Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Emmanuel Kant

par Charactorium · Emmanuel Kant (1724 — 1804) · Philosophie · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Königsberg, un après-midi gris de l'an 1798. Le philosophe vient de rentrer de sa promenade, la canne encore à la main, et nous reçoit dans son cabinet tapissé de livres où l'encrier attend. La conversation s'engage tandis que le thé refroidit.

Comment expliquez-vous cette discipline qui règle chacune de vos journées presque à la minute ?

Vous arrivez à l'instant juste : trois heures et demie sonnaient à peine que je reposais déjà ma canne au pied de l'allée. Mon domestique Lampe sait qu'à 15h30 je quitte mon bureau, quelle que soit la saison, pour longer la Pregel sous les tilleuls. On me rapporte que les bourgeois de Königsberg règlent leurs montres sur mon passage ; je n'en demandais pas tant, mais l'habitude est devenue chez moi une seconde nature. Je marche seul, et toujours en respirant par le nez, car je tiens qu'un air pris par la bouche refroidit la poitrine. Ma montre de gousset, mes allers-retours comptés, mon silence : ce ne sont pas des manies, croyez-moi, mais l'architecture qui permet à l'esprit de bâtir tranquillement, sans que le corps vienne à chaque instant réclamer son dû.

Ce ne sont pas des manies, mais l'architecture qui permet à l'esprit de bâtir.

Vous souvenez-vous d'un jour où cette promenade immuable a été interrompue ?

Une seule fois, et je le confesse sans honte. On venait de me remettre l'Émile de Rousseau, et je me suis assis pour en parcourir quelques pages avant de sortir. Quelques pages ! L'heure de la promenade passa, puis une autre, et je ne m'en aperçus point. Cet homme de Genève m'a fait l'effet qu'un astre nouveau fait à l'astronome : il a redressé mon regard. J'avais cru jusque-là que la dignité d'un homme tenait à l'étendue de son savoir ; il m'a appris qu'elle tient à la volonté droite du plus humble des artisans. Ma table de travail garde son portrait, le seul ornement que je me sois permis dans une pièce par ailleurs nue. Ce jour-là, Königsberg n'a pas pu régler sa montre sur moi, et je crois que ce désordre valait mieux que tous mes ordres.

Cet homme de Genève m'a fait l'effet qu'un astre nouveau fait à l'astronome.

En 1784, on vous demande dans une revue ce que sont au juste les Lumières. Quelle réponse avez-vous voulu donner ?

La plus brève que je pouvais, car la question méritait une formule plutôt qu'un traité. J'ai écrit que les Lumières sont la sortie de l'homme hors de l'état de minorité dont il est lui-même responsable, cette minorité étant l'incapacité de se servir de son entendement sans la direction d'autrui. Et j'ai osé le mot d'ordre : Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Comprenez bien que je n'accuse pas la nature : elle nous a depuis longtemps affranchis. C'est la paresse et la lâcheté qui retiennent tant d'hommes sous tutelle, trop heureux qu'un livre tienne lieu de raison, qu'un directeur tienne lieu de conscience. L'Aufklärung n'est pas un savoir de plus à recevoir ; c'est une résolution à prendre, et elle ne coûte rien qu'un peu de courage.

L'Aufklärung n'est pas un savoir de plus à recevoir ; c'est une résolution à prendre.

Pourquoi tenez-vous tant à ce que chacun pense par lui-même, plutôt que de s'en remettre aux sages et aux autorités ?

Parce que la tutelle, une fois confortable, devient une chaîne qu'on ne sent plus. J'ai connu trop d'esprits qui répétaient leurs maîtres comme l'écolier sa leçon, sans jamais éprouver si la chose était vraie. Or penser par soi-même ne signifie pas tout inventer seul dans son coin — un homme ne saurait y suffire — mais soumettre chaque opinion reçue au tribunal de sa propre raison avant de l'admettre. C'est l'esprit même de ce que j'appelle le criticisme : avant de prétendre connaître, examiner d'abord ce que l'entendement peut et ne peut pas. La liberté qu'il faut pour cela est la plus inoffensive de toutes : faire de sa raison un usage public, par l'écrit, devant le monde lettré. Ôtez cette liberté, et vous aurez des sujets dociles ; accordez-la, et vous formerez peu à peu des hommes.

La tutelle, une fois confortable, devient une chaîne qu'on ne sent plus.

Au cœur de votre morale se trouve l'impératif catégorique. Comment le formuleriez-vous pour qu'un esprit simple le saisisse ?

Je l'ai voulu si dépouillé qu'un enfant peut le porter dans sa poche. Dans mes Fondements de la métaphysique des mœurs, en 1785, je l'ai écrit ainsi : agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle. Voyez l'épreuve qu'il propose. Vous êtes tenté de mentir pour vous tirer d'embarras ? Demandez-vous si vous pourriez vouloir que le mensonge devînt la règle de tous : vous verrez aussitôt que la promesse même s'effondrerait, et la parole avec elle. La maxime se contredit, donc elle est mauvaise. Je ne vous donne pas une liste de défenses, comme un catéchisme ; je vous remets une balance que vous portez déjà en vous. Le devoir n'est pas une voix qui descend du ciel : c'est une cohérence que la raison exige d'elle-même.

