Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Gisèle Halimi

par Charactorium · Gisèle Halimi (1927 — 2020) · Société · Politique · labels.domains.droit-justice · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Gisèle Halimi
Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Olivier « toutoune25 » Tétard

Nous l'avons rencontrée un matin gris dans son cabinet du 6e arrondissement de Paris, à deux pas du Palais de Justice où elle plaida durant plus d'un demi-siècle. Sur son bureau, des dossiers épais, un Code pénal annoté jusqu'à la corde, et un vieux numéro du Nouvel Observateur qu'elle n'a jamais rangé. Elle nous reçoit droite, la voix nette, cette voix qui fit trembler des tribunaux entiers.

Où situez-vous la toute première étincelle de votre révolte ?

À La Goulette, en Tunisie, autour d'une table. J'avais dix ans. Mes frères mangeaient, on les servait, et moi je devais servir — parce que j'étais une fille, et que les filles, dans ma famille séfarade, apprenaient l'obéissance avant l'alphabet. Un jour, j'ai simplement refusé. J'ai cessé de manger. Une grève de la faim d'enfant, si vous voulez, mais menée avec un sérieux terrible. Comme je l'ai écrit bien plus tard dans Le Lait de l'oranger : « J'avais dix ans quand j'ai compris que la révolte n'était pas seulement permise, mais nécessaire. Ma mère servait mes frères avant moi. Ce jour-là, j'ai décidé que ce serait la dernière fois. » Tout le reste — les prétoires, les procès, les lois — est né de cette table.

Une grève de la faim d'enfant, menée avec un sérieux terrible.

Comment cette enfant de Tunisie est-elle devenue avocate à Paris ?

Contre tout le monde. Ma famille voyait dans le mariage l'horizon naturel d'une fille ; moi, je voyais le droit. En 1945, j'ai quitté La Goulette pour Paris, seule, avec l'idée fixe d'entrer dans les études qu'on réservait aux garçons. En 1949, j'étais admise au barreau de Paris. Mais on ne m'a jamais laissée oublier d'où je venais ni ce que j'étais. Comme je l'ai écrit dans La Cause des femmes : « Être femme et avocate dans ce pays, c'est être doublement suspecte dans un monde construit par et pour les hommes. » La robe noire, je l'ai portée non comme un uniforme de respectabilité, mais comme une arme. Chaque audience allait devenir, pour moi, autre chose qu'une plaidoirie : une tribune.

Vous souvenez-vous du jour où l'affaire Djamila Boupacha est entrée dans votre vie ?

En 1960. On m'a demandé de défendre une jeune militante du FLN, à peine plus qu'une adolescente, arrêtée et accusée d'avoir posé une bombe dans un café d'Alger. Mais ce n'était pas cela le vrai dossier. Le vrai dossier, c'était ce qu'on lui avait fait en garde à vue : la torture, le viol, par des soldats français, au nom de la France. Je suis allée à Alger recueillir les témoignages. J'ai compris que plaider dans une salle d'audience ne suffirait pas — l'armée jugeait chez elle. Alors nous avons porté l'affaire devant l'opinion du monde entier. Avec Simone de Beauvoir, nous en avons fait un livre, Djamila Boupacha, en 1962. Cela m'a valu l'admiration, et des menaces de mort. Je les ai tenues pour un accusé de réception.

Les menaces de mort, je les ai tenues pour un accusé de réception.

Pourquoi était-il si important de faire sortir cette affaire du seul tribunal ?

Parce qu'un tribunal militaire en pleine guerre d'Algérie n'était pas un lieu de justice, mais un huis clos. Djamila affirmait avoir été torturée et violée pendant sa garde à vue, et son seul crime, disions-nous, était d'avoir voulu que son pays soit libre. Si nous laissions cela dans l'ombre, elle serait condamnée deux fois. Avec Simone de Beauvoir, nous avons écrit, publié, alerté chez Gallimard, obligé le gouvernement à ordonner un transfert de juridiction. J'ai toujours pensé que la décolonisation des peuples et l'émancipation des femmes étaient une seule et même lutte contre la domination. Djamila, à sa manière, portait les deux. Défendre son corps supplicié, c'était défendre l'idée qu'aucune raison d'État ne rachète la torture.

Comment est née l'idée de faire signer publiquement à des femmes l'aveu d'avoir avorté ?

D'un constat de guerre. Chaque année, un million de femmes avortaient clandestinement en France, dans le danger, sous la menace de la loi de 1920. On les condamnait au silence et parfois à la mort. En 1971, j'ai co-fondé avec Simone de Beauvoir l'association « Choisir la cause des femmes ». Et nous avons eu cette audace : demander à des femmes connues d'avouer publiquement l'illégal. Le manifeste parut dans Le Nouvel Observateur du 5 avril — j'en garde encore l'exemplaire. Chacune écrivait : « Je déclare que je suis l'une d'elles. » Trois cent quarante-trois femmes s'exposaient ainsi aux poursuites. On a ri, on a insulté, mais on ne pouvait plus faire semblant d'ignorer. L'aveu, cette fois, changeait de camp : ce n'étaient plus elles les coupables, c'était la loi.

