Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Friedrich Nietzsche

par Charactorium · Friedrich Nietzsche (1844 — 1900) · Philosophie · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Turin, hiver 1888. Au quatrième étage d'un immeuble de la Via Carlo Alberto, dans une chambre nue meublée d'un lit, d'une table et de piles de livres, un homme aux lunettes épaisses et à l'imposante moustache nous reçoit, encore lucide, à quelques semaines de l'abîme. Il parle vite, par éclats, comme on griffonne un aphorisme au bord d'un lac.

On vous nomme professeur à Bâle à vingt-quatre ans, sans même une thèse soutenue. Comment vit-on un tel honneur si jeune ?

1869. On m'a installé dans une chaire de philologie classique à Bâle avant que j'aie pu soutenir quoi que ce fût — comme si l'on m'avait passé une toge trop grande. Mes étudiants me trouvaient, paraît-il, d'une courtoisie excessive, presque timide ; ils ne soupçonnaient pas la dynamite que j'allais devenir. Je passais mes journées à déchiffrer des textes grecs, et mes soirées avec Jacob Burckhardt, ce vieux sage qui regardait la Renaissance comme on regarde un incendie magnifique. La philologie m'a appris la patience de l'oreille : entendre, sous un mot mort, le sang qui battait jadis. Tout ce que j'ai écrit ensuite contre les philosophes, je le dois à cette discipline d'esclave penché sur les manuscrits.

On m'a passé une toge trop grande, et mes étudiants ne soupçonnaient pas la dynamite que j'allais devenir.

Richard Wagner fut longtemps votre intime. Que s'est-il brisé entre vous ?

J'ai aimé Wagner comme on aime un père qu'on s'est choisi — sa musique me semblait être l'ivresse dionysiaque faite son. Et puis vint Parsifal. J'y ai vu un homme qui s'agenouillait devant la croix, qui flattait l'Allemagne nouvelle de Bismarck, qui troquait la Décadence artiste contre l'encens des églises. En 1878, avec Humain, trop humain, j'ai tranché : ce livre fut mon couteau. On ne se sépare pas d'un dieu sans saigner. Je lui reprochais son nationalisme, ce Kulturkampf du sentiment qui faisait de l'art un drapeau. Il m'a fallu des années pour comprendre que je ne le combattais pas, lui, mais le wagnérien en moi-même.

On ne se sépare pas d'un dieu sans saigner.

Vous parlez souvent de l'Engadine. Que cherchiez-vous dans ces étés à Sils-Maria ?

L'air de Sils-Maria, à six mille pieds au-dessus des hommes et du temps. Sept étés durant, j'ai loué une chambre étroite chez la famille Durisch, et chaque après-midi je marchais des heures, un carnet dans la poche. C'est là, un jour d'août, en longeant le lac de Silvaplana, près d'un rocher dressé comme une pyramide, que l'idée m'a foudroyé : l'Ewige Wiederkehr, l'éternel retour. Imaginez qu'un démon vous souffle que vous revivrez cette vie infiniment, jusqu'au moindre soupir, jusqu'à cette araignée au clair de lune. Vous écraserait-il, ou seriez-vous capable de répondre : encore ? Voilà le poids le plus lourd que j'aie posé sur une conscience humaine.

Vous revivrez cette vie infiniment, jusqu'au moindre soupir — vous écraserait-il, ou diriez-vous : encore ?

L'éternel retour ressemble à une malédiction. Pourquoi en faites-vous une libération ?

Parce qu'il n'est de pesée qu'à l'aune de l'amor fati — l'amour du destin. Aimer ce qui fut, ce qui est, ce qui sera, jusqu'à la souffrance, jusqu'aux migraines qui m'aveuglent et me jettent au lit dès huit heures. Le nihiliste pleure que Dieu soit mort et que rien n'ait plus de prix ; le Nihilisme n'est pour moi qu'un seuil, jamais une demeure. Si tout revient, alors rien n'est insignifiant, et chaque instant exige d'être vécu comme s'il devait être gravé pour l'éternité. Dans Le Gai Savoir, j'ai écrit que « ce qui ne me tue pas me rend plus fort » — ce n'était pas une bravade, c'était ma diététique de l'âme.

Si tout revient, alors rien n'est insignifiant : chaque instant exige d'être gravé pour l'éternité.

Vos yeux vous trahissaient au point de vous rendre presque aveugle. Comment écriviez-vous malgré tout ?

Mes yeux, mes ennemis intimes. Certains jours, je ne distinguais plus les lignes, et la lumière me transperçait comme des aiguilles — d'où ce large chapeau et cette ombrelle ridicule que je traînais dans le Midi. En 1882, j'ai fait venir une machine à écrire Malling-Hansen, une sphère danoise hérissée de touches ; je tâtonnais dessus comme un aveugle sur un clavier d'orgue. J'ai même remarqué que cet instrument changeait ma pensée, la rendait plus brève, plus martelée. Mes meilleures heures restaient le matin, à cinq heures, avant que le crâne ne s'embrase. Le reste, je le confiais à mes carnets, en marchant. On n'a jamais assez dit combien la philosophie se fait avec les jambes autant qu'avec la tête.

La philosophie se fait avec les jambes autant qu'avec la tête.
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Friedrich Nietzsche title QS:P1476,en:"Friedrich Nietzsche "label QS:Len,"Friedrich Nietzsche "label QS:Les,"Friedrich Nietzsche"label QS:Lfr,"Frederich Nietzsche"label QS:Luk,"Фрідріх Ніцше"label QSWikimedia Commons, Public domain — Edvard Munch

Vous évoquez vos matinées de travail. À quoi ressemblait une journée dans vos pensions d'errance ?

