Interview imaginaire

Interview imaginaire avec George Sand

par Charactorium · George Sand (1804 — 1876) · Lettres · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Nohant, un soir d'automne 1873. La maîtresse des lieux nous reçoit dans son cabinet de travail encombré d'herbiers et de feuillets bleus, une pipe éteinte posée près de l'encrier. Dehors, le parc du Berry s'endort ; à l'étage, le petit théâtre de marionnettes attend les enfants. George Sand parle bas, d'une voix grave de conteuse qui n'a peur ni des hommes ni des mots.

Comment êtes-vous devenue George Sand, vous qui êtes née Amantine Aurore Lucile Dupin ?

On ne me publiait pas, on me tolérait. En 1832, quand Indiana est sorti, j'ai compris qu'un nom d'homme ouvrait des portes qu'on fermait au nez d'une Dupin de Francueil. Les messieurs des revues riaient des bas-bleus, ces femmes qui osaient tenir une plume comme on tient un sceptre volé. Alors j'ai pris ce prénom court, dur, sans dentelle : George, sans s, pour qu'on ne le confonde avec rien. Indiana, mon héroïne prisonnière de son mariage, je l'avais écrite en moi avant de l'écrire sur le papier — vous savez, elle souffrait en silence, et ce silence même la rendait plus forte contre la douleur. Ce nom ne fut pas un masque. Ce fut une clef.

Un nom d'homme ouvrait des portes qu'on fermait au nez d'une Dupin de Francueil.

Vous attendiez-vous au scandale qui a suivi vos premiers livres ?

Le scandale, voyez-vous, n'est jamais dans le livre : il est dans l'œil qui le lit. Après Indiana vint Lélia, en 1833, et là on cria au feu. Parce qu'une femme y parlait du désir, de la quête spirituelle, de ce qui brûle au fond des âmes sans demander la permission de l'Église ni du mari. On m'a traitée de bien des noms. Mais je n'écris pas pour plaire aux salons qui se pâment derrière leur éventail ; j'écris parce que l'encre me sort des doigts comme le sang d'une blessure heureuse. Quand on a quitté son mari en 1831 pour vivre de sa plume à Paris, on a déjà appris que la respectabilité coûte plus cher que la liberté, et qu'elle rapporte moins.

Le scandale n'est jamais dans le livre : il est dans l'œil qui le lit.

Pourquoi avez-vous choisi de porter le pantalon et la redingote dans les rues de Paris ?

Par raison avant tout, croyez-le. À Paris, une jupe traîne dans la boue, une bottine s'use en huit jours, et le parquet des théâtres vous est interdit si vous portez crinoline. J'ai donc demandé l'autorisation préfectorale — car il en fallait une, à cette époque, pour qu'une femme se vête en homme — et j'ai endossé la redingote, le gilet, les bottes solides. D'un coup je marchais vite, j'allais partout, je voyais les pièces depuis le parterre comme n'importe quel étudiant. Le travestissement n'était pour moi ni provocation ni déguisement de bal : c'était une paire de bottes qui durait l'hiver et une liberté qui ne coûtait presque rien. Les gens criaient au scandale ; moi, je calculais ce que j'économisais en tissu.

Le travestissement, c'était une paire de bottes qui durait l'hiver.

On vous a beaucoup reproché votre pipe et vos cigares. Que répondiez-vous à ces critiques ?

Que la fumée ne distingue pas le sexe de celui qui l'aspire. Je fume la pipe en terre et le cigare depuis longtemps, ouvertement, et cela paraît à mes contemporains plus monstrueux que bien des crimes. On accepte qu'une dame s'évanouisse, on n'accepte pas qu'elle tire sur une bouffée en réfléchissant. Pourtant c'est là, dans cette petite braise, que je trouve la pause entre deux pages. À Nohant je travaille la nuit, et la pipe tient compagnie à l'encrier mieux qu'aucun confident. Ce que la société nomme inconvenance, je le nomme simplement mes habitudes — et je n'ai jamais compris pourquoi mon plaisir devrait demander pardon au regard des autres.

Que reste-t-il de cet hiver passé à Majorque avec Frédéric Chopin ?

Le froid, d'abord. On imagine Majorque comme un éden tiède ; nous avons trouvé la chartreuse de Valldemossa glacée, battue par les pluies, et Frédéric y toussait à fendre l'âme. Et pourtant. Tandis qu'il composait à son piano arrivé par bateau — certains de ses plus beaux préludes sont nés de ces murs humides —, moi j'écrivais ce qui deviendrait Un hiver à Majorque. La nature autour de nous était d'une beauté à faire douter du mal : si belle, si grandiose, si sereine, qu'il semblait impossible que la méchanceté des hommes pût y trouver place. Nous avons partagé près de neuf années, de 1838 à 1847. On me demande si ce fut le bonheur ; je réponds que ce fut la vie, ce qui est plus rare et plus dur.

On me demande si ce fut le bonheur ; je réponds que ce fut la vie.
Portrait de Georges Sand en tenue d'amazone
Portrait de Georges Sand en tenue d'amazoneWikimedia Commons, Public domain — Juliette de Ribeiro

Comment viviez-vous le fait d'écrire aux côtés d'un musicien aussi exigeant que Chopin ?

