Avocate franco-tunisienne et militante féministe, Gisèle Halimi a défendu les droits des femmes et des peuples colonisés tout au long du XXe siècle. Elle est notamment connue pour le procès de Bobigny (1972) et sa lutte pour la dépénalisation de l'avortement en France.
Gisèle Halimi(1927 — 2020)
Gisèle Halimi
France, Tunisie, protectorat français de Tunisie
8 min de lecture
Questions fréquentes
Citations célèbres
« La cause des femmes n'est pas une cause perdue.»
« Je n'ai jamais accepté l'injustice. Je n'ai jamais pu.»
Faits marquants
- 1927 : naissance à Tunis
- 1972 : défense lors du procès de Bobigny, plaidant pour la dépénalisation de l'avortement
- 1971 : signataire du Manifeste des 343 femmes réclamant le droit à l'avortement
- 1971 : cofondatrice de l'association Choisir la cause des femmes
- 2020 : décès à Paris le 28 juillet
Œuvres & réalisations
Livre coécrit avec Simone de Beauvoir relatant le cas de cette jeune Algérienne torturée par l'armée française. L'ouvrage provoqua un scandale international et contribua à mettre en lumière les crimes commis pendant la guerre d'Algérie.
Retranscription de sa plaidoirie lors du procès fondateur pour la légalisation de l'avortement. Considéré comme un texte de référence du féminisme juridique français, il est encore étudié dans les facultés de droit.
Essai militant dans lequel Halimi expose sa vision d'un féminisme radical et concret, ancré dans l'expérience des prétoires et des combats politiques de son époque.
Autobiographie dans laquelle elle revient sur son enfance en Tunisie, ses révoltes précoces et les racines profondes de son engagement féministe et anticolonialiste.
Bilan désenchanté de son expérience parlementaire et de la politique française, analysant les obstacles structurels à l'égalité réelle entre les sexes malgré les victoires législatives.
Roman autobiographique consacré à sa mère, figure ambivalente entre soumission culturelle et force secrète, éclairant les tensions entre tradition et émancipation féminine.
Anecdotes
À l'âge de dix ans, Gisèle Halimi, née Zeiza Taïeb dans une famille juive de La Goulette en Tunisie, décide de faire une grève de la faim pour protester contre les inégalités entre garçons et filles dans sa propre famille. Elle refuse de continuer à servir ses frères à table alors qu'eux seuls avaient le droit d'étudier. Cette rébellion précoce annonce la combattante qu'elle deviendra.
En 1960, elle accepte de défendre Djamila Boupacha, une jeune militante algérienne du FLN arrêtée et torturée par des soldats français en Algérie. Avec Simone de Beauvoir, elle porte cette affaire devant l'opinion publique internationale, contraignant le gouvernement à ordonner un transfert de juridiction. Ce procès emblématique lui vaut à la fois admiration et menaces de mort.
En novembre 1972, lors du procès de Bobigny, Halimi défend une lycéenne de 16 ans poursuivie pour avoir avorté après un viol. Plutôt que de plaider la clémence, elle transforme le tribunal en tribune politique, appelant à la barre des médecins, des féministes et des personnalités pour réclamer la légalisation de l'avortement. L'émotion suscitée par ce procès contribuera directement à l'adoption de la loi Veil trois ans plus tard.
Co-fondatrice en 1971 de l'association 'Choisir la cause des femmes' avec Simone de Beauvoir, Gisèle Halimi avait convaincu des centaines de femmes célèbres de signer le 'Manifeste des 343', dans lequel elles déclaraient publiquement avoir avorté illégalement, s'exposant à des poursuites judiciaires. Ce texte, publié dans Le Nouvel Observateur, fit l'effet d'une bombe et changea le cours du débat politique en France.
Élue députée à l'Assemblée nationale en 1981, Gisèle Halimi se retrouva rapidement en désaccord avec le Parti socialiste sur la question des droits des femmes. Elle choisit de ne pas se représenter en 1986, estimant que les engagements de campagne sur l'égalité réelle n'avaient pas été tenus. Elle continua son combat par l'écriture et le militantisme jusqu'à la fin de sa vie.
Sources primaires
Un million de femmes se font avorter chaque année en France. Elles le font dans des conditions dangereuses en raison de la clandestinité à laquelle elles sont condamnées, alors que cette opération, pratiquée sous contrôle médical, est des plus simples. Je déclare que je suis l'une d'elles.
Djamila Boupacha est accusée d'avoir posé une bombe dans un café d'Alger. Elle affirme avoir été torturée et violée lors de sa garde à vue par des militaires français. Son seul crime, selon sa défense, est d'avoir voulu que son pays soit libre.
Ce n'est pas Marie-Claire que vous jugez aujourd'hui. C'est une loi. Une loi injuste qui condamne chaque année des centaines de milliers de femmes à la clandestinité, au danger, parfois à la mort.
Être femme et avocate dans ce pays, c'est être doublement suspecte dans un monde construit par et pour les hommes. Je ne plaiderai jamais la clémence pour ce qui est un droit fondamental.
J'avais dix ans quand j'ai compris que la révolte n'était pas seulement permise, mais nécessaire. Ma mère servait mes frères avant moi. Ce jour-là, j'ai décidé que ce serait la dernière fois.
Lieux clés
Ville côtière près de Tunis où Gisèle Halimi est née le 27 juillet 1927 dans une famille juive séfarade. C'est là que, dès l'enfance, elle prit conscience des inégalités de genre et mena sa première révolte.
Lieu principal de son exercice professionnel où elle plaida pendant plus de cinquante ans, défendant aussi bien des militants anticoloniaux que des femmes poursuivies pour avortement.
C'est dans ce tribunal de la banlieue parisienne que se tint en novembre 1972 le procès emblématique qui porta au grand jour le combat pour la légalisation de l'avortement en France.
Ville où opérait Djamila Boupacha avant son arrestation. Halimi s'y rendit pour préparer la défense de sa cliente et recueillir des témoignages sur la torture pratiquée par l'armée française.
Quartier où Halimi avait son cabinet et vécut une grande partie de sa vie active, au cœur du milieu intellectuel parisien de Saint-Germain-des-Prés et à proximité du Palais de Justice.
Objets typiques