Le devoir n'est pas une voix qui descend du ciel : c'est une cohérence que la raison exige d'elle-même.
Bust of Emmanuel Kant
Bust of Emmanuel KantWikimedia Commons, CC0 — Emmanuel Fromm

Qu'est-ce qui, dans le monde, suscite encore en vous le plus grand émerveillement ?

Deux choses, et je les ai placées côte à côte à la fin de ma seconde Critique, celle de la raison pratique, en 1788 : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi. Voyez la symétrie. Quand je lève les yeux vers la voûte des nuits — moi qui, jeune homme, ai écrit toute une Histoire naturelle du ciel —, je me sens réduit à un point dans l'immensité, une poussière qui dure un instant. Mais quand je rentre en moi-même et que j'y trouve cette loi qui m'ordonne sans condition, je me sens infiniment relevé. L'astronomie m'écrase ; la conscience me redresse. C'est là tout l'homme : un grain perdu dans l'espace, et pourtant porteur d'une dignité que les étoiles n'ont pas. Cette double admiration ne m'a jamais quitté, et elle grandit, je vous l'assure, à mesure que j'y reviens.

On dit que vous n'avez jamais quitté les environs de votre ville. Comment avez-vous pu enseigner la géographie du monde entier ?

Le reproche m'amuse, car mes étudiants me croyaient grand voyageur ! La vérité est que je ne me suis jamais éloigné de Königsberg de plus de quelques lieues, et je ne m'en porte pas plus mal. Mais j'ai lu, monsieur, tout ce qui se publiait : les relations des navigateurs, les récits des marchands de passage par notre port, les mémoires des académies. J'ai donné pendant des décennies un cours de géographie physique où je décrivais les courants, les volcans, les mœurs de peuples que je ne verrais jamais. Le port faisait venir le monde jusqu'à moi ; je n'avais qu'à tendre l'oreille et à ordonner ce qui m'arrivait. On peut faire le tour de la terre sans bouger de sa chaise, pourvu qu'on sache lire et qu'on ait l'imagination réglée par la méthode.

On peut faire le tour de la terre sans bouger de sa chaise, pourvu qu'on sache lire.
Immanuel Kant
Immanuel KantWikimedia Commons, Public domain — Gottlieb Doebler

Avant la philosophie, vous vous êtes intéressé aux astres et à la naissance du monde. Que cherchiez-vous dans le ciel ?

À comprendre comment l'ordre naît du désordre par les seules lois de la nature. En 1755, jeune et sans réputation, j'ai publié mon Histoire naturelle universelle et théorie du ciel. J'y avançais que notre système solaire ne fut pas posé tout fait par une main, mais qu'il s'est formé peu à peu à partir d'une nébuleuse, la matière se rassemblant d'elle-même selon l'attraction et la répulsion. On a depuis nommé cette idée d'un nom qui me lie à monsieur de Laplace. Ma longue-vue n'était pas un grand instrument, mais elle suffisait à rêver. Comprenez que je ne retirais rien à Dieu en confiant à la nature le soin de s'ordonner : au contraire, quelle plus haute idée du Créateur que de le concevoir donnant des lois capables d'engendrer des mondes ? Le cosmos m'a appris la patience avant que la morale ne m'enseigne la rigueur.

En 1793, votre livre sur la religion vous a valu un sévère rappel à l'ordre du roi. Comment avez-vous traversé cette épreuve ?

Avec prudence, mais sans reniement. J'avais publié La Religion dans les limites de la simple raison, où je soutenais que la vraie foi se mesure à la conduite morale, non aux dogmes. Cela déplut fort à Frédéric-Guillaume II, bien différent de son oncle Frédéric le Grand, sous le despotisme éclairé duquel j'avais pu écrire librement. On me fit savoir que je devais me taire sur ces matières. J'ai répondu que je tairais mes opinions, car un sujet doit l'obéissance — mais je me suis bien gardé de les désavouer, car on n'a pas le droit de mentir contre sa conscience. La nuance vous paraît mince ? Elle est tout. Tant que le roi vécut, je tins parole ; à sa mort, je me jugeai délié. Le courage de penser, voyez-vous, sait aussi attendre son heure sans plier l'échine au-dedans.

Dans vos dernières années, vous avez imaginé une paix durable entre les nations. Cette espérance était-elle raisonnable, ou un rêve de vieillard ?

Un rêve, m'a-t-on dit, et l'enseigne d'une auberge hollandaise montrait justement un cimetière pour figurer la seule paix perpétuelle — celle des morts. J'ai retourné l'ironie : en 1795, dans mon Projet de paix perpétuelle, j'ai proposé que les États libres forment entre eux une fédération, renonçant à se faire justice par les armes comme les hommes y ont renoncé en entrant dans la cité. J'y joignais un droit que je nomme cosmopolitique : tout étranger qui aborde une terre a droit non à l'hospitalité entière, mais au moins à n'être pas traité en ennemi. On me trouve naïf. Pourtant le commerce lie déjà les peuples mieux que les traités, et ce qui est un devoir ne saurait être impossible. Je ne verrai pas ce jour ; mais la raison, qui ne se presse jamais, finira par l'imposer aux hommes comme elle leur impose la loi morale.

Ce qui est un devoir ne saurait être impossible.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Emmanuel Kant. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.