L'aveu changeait de camp : ce n'étaient plus elles les coupables, c'était la loi.
Signature de Gisèle Halimi - Archives nationales (France)
Signature de Gisèle Halimi - Archives nationales (France)Wikimedia Commons, CC0 — Gisèle Halimi

Que représentait pour vous ce basculement de l'intime dans le débat public ?

Tout. Tant qu'un avortement restait un secret honteux caché au fond des cuisines, il était une faute individuelle. Le jour où des centaines de femmes le déclaraient ensemble, à visage découvert, il devenait une question politique. C'est la logique même de ce que j'appelais un féminisme de combat : ne jamais quémander la clémence pour ce qui est un droit. Nous avons rassemblé, dans Djamila Boupacha hier comme dans le Manifeste, des femmes qui refusaient d'être des victimes muettes. Le corps d'une femme n'appartient ni à l'État nataliste, ni au médecin, ni au juge. Le dire tout haut, dans les colonnes d'un journal lu dans toute la France, ce fut une bombe — mais une bombe qui n'a tué personne, sinon une hypocrisie centenaire.

Comment avez-vous décidé de transformer le procès de Bobigny en tribune plutôt qu'en simple défense ?

Novembre 1972. On me confie Marie-Claire Chevalier, seize ans, poursuivie devant le tribunal de Bobigny pour avoir avorté après un viol. J'aurais pu plaider les larmes, la jeunesse, les circonstances. J'ai refusé. Plaider la clémence, c'était reconnaître qu'il y avait faute. Alors j'ai retourné le prétoire comme un gant. J'ai appelé à la barre des médecins, des prix Nobel, des féministes, pour que ce ne soit plus une enfant qu'on juge, mais un texte. Dans ma plaidoirie, publiée ensuite chez Gallimard, je l'ai dit sans détour : « Ce n'est pas Marie-Claire que vous jugez aujourd'hui. C'est une loi. Une loi injuste qui condamne chaque année des centaines de milliers de femmes à la clandestinité, au danger, parfois à la mort. » Le tribunal était devenu une assemblée nationale improvisée.

J'ai retourné le prétoire comme un gant.
Gisele Halimi Front de Gauche 2009-03-08
Gisele Halimi Front de Gauche 2009-03-08Wikimedia Commons, CC BY 2.5 — Marie-Lan Nguyen (User:Jastrow)

Quel lien faites-vous entre cette audience de Bobigny et la loi qui suivit ?

Un lien direct, quoique jamais mécanique. Une plaidoirie ne vote pas la loi ; elle prépare le terrain où elle pourra pousser. À Bobigny, l'émotion fut telle, la presse si présente, que la question de l'avortement cessa d'être honteuse pour devenir politique. Trois ans plus tard, en 1975, la loi Veil dépénalisait l'avortement. Je ne m'en attribue pas la paternité — d'autres femmes, avant et autour de moi, ont porté ce combat. Mais je sais que ce jour-là, dans cette banlieue grise, nous avons rendu la dépénalisation pensable. Ma plaidoirie s'étudie, paraît-il, encore dans les facultés de droit. J'y vois moins un titre de gloire qu'une preuve : le prétoire peut être le lieu où une société se regarde enfin en face.

Vous avez été élue députée en 1981 : qu'attendiez-vous de la politique institutionnelle ?

Beaucoup, et j'ai eu tort. Après la victoire de Mitterrand, je suis entrée à l'Assemblée nationale en 1981, persuadée qu'on pouvait faire à l'intérieur ce que j'avais fait dans les prétoires : arracher des droits réels. J'ai vite déchanté. Les engagements de campagne sur l'égalité se diluaient dans les prudences d'appareil ; le Parti socialiste me trouvait encombrante dès que je parlais des femmes autrement que par des symboles. J'ai refusé de me représenter en 1986. On ne me referait pas croire que voter des motions équivalait à changer la vie. J'ai raconté ce désenchantement dans Une embellie perdue : le titre dit tout. L'embellie avait été réelle ; elle fut perdue faute de courage.

On ne me referait pas croire que voter des motions équivalait à changer la vie.

Après cette déception, où avez-vous porté votre combat ?

Là où je l'avais toujours porté au fond : dans l'écriture et sur le terrain. J'ai continué à plaider, à militer, à écrire, le soir surtout, à ma table, comme j'avais toujours écrit mes plaidoiries. J'ai voulu remonter aussi vers mes racines — Le Lait de l'oranger, puis Fritna en 1999, ce livre sur ma mère, cette femme partagée entre la soumission et une force secrète que je n'ai comprise que tard. Car mon féminisme n'a jamais été une abstraction : il vient d'une petite fille de La Goulette qui refusait de servir ses frères. Les lois se gagnent, se perdent, se réécrivent. Mais l'exigence d'égalité, elle, ne se dépose jamais. Je l'ai transmise comme on transmet un feu — en veillant à ce qu'il ne s'éteigne pas.

L'exigence d'égalité, elle, ne se dépose jamais.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Gisèle Halimi. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.