctionnaires et en contribuant aux décisions de politique étrangère face aux pressions croissantes des puissances occidentales.

Exécution d'An Dehai — affirmation de l'autorité impériale (1869)

En ordonnant l'exécution du puissant eunuque sans que Ci Xi pût s'y opposer, Ci'an rappela que les règles dynastiques primaient sur les faveurs personnelles. Cet acte préserva l'intégrité des institutions de la cour et démontra qu'elle n'était pas une simple figure de façade.

Co-régence de l'ère Guangxu (1875–1881)

Après la mort prématurée de Tongzhi, Ci'an contribua à la désignation du jeune Guangxu comme successeur et reprit la régence aux côtés de Ci Xi. Cette période vit la Chine confrontée à de nouvelles crises diplomatiques et aux premières pressions réformistes internes.

Anecdotes

En 1869, l'eunuque An Dehai, favori de l'impératrice Ci Xi, quitta illégalement Pékin pour une mission personnelle, violant l'interdiction séculaire faite aux eunuques de cour de sortir de la capitale sans autorisation impériale. Ci'an saisit l'occasion pour affirmer son autorité : elle fit arrêter An Dehai et ordonna son exécution immédiate, sans que Ci Xi pût intervenir. Cet acte révèle que Ci'an, malgré sa réputation de douceur, savait exercer le pouvoir avec fermeté quand les règles dynastiques étaient en jeu.

Selon une tradition rapportée par des sources de la cour, l'emperor Xianfeng aurait remis à Ci'an, peu avant sa mort en 1861, un décret secret l'autorisant à exécuter Ci Xi si celle-ci venait à désobéir aux lois impériales. Ci'an aurait conservé ce document pendant des années comme une garantie silencieuse, avant de le brûler symboliquement, geste qui illustre sa préférence pour l'harmonie plutôt que la confrontation directe.

Le 8 avril 1881, la cour fut stupéfaite d'apprendre la mort soudaine de Ci'an. Quelques jours auparavant, elle semblait en parfaite santé. Sa disparition brutale à quarante-quatre ans alimenta immédiatement des rumeurs de poison, certains courtisans soupçonnant Ci Xi d'avoir voulu éliminer la seule femme capable de lui résister. Aucune preuve formelle n'a cependant jamais été établie.

Lors du coup d'État de 1861, dit « révolte de l'année Xinyou », Ci'an et Ci Xi agirent de concert avec le prince Gong pour renverser les huit régents désignés par l'emperor Xianfeng sur son lit de mort. Ce fut l'un des rares moments où les deux impératrices douairières s'unirent pleinement : elles firent arrêter les régents et assumèrent conjointement la régence au nom du jeune emperor Tongzhi.

Contrairement à Ci Xi, réputée ambitieuse et mondaine, Ci'an était profondément dévote. Elle consacrait une partie importante de ses journées à la prière bouddhiste et faisait distribuer des aumônes aux pauvres de Pékin lors des grandes fêtes religieuses. Cette piété lui valut le respect durable des fonctionnaires confucéens qui voyaient en elle le modèle de la vertu impériale.

Sources primaires

Qing Shilu (Véritables annales de la dynastie Qing) — règne de Tongzhi (1862-1875)
Les deux impératrices douairières, siégeant derrière le rideau, ont reçu les mémoriaux des ministres et rendu les décisions en conformité avec les règles établies par les ancêtres impériaux.
Décret impérial annonçant la destitution des huit régents (Novembre 1861)
Les huit ministres-régents ont trahi la confiance impériale et agi contrairement aux volontés du défunt souverain. Qu'ils soient arrêtés et jugés. La régence est désormais confiée aux deux impératrices douairières.
Rapport de Robert Hart, Inspecteur général des douanes impériales chinoises (Avril 1881)
La mort de l'impératrice douairière orientale a surpris tout le monde à Pékin. Elle n'avait manifesté aucun signe de maladie grave les jours précédents. Son décès laisse l'impératrice occidentale seule maîtresse de la régence.
Mémorial du Grand Conseil — Règlement de la succession après la mort de l'emperor Tongzhi (Janvier 1875)
Les deux impératrices douairières, après délibération avec les princes du sang, ont désigné Zaitian, fils du prince Chun, pour monter sur le trône sous le nom de règne Guangxu, conformément aux lois dynastiques.

Lieux clés

Cité interdite (故宫), Pékin

Résidence officielle de Ci'an pendant toute sa vie à la cour, elle y occupait le palais Zhongcui (钟粹宫). C'est depuis la Cité interdite qu'elle exerça sa co-régence, recevant derrière un rideau de soie les ministres venus présenter leurs mémoriaux.

Palais de montagne de Chengde (承德避暑山庄)

C'est dans cette résidence d'été impériale que l'emperor Xianfeng mourut en 1861, déclenchant la crise de succession. Le coup d'État qui allait transformer la gouvernance de la Chine fut ourdi et en partie exécuté depuis ce palais.

Tombeaux impériaux de l'Est des Qing (清东陵), Zunhua

Ci'an fut inhumée dans ce grand complexe funéraire du Hebei, dans le mausolée Pu Xiang Yu (普祥峪定东陵). Son tombeau, d'une grande richesse décorative, fut malheureusement pillé par des soldats au début du XX e siècle.

Palais d'Été (颐和园), Pékin

Lieu de villégiature de la cour impériale que Ci'an fréquentait aux côtés de Ci Xi, notamment après sa reconstruction partielle dans les années 1870. Les deux impératrices y organisaient parfois des audiences dans un cadre moins formel qu'à la Cité interdite.

Voir aussi