Interview imaginaire avec Hakuin
par Charactorium · Hakuin (1685 — 1768) · Spiritualité · 6 min de lecture

Hara, un matin d'hiver au pied du mont Fuji. Dans le temple Shōin-ji, dont les cloisons de papier laissent passer le froid, un vieux moine à la robe rapiécée pose son pinceau encore humide d'encre. Il vient d'achever un Daruma aux sourcils furieux et accepte de parler, entre deux séances de méditation.
—Qu'est-ce qui, enfant, vous a d'abord poussé sur ce chemin ?
La peur, sans détour. J'étais un tout jeune garçon de Hara, ce relais de la route du Tōkaidō, quand un sermon sur les huit enfers brûlants m'a saisi le ventre comme une main de glace. On y décrivait des lacs de feu, des démons, des cris — et moi, chétif, je me voyais déjà y tomber. Cette terreur ne m'a plus lâché. Elle est devenue mon aiguillon : vers quinze ans, j'ai demandé l'ordination au Shōin-ji de mon village, non par sagesse, mais pour fuir cette damnation qui me hantait le sommeil. Bien plus tard j'ai compris que ce feu enfantin avait allumé toute ma quête. Sans lui, je serais peut-être resté un paysan tranquille du pied du Fuji.
Cette terreur ne m'a plus lâché. Elle est devenue mon aiguillon.
—Parlez-nous de ce premier éveil, au temple Eigan-ji.
J'avais vingt-quatre ans et je me broyais sur le kōan Mu — ce « non » que le maître oppose à qui demande si le chien possède la nature de bouddha. Je ne mangeais plus, je ne dormais plus, le monde entier s'était réduit à cette seule syllabe. Puis, à l'aube, la cloche a sonné. Comme je l'ai écrit depuis, ce fut comme si un bol de glace se brisait : le moi, l'univers, tout est tombé d'un coup. Je me croyais enfin bouddha, arrivé au bout. Fou d'orgueil, je courus le proclamer. C'était mon erreur la plus précieuse, car elle allait me conduire à Iiyama, chez un vieil homme qui ne se laisserait pas éblouir.
Je me croyais enfin bouddha. C'était mon erreur la plus précieuse.
—Ce vieil homme, Shōju Rōjin, comment vous a-t-il reçu ?
Rudement, Dieu merci. J'arrivai à son ermitage gonflé de ma cloche et de mon bol de glace, persuadé qu'il s'inclinerait. Il m'écouta, me tordit le nez, me traita de pauvre diable enfoui dans son trou noir. Chaque fois que je présentais ma compréhension d'un kōan, il la fracassait. J'en pleurais de rage et de honte. Mais Shōju Rōjin voyait juste : mon éveil n'était qu'une première lueur, pas la lumière. Il m'a appris que le kenshō n'est pas une porte qu'on franchit une fois pour toutes, mais un puits qu'on creuse sa vie durant. Je lui dois d'avoir échappé au pire piège d'un moine : se satisfaire d'un demi-réveil.
—Vous avez forgé un kōan devenu célèbre entre tous. Comment est-il né ?
En regardant mes débutants s'épuiser sur Mu. Ce vieux kōan chinois est un mur magnifique, mais trop haut pour de jeunes moines : beaucoup se décourageaient avant d'y avoir posé la main. Il me fallait une porte plus basse, plus proche. Alors je leur ai posé cette question : quel est le son d'une seule main ? Deux paumes qui se rencontrent claquent, chacun le sait. Mais une seule ? L'esprit s'y casse doucement, sans se briser. Dans mes commentaires du Sokkō-roku, je le dis nettement : écoutez le son d'une seule main, voilà le point de départ. Non l'arrivée — le départ. C'était mon cadeau aux commençants.
Deux paumes qui se rencontrent claquent. Mais une seule ?
—Vous avez aussi réorganisé toute la formation par les kōan. Pourquoi cet effort ?
Parce qu'un maître ne peut pas jeter ses disciples pêle-mêle dans un océan d'énigmes. J'ai vu trop de moines tourner en rond, sans savoir s'ils progressaient. J'ai donc gradué les kōan comme un sentier de montagne : le son d'une seule main pour ouvrir la première brèche, puis d'autres, chacun creusant un peu plus profond, jusqu'aux plus retors. Chaque disciple venait me présenter sa réponse en entretien secret, le dokusan, où je corrigeais, poussais, refusais. Ce parcours ordonné, mes propres élèves l'ont transmis, et il structure encore la maison Rinzai. Mon orgueil, s'il m'en reste un, c'est celui-là : avoir fait de l'éveil une route qu'on peut arpenter, non un coup de chance.
—On raconte qu'une jeune fille du village vous accusa jadis d'être le père de son enfant. Que s'est-il passé ?
On m'a apporté le nourrisson en pleine calomnie, ses parents furieux me tenant pour le coupable. La honte tombait sur le temple, les fidèles se détournaient. Qu'aurais-je dû faire ? Crier mon innocence, plaider, me défendre ? J'ai seulement dit : « Ah, vraiment ? » — et j'ai pris l'enfant. Je l'ai nourri, mendiant le lait de porte en porte avec mon bol à aumônes, sous les regards méprisants. Des mois plus tard, la fille avoua la vérité ; le vrai père se nomma. On revint chercher le petit, tout confus d'excuses. J'ai répondu de même : « Ah, vraiment ? » Et je l'ai rendu. Louange ou blâme, l'un et l'autre ne sont que du vent sur la surface d'un étang.
Louange ou blâme ne sont que du vent sur la surface d'un étang.

