Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Gloria Steinem

par Charactorium · Gloria Steinem (1934 — ?) · Société · Politique · Lettres · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Gloria Steinem
Wikimedia Commons, Public domain — Boston Public Library

Un appartement de l'Upper East Side, à Manhattan, encombré de livres et de dossiers empilés comme dans un bureau de campagne. Une machine à écrire Olivetti dort près de la fenêtre ; sur la table, des piles de lettres de lectrices attendent une réponse. Gloria Steinem retire ses lunettes rondes, verse deux cafés, et s'installe pour parler.

Avant les magazines et les marches, il y a eu une petite fille à Toledo. Que gardez-vous de cette enfance ?

Je suis née à Toledo, dans l'Ohio, en 1934, d'un père qui vendait des antiquités au bord des routes et n'aimait rien tant que la portière ouverte sur l'inconnu. Nous n'avions pas d'argent, pas d'adresse fixe très longtemps, et j'ai appris tôt que la sécurité, pour une femme, ne tombe pas du ciel : elle se gagne. Cette instabilité m'a donné deux choses contradictoires que je n'ai jamais réconciliées — la peur du lendemain et le goût de la route. Plus tard, quand j'ai passé ma vie dans les avions et les voitures à traverser le pays pour rejoindre des militantes, je crois que je prolongeais simplement, à ma manière, ce voyage de mon enfance.

J'ai appris tôt que la sécurité, pour une femme, ne tombe pas du ciel : elle se gagne.

Comment ces deux années passées en Inde, à la fin des années 1950, ont-elles déplacé votre regard ?

Diplômée de Smith College, j'ai obtenu une bourse Chester Bowles qui m'a menée en Inde, à Bombay, entre 1957 et 1959. J'y suis arrivée en jeune Américaine persuadée d'avoir compris ce qu'était la pauvreté ; j'en suis repartie en sachant que je n'avais rien compris du tout. Là-bas, j'ai vu que l'injustice faite aux femmes n'était pas une affaire de mauvaises manières individuelles, mais un système, patient, ancien, mondial. J'ai marché avec des groupes de villageoises qui, faute de pouvoir, s'asseyaient simplement ensemble pour se raconter leurs vies — et découvraient que leurs peines privées avaient une racine commune. Des années plus tard, quand on a inventé aux États-Unis le mot consciousness-raising, je me suis dit : mais c'est exactement cela que j'ai vu sous un autre ciel.

J'y suis arrivée persuadée d'avoir compris la pauvreté ; j'en suis repartie en sachant que je n'avais rien compris.

Parlons de 1963. Pourquoi vous êtes-vous fait embaucher comme serveuse « Bunny » dans un club Playboy de New York ?

Parce qu'on ne croit vraiment que ce qu'on a touché de ses propres mains. Pour A Bunny's Tale, publié dans Show Magazine en 1963, j'ai revêtu le costume, les oreilles, le sourire obligatoire, et j'ai noté chaque soir dans mon carnet les salaires dérisoires, les visites médicales humiliantes, les mains qui se croyaient tout permis. Le club se présentait comme un rêve de luxe ; c'était une usine où l'on demandait à des filles de paraître désirables sans jamais avoir le droit de se sentir elles-mêmes désirantes. L'enquête m'a valu une renommée nationale — et une étiquette dont j'ai mis des années à me défaire, celle de « la fille qui s'est déguisée en lapin ». On me reprochait d'avoir vu de trop près ce qu'il aurait été plus confortable d'ignorer.

Le club se présentait comme un rêve de luxe ; c'était une usine.

Cette étiquette de « journaliste qui s'est déshabillée pour un article » vous a longtemps poursuivie. Comment l'avez-vous vécue ?

Avec la colère lente de celles qu'on ne prend pas au sérieux. J'avais écrit une enquête d'infiltration sur l'exploitation du travail, et l'on retenait surtout que j'avais porté un costume moulant. C'est là que j'ai compris une chose durable : quand une femme dénonce un système, on préfère commenter son corps plutôt que ses arguments. Toute ma vie, la presse masculine a scruté mes cheveux, mes lunettes rondes, ma silhouette, comme si mon apparence avait quelque chose à voir avec la justesse de mes idées. J'ai fini par transformer ce piège en tremplin : puisqu'on me regardait, autant que ce regard serve à autre chose qu'à moi. Le costume de Bunny m'a appris, paradoxalement, à ne plus jamais me laisser réduire à une image.

Quand une femme dénonce un système, on préfère commenter son corps plutôt que ses arguments.

En 1972, personne ne pariait sur un magazine féministe grand public. Qu'espériez-vous, au juste ?

Nous espérions simplement prouver qu'un public existait. Quand j'ai cofondé Ms. avec Dorothy Pitman Hughes, en 1972, les hommes des grandes maisons d'édition nous expliquaient poliment qu'il n'y avait pas d'annonceurs, pas de lectrices, pas de marché — bref, pas de femmes assez nombreuses pour vouloir se lire elles-mêmes. Le premier numéro, mis en kiosque en janvier, s'est épuisé en huit jours : trois cent mille exemplaires. En quelques semaines, nous avons reçu des dizaines de milliers de lettres, écrites parfois la nuit, en cachette. Ces lettres disaient toutes la même chose : « je croyais être seule ». Voilà ce que Ms. a démontré — pas que nous étions géniales, mais qu'un océan de femmes attendait qu'on lui tende un miroir.

Ces lettres disaient toutes la même chose : « je croyais être seule ».
Gloria Steinem at news conference, Women's Action Alliance, January 12, 1972
Gloria Steinem at news conference, Women's Action Alliance, January 12, 1972Wikimedia Commons, Public domain — Warren K. Leffler

Pourquoi avoir choisi ce titre, « Ms. », pour votre magazine ?