Vêtement professionnel symbolique du barreau français. Halimi la portait dans les plus grands procès politiques de son époque, transformant chaque audience en acte militant autant que juridique.

Épais dossiers de notes et de jurisprudences constituant la base de ses argumentaires. Pour le procès de Bobigny, elle avait rassemblé des témoignages médicaux, sociaux et féministes inhabituels dans un prétoire.

Outil de travail essentiel pour rédiger ses plaidoiries, articles et livres militants. Halimi était une écrivaine prolixe autant qu'une avocate de terrain.
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Numéro historique contenant le Manifeste des 343, auquel Halimi contribua activement. Ce magazine, lu dans toute la France, devint une pièce majeure de l'histoire du féminisme.

Ouvrage de référence juridique qu'elle annotait méticuleusement pour identifier les dispositions discriminatoires envers les femmes et construire ses stratégies de défense.

Des années de lettres échangées entre les deux femmes illustrent la collaboration intellectuelle et militante qui produisit des textes et des actions décisifs pour les droits des femmes en France.
Programmes scolaires
Vocabulaire & tags
Vocabulaire clé
Vie quotidienne
Matin
Gisèle Halimi commençait ses journées très tôt, dépouillant la presse juridique et les quotidiens à la recherche de faits divers ou de procès susceptibles de devenir des causes féministes. Elle préparait ensuite ses dossiers en annotant méticuleusement codes et jurisprudences avant de se rendre au palais de justice.
Après-midi
Ses après-midis se partageaient entre les audiences au tribunal, les réunions de son association 'Choisir la cause des femmes' et les entretiens avec ses clients. Lors des grands procès, toute l'après-midi était consacrée à la coordination de témoins experts — médecins, sociologues, féministes — que ses stratégies de défense rendaient indispensables.
Soir
Le soir, elle écrivait : plaidoiries, articles de presse, chapitres de livres. Son appartement parisien était un salon où se retrouvaient féministes, intellectuels et militants politiques, dont Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre figuraient parmi les habitués.
Alimentation
Issue d'une famille séfarade de Tunisie, elle conserva toute sa vie un attachement aux saveurs méditerranéennes. Les repas en famille ou entre amis militants étaient pour elle des moments de ressourcement autant que de discussion politique.
Vêtements
En salle d'audience, elle portait invariablement la robe noire des avocats, souvent accompagnée du col blanc et des insignes du barreau. Hors du prétoire, elle optait pour une élégance sobre et française, refusant ostensiblement les codes vestimentaires de soumission ou de séduction imposés aux femmes.
Habitat
Elle vécut principalement dans le 6e arrondissement de Paris, dans un appartement permettant un accès facile au Palais de Justice et au milieu intellectuel de Saint-Germain-des-Prés. Son bureau était envahi de livres de droit, de dossiers en cours et de correspondances avec des militantes du monde entier.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Djamila Boupacha
1962
Le Procès de Bobigny (plaidoirie publiée)
1973
La Cause des femmes
1973
Le Lait de l'oranger
1988
Une embellie perdue
1995