—Comment reste-t-on aussi imperturbable quand tout le village vous condamne ?
On ne « reste » pas imperturbable, on cesse de fabriquer le trouble. La calomnie fait mal parce qu'on tient à son image, comme à un beau vêtement qu'on ne veut pas voir sali. Mais un moine n'a que sa robe rapiécée, son kesa cousu de morceaux, et rien à défendre. Quand je nourrissais cet enfant sous les crachats, mon zazen ne s'interrompait pas : chaque tétée mendiée était ma méditation. C'est ce que j'ai toujours enseigné dans mes lettres, dans l'Orategama : la méditation au cœur de l'action vaut mille fois celle du calme retiré. Un cœur qui ne s'accroche à rien n'a rien que la honte puisse saisir.
—Vous avez traversé une grave crise, ce que vous appelez la « maladie du zen ». Racontez-la.
J'avais poussé la pratique comme un forcené, veillant des nuits entières, serrant les dents sur les kōan. Mon corps s'est vengé : le feu me montait à la tête, mes pieds étaient froids comme neige, mes oreilles bourdonnaient, l'angoisse me rongeait. Aucun remède de médecin n'y faisait rien. J'errai jusqu'à un ermite des montagnes, Hakuyū, qui vivait dans une grotte. Il ne me donna aucune drogue. Il m'apprit à ramener l'énergie vitale, le ki, de la tête enfiévrée vers le bas-ventre, par le souffle et la visualisation. Peu à peu, la chaleur redescendit, comme l'eau d'un torrent qui retrouve son lit. J'ai consigné cette cure dans le Yasen Kanna.
—Pourquoi tenir à transmettre cette méthode par écrit, longtemps après ?
Parce que je n'étais pas le seul brûlé. Trop de jeunes moines, croyant bien faire, se ruinent la santé par excès de zèle, et certains en meurent ou perdent l'esprit. Le zen n'est pas une lutte contre le corps ; un corps détraqué ne porte aucun éveil. Dans le Yasen Kanna, cette causerie d'un soir sur un bateau, je l'ai dit simplement : quand l'esprit et le cœur sont épuisés, il faut cesser la méditation et d'abord faire redescendre le ki vers le bas-ventre. On me lit encore pour cela, dit-on. Tant mieux : un traité qui garde un seul moine en vie vaut mille sermons sur le vide.

—Vous avez peint des milliers d'images, et Daruma des centaines de fois. Pourquoi tant d'encre ?
Parce que le paysan qui passe sur le Tōkaidō ne lira jamais mes commentaires du Sokkō-roku. Mais il s'arrêtera devant un Daruma aux gros yeux, ce vieux moine venu d'Occident qui fixa un mur neuf ans. Alors je trempe mon pinceau dans l'encre que j'ai frottée du bâton sur la pierre, et d'un seul trait je lui offre le zen sans un mot savant. J'ai peint des Kannon, des scènes de rue, des poèmes moqueurs pour les gens ordinaires. Ces zenga ne sont pas des ornements : ce sont mes sermons pour ceux qui ne savent pas lire. L'éveil ne s'est jamais réservé aux monastères des grands.
Ces peintures sont mes sermons pour ceux qui ne savent pas lire.
—Le mont Fuji revient sans cesse sous votre pinceau. Que représente-t-il pour vous ?
Il domine mon village depuis ma naissance ; enfant, je l'ai vu chaque matin découper le ciel. Quand je le peins, ce n'est pas un paysage. Sa masse blanche ne bouge pas : les nuages passent, les saisons tournent, les hommes s'agitent au pied du Tōkaidō, et lui demeure, pur, immuable. C'est l'esprit tel qu'il est sous nos remous — la nature de bouddha que chacun porte sans le savoir. C'est aussi ce que je chante dans mon Zazen wasan : tous les êtres sont déjà des bouddhas, comme le Fuji est déjà là, entier, avant qu'on lève la tête pour le regarder. Peindre sa neige, c'est montrer du doigt ce que nul ne voit en soi.
—Si vous imaginiez qu'on vous lise encore dans un siècle, que souhaiteriez-vous transmettre ?
Voilà une pensée d'orgueil que je devrais chasser — mais soit, jouons-y. Si des moines inconnus, dans mille temples que je ne verrai jamais, s'asseyaient encore sur leur zafu pour écouter le son d'une seule main, je serais comblé sans le savoir. Que resterait-il de moi ? Non mes titres, non ma peine, mais une question posée à un débutant, un Daruma barbouillé d'encre, un souffle qu'on ramène au ventre pour ne pas brûler. Le reste — la calomnie, la maladie, mes éveils orgueilleux corrigés par Shōju — ce n'était que le chemin. Qu'on garde la porte ouverte, et j'aurai vécu utile. Le vieux fou du Shōin-ji n'en demande pas davantage.
Non mes titres, mais une question posée à un débutant, un souffle ramené au ventre.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Hakuin. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


