Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Harriet Taylor Mill

par Charactorium · Harriet Taylor Mill (1807 — 1858) · Philosophie · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Automne 1857. La villa de Walton-on-Thames sent le charbon froid et l'encre. Harriet Taylor Mill nous reçoit dans un salon aux boiseries sombres, un châle sur les épaules, une toux contenue derrière la main. Sur la table, des feuillets annotés à deux écritures attendent qu'on les reprenne.

Comment avez-vous rencontré John Stuart Mill ?

Un dîner londonien, en 1830. J'étais l'épouse de John Taylor, marchand honorable, et l'on m'avait placée près d'un jeune homme pâle qui parlait de réforme sociale comme d'autres parlent du temps qu'il fait. En une soirée, nous avions échangé plus d'idées vraies que je n'en avais entendues en quatre ans de mariage. Ce qui suivit, vingt années d'échanges de manuscrits, de feuillets couverts de ratures que nous nous renvoyions l'un l'autre, la haute société l'a nommé scandale. Moi, je l'ai nommé respiration. On nous a crus amants quand nous n'étions, au fond, que deux esprits refusant qu'on leur assigne des cases. La villa de Walton devint notre abri contre les ragots — un lieu où penser tout haut n'était plus une faute.

Ce que la société nomma scandale, moi je l'ai nommé respiration.

Que répondiez-vous à ceux qui jugeaient cette amitié inconvenante ?

Rien. Le silence est parfois la seule dignité qu'on laisse à une femme. On me reprochait de recevoir Mill, de voyager avec lui, de l'annoter, comme si l'intelligence d'une épouse devait s'arrêter au seuil du salon conjugal. Les bonnes âmes de Kensington chuchotaient ; je continuais d'écrire. Voyez-vous, la doctrine que les Anglais appellent les separate spheres prétend que l'homme appartient au monde et la femme au foyer. J'ai passé ma vie à enjamber cette frontière imaginaire. À Walton, loin des dîners où l'on surveille la posture des femmes comme on jauge un cheval, nous travaillions des heures durant. Le jugement d'autrui pèse moins lourd qu'une page enfin juste.

Parlez-nous de cet essai paru en 1851, The Enfranchisement of Women.

Je l'ai écrit pour la Westminster Review, cette revue radicale où les utilitaristes osent imprimer ce que les salons murmurent à peine. Ma thèse y est sans détour : Were we writing merely to express our own opinions, we should say plainly that we do not think that the suffrage, or any other of the recognized marks of citizenship, ought to be withheld from women. Le mot que j'emploie, enfranchisement, n'est pas tendre — il signifie qu'on rend à quelqu'un un droit qu'on lui avait volé. On me trouva d'une radicalité inconvenante. Tant mieux. La modération, en matière d'injustice, n'est qu'une lâcheté bien élevée. Les hommes propriétaires votent ; pourquoi pas celles qui les nourrissent, les éduquent et les enterrent ?

La modération, en matière d'injustice, n'est qu'une lâcheté bien élevée.

Pourquoi le droit de vote vous semble-t-il à ce point décisif ?

Parce que le suffrage n'est pas un ornement, c'est une reconnaissance d'existence. Tant qu'une femme ne peut déposer son nom dans une urne, elle reste une mineure perpétuelle, gouvernée par des lois qu'elle n'a pas consenties. La Reform Act de 1832 a élargi le vote aux hommes en prenant soin d'inscrire le mot male — pour la première fois, on nous excluait noir sur blanc. Cette précision m'a glacée plus qu'une insulte. Ailleurs, à Seneca Falls, des Américaines réclament les mêmes droits ; nous ne sommes donc pas seules à voir clair. Réclamer le vote, ce n'est pas réclamer un privilège, c'est refuser d'être traitée comme la propriété d'autrui.

Comment travailliez-vous, Mill et vous, sur un même texte ?

À quatre mains, vraiment. Nous nous renvoyions des manuscrits annotés, chacun raturant l'autre sans ménagement — c'est la plus haute forme de tendresse intellectuelle que je connaisse. Pour les Principles of Political Economy, en 1848, j'ai pesé de tout mon poids sur les chapitres consacrés aux classes laborieuses et à l'avenir du travail. Mill ne s'en cache pas ; il dit lui-même que la pensée sociale de l'ouvrage me revient pour large part. On me demande parfois où finit son texte et où commence le mien. Je réponds que la question est mal posée : une idée qui circule entre deux esprits cesse d'appartenir à l'un ou à l'autre. Reste qu'un nom de femme sur une couverture dérange encore. Aussi le mien s'efface.

