Biographie

Abaï Kounanbaïev est le père fondateur de la littérature kazakhe écrite. Poète, philosophe et compositeur, il a élevé la langue kazakhe au rang de langue littéraire et traduit Pouchkine, Lermontov et Goethe. Son œuvre majeure, le Livre des Paroles, reste le texte philosophique de référence de la culture kazakhe.

Abaï Kounanbaïev(1845 — 1904)

Abaï Kounanbaïev

Kazakhstan

6 min de lecture

LettresPhilosophiePoète(sse)PhilosophePédagogueÉcrivain(e)XIXe siècleLe XIXe siècle voit l'expansion de l'Empire russe en Asie centrale, qui soumet progressivement les steppes kazakhes. C'est dans ce contexte de domination coloniale et de mutation culturelle profonde qu'Abaï cherche à moderniser la société kazakhe par l'éducation et la littérature.
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Questions fréquentes

Abaï Kounanbaïev (1845-1904) est le père fondateur de la littérature kazakhe écrite. À la fois poète, philosophe et compositeur, il a élevé la langue kazakhe au rang de langue littéraire. Issu d'une famille de chefs de clan et de juges coutumiers, il choisit les livres et l'écriture plutôt que le pouvoir.

Citations célèbres

« Deviens un être humain.»
« La science et la connaissance sont la lumière de l'âme.»

Faits marquants

  • Né en 1845 dans la steppe kazakhe (actuel Kazakhstan), au sein d'un clan de la Grande Horde
  • Formé à la tradition orale kazakhe (akyns) puis instruit dans une école musulmane à Semipalatinsk vers 1855
  • Traduit en kazakh Pouchkine, Lermontov, Byron et Goethe à partir des années 1880, ouvrant la culture kazakhe à la littérature européenne
  • Compose le Livre des Paroles (Qara Söz), recueil de 45 prose-poèmes philosophiques appelés « Paroles d'édification », entre 1890 et 1898
  • Décède en 1904 ; proclamé fondateur de la littérature kazakhe moderne et figure nationale au XXe siècle

Œuvres & réalisations

Livre des Paroles (Qara Sözder / Paroles édifiantes) (vers 1890-1898)

Recueil de 45 méditations en prose sur la morale, l'éducation et la société : l'œuvre philosophique de référence de la culture kazakhe.

Traduction de « Eugène Onéguine » de Pouchkine (années 1880)

Adaptation en kazakh, dont la lettre de Tatiana, chantée, devint une mélodie populaire dans toute la steppe.

Poème « Été » (Jaz) (1886)

Tableau de la vie nomade en été, l'un des premiers grands poèmes de la poésie kazakhe écrite.

Traductions de Lermontov et Krylov (années 1880-1890)

Passages de la littérature russe rendus en kazakh, ouvrant sa langue aux thèmes et formes européens.

Compositions musicales pour dombra (années 1880-1900)

Une vingtaine de mélodies destinées à porter ses poèmes, faisant de lui aussi un compositeur reconnu.

Anecdotes

Abaï naît dans une famille de chefs de clan aisés. Son grand-père et son père étaient des bii (juges coutumiers), et lui-même fut désigné pour administrer la justice locale. Mais au lieu d'exercer le pouvoir à la manière traditionnelle, il choisit de se plonger dans les livres et de bousculer les habitudes de sa société.

Envoyé enfant à la médersa de Semipalatinsk pour étudier l'arabe, le persan et le turc, le jeune Abaï fréquentait en cachette une école russe. Ce double savoir, oriental et occidental, deviendra la clé de son œuvre : il voulait que les Kazakhs s'ouvrent aux deux mondes.

Abaï fut l'un des premiers à traduire en kazakh des poètes russes et européens comme Pouchkine, Lermontov et Krylov. Sa version chantée de la lettre de Tatiana, tirée d'Eugène Onéguine de Pouchkine, devint si populaire qu'elle se répandit dans les steppes comme une véritable chanson populaire kazakhe.

Dans ses Paroles édifiantes, Abaï n'hésite pas à critiquer durement ses propres compatriotes : la paresse, les querelles de clans, l'orgueil. Il écrivait qu'il fallait « travailler, acquérir un savoir » plutôt que de se vanter de ses ancêtres, ce qui lui valut autant d'admirateurs que d'ennemis.

Compositeur autant que poète, Abaï créa une vingtaine de mélodies. Beaucoup de ses poèmes étaient destinés à être chantés, accompagnés à la dombra, l'instrument à deux cordes des Kazakhs, ce qui explique pourquoi son œuvre resta vivante dans une société encore largement orale.

Sources primaires

Livre des Paroles (Qara Sözder), Parole 25 (vers 1890-1898)
Il faut apprendre à lire et à écrire dans la langue russe. La science, l'art et bien d'autres trésors sont détenus par les Russes. Pour éviter leurs défauts et apprendre leurs qualités, il faut connaître leur langue.
Livre des Paroles (Qara Sözder), Parole 1 (vers 1890-1898)
Ai-je gouverné le peuple ? Non. Ai-je accru mes troupeaux ? Non. J'ai décidé enfin de prendre le papier et l'encre pour consigner mes pensées. Que celui à qui elles plairont les recopie ou les lise.
Poème « Été » (Jaz) (1886)
Quand vient l'été, les riches nomades dressent leurs yourtes au bord de l'eau claire, et les troupeaux se répandent sur la steppe verdoyante.

Lieux clés

Monts Chinguiz-Taou (région de Semeï)

Massif de la steppe kazakhe orientale où Abaï naquit et passa sa vie de nomade et de juge coutumier.

Semipalatinsk (Semeï)

Ville où Abaï étudia à la médersa et à l'école russe, et rencontra des exilés politiques qui enrichirent sa pensée.

Jidebaï

Lieu d'hivernage de la famille d'Abaï, où il vécut, écrivit et fut enterré ; aujourd'hui site mémoriel et musée.

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