Parce qu'un mot peut être une révolution de poche. En anglais, une femme était condamnée à se déclarer d'emblée : Miss si elle n'était pas mariée, Mrs. si elle l'était — comme si son statut conjugal était la première chose à savoir d'elle, avant même son nom. Les hommes, eux, restaient Mr., entiers, sans mode d'emploi. Ms. refusait ce classement : ni disponible ni prise, simplement une personne. Nommer notre magazine ainsi, c'était afficher tout un programme dans deux lettres. Je l'ai toujours pensé : le langage n'est pas décoratif, il installe dans nos têtes ce que nous croyons naturel. Changer le vocabulaire, c'est déjà déplacer les meubles de l'esprit — et parfois abattre un mur.

Le langage n'est pas décoratif : changer le vocabulaire, c'est déjà déplacer les meubles de l'esprit.

Vous souvenez-vous du 26 août 1970, jour de la Women's Strike for Equality ?

Comme d'un des rares jours où l'on sent le sol bouger sous ses pieds. C'était le cinquantième anniversaire du droit de vote des femmes, et nous étions descendues à New York par dizaines de milliers, la Women's Strike for Equality, aux côtés de Betty Friedan et de tant d'autres. Ce que je n'oublierai pas, c'est le vacarme joyeux, les pancartes peintes à la main brandies au-dessus des têtes, et la stupéfaction des passants découvrant que nous étions si nombreuses. On m'a demandé de prendre la parole ; les mots m'ont un peu échappé tant l'émotion était grande. Ce jour-là, le mouvement a cessé d'être une rumeur de salons pour devenir une force de rue, visible, comptable, impossible à renvoyer à la cuisine.

Ce jour-là, le mouvement a cessé d'être une rumeur de salons pour devenir une force de rue.

On a souvent décrit votre féminisme comme lié au combat pour les droits civiques. Pourquoi teniez-vous tant à cette alliance ?

Parce que séparer ces combats, c'était trahir les deux. J'avais grandi avec en mémoire Rosa Parks refusant de céder sa place, la marche de Martin Luther King en 1963, le Civil Rights Act de 1964 : la même énergie soulevait tout un pays. Or on répétait que le féminisme n'était qu'une lubie de femmes blanches et aisées, et cette caricature me révoltait, car elle rendait invisibles celles qui subissaient le plus — les femmes noires, pauvres, ouvrières. Je le disais déjà en 1969 : la libération des femmes parle à la vie de toutes les femmes, de toute classe et de toute couleur. Sexe et race sont les deux différences les plus visibles ; c'est précisément pour cela qu'on s'en est servi, depuis toujours, pour ranger les êtres humains en supérieurs et inférieurs.

Séparer ces combats, c'était trahir les deux.
Gloria Steinem (29715800406)
Gloria Steinem (29715800406)Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 — Gage Skidmore from Peoria, AZ, United States of America

Un journaliste aurait dit que vous « ne ressembliez pas à une féministe ». Que lui avez-vous répondu ?

Je lui ai répondu, en substance : « Voilà maintenant à quoi ressemble une féministe. » Derrière la boutade, il y avait une vraie fatigue. On imaginait la militante comme une créature furieuse, forcément laide, forcément aigrie — une manière commode de faire peur aux jeunes femmes tentées de nous rejoindre. En me disant « pas assez féministe pour être crédible » à cause de mes lunettes rondes et de ma silhouette, ce journaliste croyait me flatter ; il ne faisait que révéler le préjugé. Alors j'ai retourné la phrase comme un gant. Une féministe ressemble à tout le monde, parce qu'une féministe, c'est simplement quelqu'un qui pense que les femmes sont des êtres humains à part entière. La formule a été reprise, brandie, cousue sur des pancartes par des filles que je ne connaîtrai jamais.

Une féministe, c'est simplement quelqu'un qui pense que les femmes sont des êtres humains à part entière.

Vous avez délibérément refusé les codes vestimentaires « séducteurs » qu'on attendait de vous. Était-ce un choix politique ?

Tout est politique quand votre corps est un champ de bataille public. Je m'habillais pour la route, pas pour plaire : un jean, une veste solide, mes lunettes — de quoi écrire un éditorial à l'aube en pyjama et prendre l'avion l'après-midi pour un meeting. La presse y voyait une négligence ou une provocation ; moi, j'y voyais de la liberté. Refuser de me costumer en objet désirable, c'était refuser que ma valeur se mesure au regard des hommes. Je ne condamnais aucune femme qui aimait se parer — la question n'était pas la beauté, mais la contrainte. Une femme devrait pouvoir choisir son apparence comme elle choisit ses idées : librement, et sans qu'on lui présente la facture.

Je m'habillais pour la route, pas pour plaire.

Si vous imaginiez qu'on vous lise dans un siècle, que voudriez-vous qu'il reste de tout cela ?

Si je m'autorise ce rêve improbable, j'aimerais qu'il reste moins un nom qu'une habitude : celle de s'asseoir en cercle et de s'écouter. J'ai passé ma vie à voyager, à distribuer des copies de mes discours pour que d'autres les reprennent à leur façon, parce que je n'ai jamais cru aux prophètes solitaires. Le vrai courage, je l'ai souvent constaté, n'est bien souvent que de l'entêtement déguisé. J'aimerais qu'on se souvienne que Ms. n'a pas été fondé par des héroïnes, mais par des femmes obstinées à qui l'on disait non. Et si, dans un siècle, une jeune fille trouve normal ce qui nous coûta tant de marches et tant de lettres, alors nous aurons gagné — au point qu'elle ne saura même plus qu'il fallut se battre.

Le vrai courage n'est bien souvent que de l'entêtement déguisé.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Gloria Steinem. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.