Une idée qui circule entre deux esprits cesse d'appartenir à l'un ou à l'autre.
Grab Harriet Taylor Mill
Grab Harriet Taylor MillWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Harvey Kneeslapper

Ne craignez-vous pas que la postérité retienne Mill et vous oublie ?

J'y songe, certains soirs, devant la cheminée. Mill voudrait inscrire mon nom partout ; il parle déjà de me dédier l'ouvrage sur la liberté que nous mûrissons ensemble, ces notes que nous avons commencé à prendre en 1854, sachant nos santés fragiles. Il veut écrire que j'en fus the inspirer, and in part the author. Le monde lira cette dédicace comme une galanterie de mari éploré, non comme un fait. Voilà le sort des femmes qui pensent : on transforme leur travail en sentiment. Je ne me fais guère d'illusions. Mais qu'au moins une trace demeure, un feuillet, une phrase — et qu'un jour, dans un siècle peut-être, quelqu'un comprenne que ces pages eurent deux auteurs.

Qu'est-ce qui, dans le droit anglais, vous révolte le plus ?

La coverture. Un mot doucereux pour une violence légale : dès qu'une femme se marie, son existence juridique est absorbée par celle de son époux. Elle ne possède plus rien, ne signe plus rien, n'est plus rien aux yeux de la loi — sa personne même appartient à un autre. J'avais à peine vingt-cinq ans quand j'ai jeté sur le papier un Essay on Marriage and Divorce, resté dans mes tiroirs, plaidant pour qu'on puisse défaire un lien qui enchaîne. Le mariage, tel qu'on le pratique, n'est pas une union : c'est un transfert de propriété béni par l'Église. Une femme devrait pouvoir entrer dans le mariage et en sortir en sujet libre, non en bien meuble qu'on inventorie.

Le mariage, tel qu'on le pratique, n'est pas une union : c'est un transfert de propriété béni par l'Église.
Harriet Taylor, c1830 (6882958014)
Harriet Taylor, c1830 (6882958014)Wikimedia Commons, Public domain — LSE Library

Votre propre mariage avec Mill, en 1851, a pourtant pris une forme singulière.

Singulière, oui, et voulue telle. Après la mort de John Taylor en 1849, nous nous sommes mariés discrètement, en 1851, deux décennies après nous être reconnus. Mais Mill a fait une chose que nul homme de ma connaissance n'avait osée : il a rédigé et signé une déclaration solennelle renonçant à tous les droits que la loi anglaise lui accordait sur ma personne et mes biens. Il refusait d'être mon propriétaire. C'était un acte politique autant qu'amoureux — la preuve vivante qu'on peut s'aimer sans qu'un des deux disparaisse. Nous avons fait de notre union privée le contre-exemple de ce que la coverture impose à toutes les autres. Une démonstration, en somme, faite chair.

Votre santé vous impose de longs voyages vers le sud. Comment écrivez-vous malgré elle ?

On me dit convalescente — le mot poli pour une poitrine qui se dérobe. La toux me réveille avant l'aube ; je prends mes meilleures heures au matin, un thé brûlant à portée de main, pour annoter et écrire pendant que la maison dort encore. L'après-midi, mon corps réclame son dû : repos, bouillons, viandes maigres, ce régime morne de malade que j'endure plus que je ne le choisis. Alors je pars vers la France et l'Italie chercher un air qui ne brûle pas mes poumons. Mes lettres de voyage, je les garde — elles disent une femme qui observe l'Europe entre deux quintes de toux. La maladie vole du temps ; on apprend à écrire plus vite, et plus vrai.

La maladie vole du temps ; on apprend à écrire plus vite, et plus vrai.

Que représentent pour vous ces séjours dans le Midi de la France ?

Un sursis, et une lucidité. Le climat d'Avignon ouvre la poitrine là où le brouillard de Londres la referme. J'y vais comme on va négocier quelques mois de plus. Il y a quelque chose de clarifiant à travailler loin de Kensington, de ses dîners et de ses regards qui surveillent les femmes ; là-bas, je ne suis qu'un esprit penché sur ses feuillets. Mill craint pour moi, je le vois bien — il parle de s'établir dans le Sud quoi qu'il advienne. Je ne sais combien de printemps il me reste. Mais tant que ma main tient la plume, je n'écrirai pas comme une mourante : j'écrirai comme une femme qui a encore une querelle à gagner contre son siècle.

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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Harriet Taylor Mill. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.