Une vie de moine sans monastère. Levé à cinq heures, un petit-déjeuner frugal, puis l'écriture tant que la clarté tenait — c'étaient mes heures fécondes. L'après-midi appartenait aux longues marches, dans la montagne suisse ou le long de la côte à Nice, où j'ai passé plusieurs hivers à soigner ma carcasse. Je mangeais sobrement, sans alcool ni café, fruits et pain, car mon estomac me persécutait autant que mes yeux. Le soir, épuisé, je relisais mes notes ou je me mettais au piano quand la migraine me l'accordait — car j'ai toujours tenu la musique pour l'art suprême. Une malle, quelques livres, une chambre meublée : j'ai vécu dix ans ainsi, nomade entre la Suisse, l'Italie et la France.

Avant Zarathoustra, il y eut ce premier livre qui fit scandale. Que vouliez-vous y prouver ?

La Naissance de la tragédie, en 1872. Mes collègues philologues ont hurlé : un professeur de Bâle qui mêlait Schopenhauer, Wagner et les Grecs au lieu de compter sagement les pieds des vers ! J'y opposais deux dieux : Apollon, l'ordre, la forme, le rêve ; et Dionysos, l'ivresse, le chaos, la vie qui déborde — l'Apollinien et le Dionysiaque. Je tenais que la Grèce n'avait pas été cette sérénité de marbre qu'on enseigne, mais un peuple qui avait regardé l'horreur de l'existence en face et l'avait sauvée par la beauté. J'y écrivais déjà que le monde ne se justifie qu'en tant que phénomène esthétique. Ce livre m'a coûté ma carrière universitaire ; il m'a donné ma voix.

La Grèce n'a pas été cette sérénité de marbre qu'on enseigne, mais un peuple qui a regardé l'horreur en face.

Comment naît une œuvre comme Zarathoustra ? Dans la peine ou dans l'exaltation ?

Dans la transe. La première partie d'Ainsi parlait Zarathoustra, je l'ai jetée sur le papier en dix jours, à Rapallo, en février 1883, comme sous dictée d'une force qui me dépassait. J'envoyais les feuillets à mon éditeur par paquets, comme des urgences. C'est là que mon prophète descend de la montagne annoncer l'Übermensch, le surhomme — non pas un tyran, comprenez-moi bien, mais celui qui, ayant traversé la mort de Dieu, ose créer ses propres valeurs au lieu de mendier les anciennes. J'y ai mis tout ce que la Wille zur Macht, la volonté de puissance, m'avait appris : que vivre, c'est vouloir croître, surmonter, se dépasser. Jamais je n'ai écrit avec un tel sentiment d'altitude.

Mon prophète descend de la montagne non pour commander, mais pour apprendre aux hommes à créer leurs propres valeurs.
Weimar, Museum Neues Weimar, Curt Stoeving, Bildnis von Friedrich Nietzsche
Weimar, Museum Neues Weimar, Curt Stoeving, Bildnis von Friedrich NietzscheWikimedia Commons, CC BY 4.0 — Dguendel

Vous avez écrit Ecce Homo peu avant la fin. Pourquoi ce besoin de vous raconter vous-même ?

Parce que je sentais venir quelque chose, et que je voulais qu'on ne me confonde pas avec un saint ou un fou — les deux malentendus qui me guettaient. Dans Ecce Homo, en 1888, je suis revenu sur chacun de mes livres, sans fausse modestie, je l'avoue. J'y ai écrit : « Je ne suis pas un homme, je suis de la dynamite. » On a cru à de la démesure ; c'était une prophétie froide. Je savais qu'on ne me lirait pas de mon vivant, que mes contemporains étaient sourds, encore enivrés de l'Empire proclamé à Versailles. J'écrivais pour des lecteurs qui n'étaient pas encore nés. Un philosophe posthume, voilà ce que j'étais condamné à être.

J'écrivais pour des lecteurs qui n'étaient pas encore nés.

Vous achevez Le Crépuscule des idoles ici, à Turin. Que représente cette ville pour vous ?

Turin est la dernière clarté avant le soir. J'habite une chambre simple sur la Via Carlo Alberto, et jamais mon esprit n'a couru si vite : j'ai bouclé Le Crépuscule des idoles d'un trait, en quelques semaines, philosophant à coups de marteau, faisant sonner les vieilles idoles pour entendre qu'elles sont creuses, de Socrate à nos modernes. Les rues sous les arcades, la lumière dorée des places, les fruits du marché — tout me semble d'une perfection insoutenable. Je marche, je salue les passants, je crois parfois que la ville entière me sourit. Il y a dans cette félicité quelque chose de trop intense, comme une corde tendue à se rompre. Mais je n'ose y penser.

Je philosophe à coups de marteau, je fais sonner les vieilles idoles pour entendre qu'elles sont creuses.

Vous dites craindre une corde tendue à se rompre. Qu'entendez-vous par là ?

Je ne sais pas le dire clairement, et cela m'effraie. Il m'arrive, depuis quelques jours, de pleurer sans raison devant la beauté d'un cheval attelé, de vouloir embrasser les inconnus. Ma mère m'attend peut-être déjà à Weimar ; ma sœur veille. Mes migraines me laissent un répit suspect, comme la mer se retire avant la vague. J'ai vécu trop longtemps seul, sur les hauteurs glacées de mes pensées, là où l'air est si pur qu'il brûle les poumons. « Celui qui regarde longtemps un abîme, l'abîme regarde aussi en lui » — je l'ai écrit dans Par-delà bien et mal, sans savoir alors combien je décrivais mon propre destin. Pardonnez-moi, je crois que je dois marcher un peu.

J'ai vécu trop longtemps sur les hauteurs glacées, là où l'air est si pur qu'il brûle les poumons.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Friedrich Nietzsche. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.