Interview imaginaire avec Fatima Zahra
par Charactorium · Fatima Zahra (604 — 632) · Spiritualité · 6 min de lecture

Nous la rencontrons dans sa modeste maison de terre crue et de palmes, attenante à la mosquée du Prophète à Médine, un soir après la dernière prière. Près du seuil reposent la meule à grain et les jarres d'eau du foyer ; elle nous reçoit avec la simplicité qu'on lui connaît, entre deux tâches de la maisonnée.
—Comment décririez-vous le lien qui vous unissait à votre père ?
Mon père se levait pour moi. Quand j'entrais chez lui, il quittait sa place et me faisait asseoir où il était assis lui-même — un geste que peu de filles de La Mecque ou de Médine connaissaient de leur père. On rapporte de lui qu'il disait : « Fatima est une partie de moi ; ce qui la met en colère me met en colère. » Je crois qu'il voulait dire par là que nous ne faisions qu'un dans la peine comme dans la joie, depuis les jours difficiles après la mort de ma mère Khadija, jusqu'aux années de Médine. Il ne me traitait pas comme une enfant qu'on protège de loin, mais comme quelqu'un dont il guettait le pas dans la maison. Ce lien-là, je ne saurais l'expliquer autrement que par la tendresse d'un père qui portait, en plus de sa charge de prophète, celle d'un veuf élevant ses filles.
—D'où vient le nom qu'on vous donne, az-Zahra ?
On m'appelle az-Zahra, la rayonnante, et aussi al-Batul, celle qui s'est vouée à la pureté. Je n'ai pas choisi ces noms moi-même — ils me sont venus des miens, comme un vêtement qu'on tisse autour de quelqu'un sans lui demander son avis. Je pense qu'ils disent moins ce que j'étais que ce que ma famille voyait en moi : une fille qui priait longuement, qui donnait ce qu'elle avait aux pauvres de Médine, qui ne cherchait pas à briller devant les hommes de pouvoir. Si je devais choisir un mot pour moi-même, ce serait plus simple que ces titres : servante, de mon père d'abord, puis de mon époux et de mes fils. Mais je ne renie pas la rayonnance qu'on me prête, si elle vient de la lumière de la prière plutôt que de la mienne propre.
Je ne cherchais pas à briller devant les hommes de pouvoir.
—Racontez-nous votre mariage avec Ali ibn Abi Talib.
Mon mariage avec Ali ibn Abi Talib, le cousin de mon père, ne fut pas un mariage de richesse. Ali n'avait presque rien à offrir comme mahr — la dot que l'époux doit remettre à l'épouse — sinon sa cotte de mailles, qu'il dut vendre pour réunir de quoi m'épouser. Cela se passait à Médine, quelques années après l'Hégire, dans les temps où notre communauté vivait encore de peu. Je n'ai jamais considéré cela comme un manque. Ce jour-là, ce qui comptait n'était pas ce qu'on posait devant moi mais l'homme qui se tenait à mes côtés, celui en qui mon père avait toute confiance pour porter, après lui, le poids de notre famille et de nos convictions.
—Le mahr, la dot, semblait bien maigre pour la fille du Prophète. Cela vous a-t-il pesé ?
Cela ne m'a jamais pesé, non. J'ai grandi dans une maison où l'on donnait plus qu'on ne gardait — ma mère Khadija avait mis sa fortune entière au service de mon père avant même que je ne naisse. Vendre une cotte de mailles pour un mahr modeste ne me semblait pas une pauvreté mais une cohérence : nous ne prétendions pas être ce que nous n'étions pas. Je sais que certains, plus tard, s'étonneront qu'on ait marié la fille du Prophète pour si peu. Je leur répondrai, si je pouvais leur parler, que la richesse d'un foyer ne se compte pas aux objets qu'on y apporte le premier jour, mais à ce qu'on y bâtit ensuite, prière après prière, enfant après enfant.
—À quoi ressemblait une journée ordinaire dans votre maison de Médine ?
Une journée chez nous commençait avant l'aube, avec la prière. Ensuite venaient les tâches de la maison : je moulais moi-même le grain à la meule, je préparais le pain d'orge et les dattes qui composaient presque tous nos repas, avec un peu de lait quand nous en avions. L'après-midi, je m'occupais de Hassan et de Husayn, et il arrivait que mon père vienne prendre de nos nouvelles, comme il aimait le faire. Notre maison, près de la mosquée de Médine, n'avait guère plus qu'une natte et quelques jarres pour l'eau. Je ne raconte pas cela pour qu'on me plaigne : c'était la vie de presque toutes les femmes que je connaissais, et je n'ai jamais désiré une table mieux garnie que celle de mes voisines.