Comme deux artisans dans le même atelier, chacun penché sur sa matière. Lui cherchait une note pendant des heures, la reprenait, la pleurait presque ; moi j'avançais par pages entières, sans rature, à ma table. Nos rythmes ne s'accordaient pas toujours — un romancier produit, un musicien purifie. À Nohant, où il venait l'été, je le laissais à son piano dans le silence que j'imposais à toute la maisonnée, et le soir nous nous retrouvions, lui épuisé d'une mesure, moi d'un chapitre. J'ai veillé sur sa santé fragile comme sur celle d'un enfant de génie. Ces années m'ont appris qu'aimer un artiste, c'est aussi protéger l'œuvre qu'il porte, parfois contre lui-même.

Parlez-nous de vos nuits. On dit que vous écriviez jusqu'à l'aube.

Le jour appartient au monde ; la nuit m'appartient. Je me lève tard, vers midi, parce que ma vraie journée commence quand les autres soufflent leur bougie. Alors je m'installe à mon cabinet, je trempe la plume d'oie dans l'encrier, et je couvre mon papier bleu d'une vingtaine de pages avant que le ciel ne pâlisse. Ce papier de couleur, je l'ai gardé toute ma vie ; mes manuscrits sont bleus comme d'autres sont blancs. Cette discipline-là n'a rien d'une inspiration capricieuse : c'est un métier, une régularité de paysanne qui se lève pour traire. Ma vie, c'est la vôtre, vous tous qui me lisez — c'est ce que j'ai écrit dans mon Histoire de ma vie, et chaque nuit je le crois davantage.

Le jour appartient au monde ; la nuit m'appartient.

Cette régularité d'écriture, d'où vous vient-elle ?

De la nécessité, qui est la meilleure des muses. Quand on a quitté un mari et qu'on entend nourrir ses enfants de sa seule plume, on n'attend pas que le génie daigne descendre : on s'assoit et on écrit. Vingt pages par nuit, parfois plus, le café à portée de main pour soutenir les heures creuses. On m'a reproché de produire trop, comme si la fécondité était un vice chez une femme. Mais Consuelo, mon vaste roman de cantatrice, La Mare au Diable, mes autres livres — rien de tout cela ne serait né d'une plume paresseuse. J'ai toujours pensé que le talent sans le labeur est une promesse qu'on ne tient jamais. Mon encrier en sait plus long sur moi que mes amants.

Le talent sans le labeur est une promesse qu'on ne tient jamais.
Portrait de George Sand en 1837, D 89.65
Portrait de George Sand en 1837, D 89.65Wikimedia Commons, CC0 — Calamatta, Luigi (Civitavecchia, 21–06–1802 - Milan, 08–03–1869), dessinateur

Votre Berry revient sans cesse dans votre œuvre. Pourquoi cet attachement ?

Parce que c'est là qu'on m'a déposée enfant, à Nohant, après la mort de mon père, et que cette terre m'a élevée mieux qu'aucun précepteur. Les paysans berrichons m'ont appris une langue, un patois où un enfant trouvé dans les champs se nomme un champi — d'où le titre de François le Champi. J'ai voulu peindre cette vie rurale non comme une misère pittoresque, mais comme une dignité. La Mare au Diable, La Petite Fadette : ce sont mes romans champêtres, où une jeune fille marginale s'émancipe par l'intelligence. On les lit aujourd'hui dans les écoles, paraît-il. J'en suis plus fière que de bien des scandales : faire entrer mes laboureurs du Berry dans la mémoire des enfants, voilà une revanche douce.

J'ai voulu peindre la vie rurale non comme une misère pittoresque, mais comme une dignité.

Et ces fameux spectacles de marionnettes de Nohant, quelle place tenaient-ils dans votre vie ?

Une place sérieuse, ne riez pas. Dans le petit théâtre que j'avais fait construire, mon fils Maurice sculptait les marionnettes articulées et moi je cousais leurs costumes, point par point, comme une mère habille ses enfants de bois. Mes amis venaient assister à ces représentations — Delacroix, le bon Flaubert, Dumas fils — et nous improvisions des comédies à faire pâlir bien des scènes parisiennes. C'était la nuit, après le dîner, dans cette grande maison toujours pleine d'artistes et de rires. On croit que je ne fus qu'une plume austère ; on oublie que j'ai passé des soirées entières à donner voix à des poupées pour le plaisir de voir rire mes invités. La gravité n'a jamais empêché la joie de tenir salon chez moi.

À l'heure des bilans, quelle foi vous reste-t-il après tant d'années d'écriture et de combats ?

Une foi têtue, presque paysanne. J'ai vu tomber Charles X en 1830, naître et mourir la Deuxième République, j'ai vu l'Empire et la guerre — assez de chutes pour décourager n'importe quelle espérance. Et pourtant je m'obstine. Je l'ai écrit à mon cher Flaubert, qui est plus sombre que moi : j'aime mieux croire que l'humanité marche, même en trébuchant, vers un avenir meilleur. C'est ma foi, et je ne veux pas en guérir. À Nohant, en regardant pousser mon potager et grandir mes petites-filles, je me dis que les peuples sont comme les saisons : ils gèlent, ils semblent morts, et puis un matin tout reverdit. On ne m'ôtera pas cette certitude-là. Elle m'a tenue debout plus sûrement que tous mes romans.

Les peuples sont comme les saisons : ils gèlent, ils semblent morts, et puis tout reverdit.
Voir la fiche complète de George Sand

Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de George Sand. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.