—Vos mains portaient, dit-on, les marques de la meule. Qu'est-ce que cela représentait pour vous ?
Mes mains, oui, portaient la marque de la pierre à moudre. Je ne m'en suis jamais plainte, et je crois même qu'il y avait une forme de prière dans ce geste répété, matin après matin, pour nourrir les miens. On m'a proposé un jour de l'aide pour cette tâche — j'ai préféré la garder pour moi. Ce n'était pas fierté ni entêtement : c'était le sentiment que la main qui moud le grain pour ses enfants fait, elle aussi, quelque chose de sacré, au même titre que la main qui égrène le tasbih le soir. Le corps fatigué et l'âme en paix pouvaient, je l'ai souvent constaté, habiter la même personne au même instant.
La main qui moud le grain pour ses enfants fait, elle aussi, quelque chose de sacré.
—Après la mort de votre père, un différend est né autour de la terre de Fadak. Que s'est-il passé ?
Après la mort de mon père à Médine, une terre appelée Fadak est devenue objet de discorde. Mon père en avait la jouissance de son vivant ; je considérais qu'elle me revenait après lui. On me l'a refusée, et j'ai pris la parole devant l'assemblée pour dire ce que je pensais être juste — ce discours qu'on rapportera plus tard sous le nom de Khutba Fadakiyya. Je n'ai pas parlé ce jour-là seulement d'une terre. J'ai parlé de ce qu'on devait, ou non, à la maison de mon père, quelques mois à peine après qu'on l'eut enterré au cimetière d'al-Baqi. Les temps étaient incertains, la communauté cherchait qui la conduirait désormais, et je n'ai pas voulu me taire simplement parce que la question touchait à l'héritage.

—Qu'espériez-vous que ce sermon accomplisse ?
J'espérais qu'on m'entende, tout simplement. Je savais parler, on me l'avait enseigné dans la maison de mon père, et je ne voyais pas pourquoi une femme ne pourrait pas défendre ce qui lui semblait droit devant une assemblée d'hommes. Je pensais aussi à ceux de la Maison — ce qu'on appelle les Ahl al-Bayt — et à la place qu'on voudrait bien, ou non, leur laisser après le Prophète. Je ne cherchais pas la richesse de Fadak pour moi-même : peu de choses m'importaient moins que l'or. Je voulais qu'on reconnaisse que la parole d'une fille du Prophète pesait autant que celle de n'importe quel autre parmi les Ansar ou les émigrés. Que ce discours ait été entendu ou non, je ne regrette pas de l'avoir prononcé.
—Vos fils Hassan et Husayn allaient devenir des figures immenses. Que vouliez-vous leur transmettre ?
À Hassan et Husayn, je n'ai pas voulu transmettre un trône ni une fortune — nous n'en avions pas. Je voulais qu'ils gardent la mémoire de leur grand-père, sa manière de prier longuement, de partager le peu qu'il avait, de ne jamais se détourner d'un pauvre qui frappait à sa porte. Je savais, en les regardant grandir dans notre maison modeste, que le nom qu'ils portaient leur pèserait autant qu'il les honorerait : on les jugerait toujours à l'aune de ce grand-père. Je souhaitais surtout qu'ils restent des hommes de prière avant d'être des hommes de pouvoir, et que la lignée qui commence avec eux — celle qu'on appellera plus tard des sayyids ou des chérifs — se souvienne d'où elle vient : d'une maison de terre crue, pas d'un palais.
—On dit que la formule de glorification que vous récitiez chaque soir porte votre nom aujourd'hui. Que représentait-elle pour vous ?
Le soir, après la dernière prière, je récitais une formule que mon père m'avait enseignée : trente-trois fois la louange, trente-trois fois la reconnaissance, trente-quatre fois la grandeur de Dieu. On l'appellera un jour, je crois, le tasbih de Fatima. Pour moi, ce n'était pas une prière parmi d'autres : c'était la façon de fermer la journée, après la meule, après les enfants couchés, après les soucis du jour, en remettant tout ce que je ne pouvais porter seule entre des mains plus sûres que les miennes. Si l'on continue de la répéter longtemps après moi, comme mon père me l'avait promis, alors je n'aurai laissé derrière moi ni or ni terre, mais quelques mots répétés chaque soir — et cela me suffit amplement.
Je n'aurai laissé derrière moi ni or ni terre, mais quelques mots répétés chaque soir.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Fatima Zahra. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.

